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Sortie découverte des batraciens

Mâle chanteur de Pélodyte ponctué. (Photo de Jérémy Jalabert qui a illustré l’annonce de la sortie sur le Midi Libre)

Samedi 20 Mars 2021

Malgré le soleil, il ne fait pas chaud et le vent souffle fort, 18 adultes et une fillette se sont retrouvés à 15 h à l’ancien lagunage dans la plaine agricole de Beaulieu autour d’Aurélia Dubois, technicienne fauniste dans un cabinet d’experts, spécialiste en Herpétologie (étude des amphibiens et reptiles).

Aurélia Dubois, l’animatrice de la sortie « Découverte des batraciens ».

Amphibiens ou Batraciens

Ce groupe, plutôt mal aimé, est mal connu, pourtant il présente de belles diversités

Deux grandes familles :

  • Les Anoures (crapauds et grenouilles)
  • Les Urodèles (salamandres et tritons)

En France, il existe 38 espèces de Batraciens qui vivent dans des habitats particuliers en zone humide. Ce sont les mares, les bassins, les piscines, les rus, les fossés à faible niveau d’eau mais aussi dans les prairies, les pots de fleurs et même dans les arbres

À l’heure actuelle, on peut constater une diminution des populations. Plusieurs facteurs en sont la cause tels la pollution, la mortalité routière, le changement climatique, la régression des mares…Ils peuvent être attaqués par un champignon le chytride, celui-ci provoque une dégénérescence de la peau d’effet plus ou moins dévastateur  selon les espèces. A noter aussi la mentalité : ils ne sont pas  aimés et se font supprimer.

Suite à cette présentation, Aurélia nous conduit au bord d’une toute petite mare. L’observation est difficile ; nous sommes l’après-midi, or la période la plus favorable est le crépuscule, la mare a beaucoup rétréci, toutefois, nous avons pu observer quelques minuscules têtards d’environ 1,5 cm de  longueur totale. Ce sont des têtards de Pélodyte.

La reproduction

Selon les espèces, la saison est variable, elle se situe en général au printemps et parfois à l’automne ; c’est l’amplexus, technique qui voit le mâle monter sur le dos de la femelle et s’accrocher à elle avec ses pattes (observation d’une photo). Les pélodytes font des chapelets de ponte qui s’enroulent autour d’une herbe. Les pontes des grenouilles rousses se présentent sous forme d’amas globuleux, quant à la ponte de l’Alyte le chapelet se trouvera sur le dos du mâle jusqu’à l’éclosion. Les œufs donneront des têtards, organismes aquatiques qui possèdent une queue laquelle régressera et disparaîtra chez les anoures. Ces pontes peuvent être la proie de prédateurs tout particulièrement les tritons mais aussi les oiseaux (hérons), les reptiles (couleuvres).

Le déplacement

Quand les conditions deviennent défavorables, le froid ou la sécheresse, ils peuvent se cacher sous des pierres, des souches ; leur capacité de déplacement est très variable d’une espèce à l’autre : les grenouilles dont la peau est très sensible, très perméable, ne se déplacent guère plus d’1 km, les crapauds moins sensibles peuvent se déplacer davantage (en effet leur peau est plus épaisse, recouverte de pustules qui peuvent libérer un liquide blanchâtre lorsque l’animal est stressé). Dès qu’il y a un trou d’eau, il peut être colonisé surtout si la population est importante

QUIZ

Et pour terminer, un petit quiz. Aurélia nous fait écouter quelques chants de batraciens à partir d’enregistrements. À nous de les identifier !

1ère écoute : chant typique ressemblant à celui d’un Petit Duc : c’est l’ALYTE accoucheur

2nd écoute : tel un peigne que l’on frotte : c’est le crapaud CALAMITE

3ème écoute : chant faible car dans l’eau : c’est la GRENOUILLE AGILE

4ème écoute : chant moqueur qui peut s’entendre même le jour : c’est la GRENOUILLE RIEUSE

5ème écoute : comme une porte qui grince ou bien 2 boules de pétanque qui s’entrechoquent ; c’est le PELODYTE

6ème écoute : peut faire penser à un gros crapaud mais c’est le chant de la petite RAINETTE 


Merci à Aurélia pour cette sortie intéressante et peut-être une nouvelle rencontre en septembre.


Compte-rendu rédigé par Catherine Fels. Merci à Jacqueline et à Louise pour les photos.

Sortie sur le terrain : des racines dans le sol

Samedi 6 mars 2021

Pour fêter les 10 ans de l’A.R.B.R.E, l’association a choisi comme thème de l’année 2021 de s’intéresser plus particulièrement aux arbres et propose à ce titre une série d’évènements.

La sortie d’aujourd’hui fait suite à la visio-conférence du 20 février dernier de Claire Atger intitulée « Pas de sol sans racines, pas de racines sans sol »  et disponible en réécoute sur le site de l’association.

24 personnes étaient présentes ce samedi 6 mars 2021 à 15 heures au rendez-vous du parking des carrières à Beaulieu pour participer aux travaux pratiques.

Claire Atger ou « Madame Racines » comme elle aime se présenter accueille les participants et leur propose de répondre aux questions : Qu’est-ce qu’un sol ? Comment cela se crée ?

Nous sommes sur la zone d’extraction de la pierre dite de Beaulieu exploitée depuis les Romains. Il s’agit d’un calcaire coquillier utilisé principalement pour la construction de bâtiments publics et privés. Nous sommes au niveau de la roche-mère. Le sol originel a disparu par l’exploitation de la carrière et on observe la manière dont la roche mère est recolonisée. Nous pouvons ainsi voir les premières étapes d’une implantation accélérée. On a une belle image de ce que la végétation peut faire quand on la laisse en paix. Il en a été de même à Tchernobyl. 

Dans la zone d’extraction de la pierre dite de Beaulieu exploitée depuis les Romains.

La revégétalisation commence avec l’implantation d’algues de lichens, puis de mousses qui en se décomposant déposent des matériaux organiques qui permettront à des herbes annuelles puis à des plantes pérennes de s’installer successivement. Claire nous montre un sol qui a été fabriqué grâce à l’action des racines des plantes. C’est la pédogenèse (genèse du sol). Avec les excréments des animaux de passage, on aura des graines. Le thym, la lavande, l’euphorbe s’installent en premier puis nous avons des végétaux plus hauts.

La paroi verticale qui est devant nous n’héberge aucun végétal, trop lisse et difficile à coloniser alors qu’à son sommet pousse déjà un pin dont on peut supposer que l’implantation a été plus facile que sur les parties verticales. La végétation ligneuse de première génération va permettre l’implantation d’autres végétaux. Un processus de cicatrisation avec des arbres tombés au sol peut aussi s’opérer. Les pins recolonisent rapidement, ce sont des pionniers, puis arrivent plus tardivement les chênes.

Ici les arbres sont « transparents » avec une croissance difficile en particulier parce que leurs racines courent presque directement sur la roche mère faute d’un sol leur permettant de s’implanter en profondeur.

Pour une meilleure compréhension du processus, plusieurs fosses ont été creusées gratuitement par Gaël Even, terrassier, avec des objectifs précis, dans une zone de carrières qui a été comblée : deux fosses à proximité d’arbres, une troisième en lisière des cannes et une quatrième dans un sol anthropisé[1].

L’extraction de la pierre a creusé des cavités et leur comblement a été conduit par l’alternance de couches de matériaux qui n’ont rien à faire ici : de l’enrobé, des blocs de calcaire, des morceaux de verre… Nous ne sommes pas dans la stratification naturelle des sols. C’est un remblai. Ce n’est pas forcément mauvais. C’est ainsi que les villes s’élèvent de 10 cm par siècle et que nous avons des sols anthropisés.

Pour tester un sol, le pédologue va s’intéresser à la physique du sol. Il va étudier notamment la porosité du sol qui va permettre aux racines et aux vers de terre de se déplacer grâce à l’existence de poches d’air qui facilitent aussi l’infiltration de l’eau de pluie. Ainsi une structure grumeleuse est une bonne chose. Le pédologue dispose d’un code des couleurs.
Un des critères morphologiques des sols facilement accessible est sa couleur. Elle est appréciée aussi bien lors d’un sondage à la tarière que sur la paroi d’une fosse pédologique, en utilisant la Charte internationale des couleurs Munsell® (Munsell Soil Color Chart).  Chaque couleur est identifiée par un code unique qui combine la teinte de base, la clarté et la saturation. Certaines colorations l’alertent. 

Paroi d’une fosse pédologique.

La proportion d’argile dans le sol est importante dans notre région. Nous avons aussi des limons, du sable. Le mélange de ces matériaux est favorable. On peut y ajouter des fragments de roches plus grossiers (petits graviers par exemple) pour améliorer la porosité. Les sols de remblai comprennent aussi des matériaux exogènes qui se mélangent à l’argile. 

Il faut que le sol respire pour favoriser la décomposition de la matière organique et la vie des organismes du sol (végétal et animal). Le manque d’air est néfaste : on parle alors d’un état d’hydromorphie lorsque le sol ne draine pas correctement et qu’il est donc dépourvu d’oxygène ce qui ne permet pas aux animaux de vivre. Les plantes ont une capacité extraordinaire pour s’implanter. Elles doivent cependant puiser des éléments organiques d’où l’importance du drainage.

Pour analyser sérieusement un sol il faut creuser une fosse, prélever des « carottes » et étudier la porosité (existence ou non de petits et grands trous). Souvent on préfère, à tort, faire une analyse chimique des sols plutôt qu’une étude physique.  

Nous nous dirigeons vers la première fosse devant deux cèdres. Claire prélève un premier matériau. Son aspect « crumble » est positif. Il témoigne du rôle de la matière organique dans la structuration du sol. Les pédologues étudient aussi la manière dont le matériau se fissure. Ils cumulent des paramètres importants pour déterminer la qualité d’un sol. Dans un sol naturel, la matière la plus foncée devrait être en surface et la plus claire en profondeur. Avec les remblais, c’est différent.

Claire nous montre des racines qui peuvent descendre très profondément dans le sol. La diversité des formes souterraines est extraordinaire. Ainsi nous sommes devant un pin d’une quinzaine d’années (âge déterminé par la lecture des étages de branches) à la croissance faible.

Claire Atger en pleine démonstration.

Les formes racinaires sont très variées pour réussir à coloniser le sol avec un système de racines principales qui se fixent dans le sol et des racines horizontales qui en dérivent pour boire et manger.

Nous abordons la deuxième fosse à proximité d’un pin. Les variations des qualités du sol peuvent être très importantes sur de très faibles distances, le sol est parfois fondamentalement hétérogène. Le milieu aérien est relativement homogène et structuré. Le sol n’étant pas homogène, la partie souterraine des végétaux offre plus de plasticité pour permettre à la plante de se procurer ce dont elle a besoin selon les variations du milieu. Ainsi en est-il des sols alluvionnaires déposés par les cours d’eau. Le fleuve Aude s’est déplacé et baladé sur de  très grandes distances. On trouve des restes de dépôt un peu partout avec des volumes différents. En faisant un remblai, on couvre et on modifie les caractères du sol.

Fosse à proximité d’un pin.

Une auditrice s’interroge sur ce qui se passe quand on comble la fosse ?

Claire indique que les racines ont obligatoirement souffert. Elles boivent à leur extrémité, là où il n’y a pas d’écorce. Les arbres savent refaire des extrémités. Mais dans les racines il n’y a pas de bourgeons, donc la restauration des plaies est difficile.   

Une autre question concerne l’habillage des racines ?

Quand on arrache un arbre pour le replanter il faut faire des plaies propres, franches, sectionner les racines rigides et réduire les racines fines pour qu’elles ne dépassent pas le volume défini par les racines. Si des racines fines dépassent à la plantation elles pourront être déformées et Attention il peut y avoir un risque d’étranglement.  Quand on achète une plante en pot, il faut sortir la motte et l’examiner. S’il y a beaucoup de racines qui sortent de la motte et qui tournent dans le pot, ce n’est pas bon. Ne pas hésiter à les couper. Les plantes en pot sont souvent bourrées d’engrais. Il vaut mieux acheter des arbres en racines nues, de petits calibres avec plein de racines de nutrition. Pour les arbres fruitiers, on achète un arbre composé d’une tige unique de petit volume (un scion ou un baliveau). Si on plante un arbre déjà grand, il faut mettre autour des arbres moyens et des petits car l’avenir est dans les jeunes.

Nous passons à la troisième fosse, à proximité des cannes. Nous observons un sol inversé : d’abord la roche puis la terre. Des cannes progressent en surface avec des rhizomes d’où une colonisation superficielle  car la stratification du sol est bloquante.

Fosse à proximité des cannes.

Quelles différences avec le bambou, interroge une auditrice ?

C’est le même groupe nous dit Claire avec des tiges creuses mais d’une autre espèce. A différencier aussi de la canne à sucre dont on mange des bâtons.

La quatrième fosse a été creusée sur un sol anthropisé. C’est la cour des miracles ! Nous avons des restes de matériaux divers et pouvons constater la grande résilience des végétaux compte tenu de la toxicité de certains produits. Nous sommes sur l’emplacement d’une ancienne déchetterie. C’est colonisable néanmoins. Un bon terrassier va faire des creusements et des tas différents en fonction des différentes couches qu’il rencontrera. Il les stockera en différents tas et puis les remettra dans l’ordre d’origine. 

Claire travaille à aider des collectivités locales à réussir des plantations de qualité. Elle est critique sur les normes en vigueur qui ne sont pas généralisables à toutes les espèces. Ainsi la norme dit que le diamètre de la motte racinaire devrait faire trois fois la circonférence de l’arbre à un mètre de hauteur, ce qui est trop peu. Elle continue à préférer la plantation de petits sujets qui deviendront grands bien qu’ils ne soient pas spectaculaires au départ. Elle évoque le remplacement des platanes le long du canal du Midi notamment par des micocouliers aux racines explosives et regrette que l’on n’ait pas fait le choix de nouvelles espèces à titre expérimental en raison du changement climatique.

Quelques vaillants auditeurs manient la pelle pour combler cette fosse afin d’éviter la chute malencontreuse de quelques promeneurs distraits.

A l’issue de cette déambulation sympathique et instructive, nous voici mieux informé.es sur la nécessaire et judicieuse cohabitation sol-racines. Merci à Claire pour ses explications limpides. Nous regarderons désormais autrement là où nous posons les pieds et guetterons le moindre ver de terre pour nous rassurer sur l’état du sol.

Régine Paris avec la relecture attentive de Claire Atger

Merci aux participants, Patrick Paris, Marie-Paule Dusserre et Jackie Maert, qui ont partagé leurs photos pour illustrer ce compte-rendu.


[1]    Dégradation du sol liée à l’action humaine

La sortie découverte du sentier nature des Carrières de Beaulieu

 Dimanche 20 septembre 2020 

Compte tenu des conditions sanitaires particulières liées à l’épidémie de Covid-19, la sortie découverte du sentier nature dans les carrières de Beaulieu, organisée dans le cadre des journées du Patrimoine par l’association A.R.B.R.E, le dimanche 20 septembre à 16 heures, était réservée aux adhérents et limitée à 30 participants. 

Le panneau 1 qui se situe sur le parking en face du gymnase.

 Le rendez-vous était fixé au parking du bois du Renard, en face du nouveau gymnase Edmonde Carrère. Yves Caraglio, botaniste et chercheur au CIRAD, a distribué des écouteurs et formé trois groupes de dix personnes. Le port du masque était obligatoire. 

Le rendez-vous de 16 h au point de départ du sentier des Carrières.

 Au départ nous avons rejoint le parking du théâtre des carrières où les enfants ont formé le groupe de tête pour cheminer le long du sentier grâce aux fourmis noires et rouges peintes sur des roches. 

Avec les 50 mm de pluie tombée la nuit précédente, la nature avait repris du tonus comme les deux buissons de chêne Kermès correspondant au premier panneau portant sur la relation plante/insecte. Déjà grâce aux 20 mm de la dernière pluie, la sarriette avait refleuri. 

Le chêne Khermès et sa cochenille

Tout au long du parcours, avec le respect de la distanciation physique et grâce aux écouteurs, les promeneurs ont pu profiter des explications fournies par Yves, jamais avare de précisions. En empruntant un des anciens chemins de carriers, il a évoqué le projet dans l’avenir d’installation de panneaux évoquant l’exploitation depuis les Romains du calcaire coquillier. Les traces laissées par les roues des anciens charriots et les fers des chevaux attestent d’une extraction ancienne et intense. 

Un ancien chemin de carriers.

Chemin faisant nous avons pu admirer ici une plante parasite à fleurs jaunes, là des gueules de loup bien vives. Ayant saisi au passage une fourmi volante –une reine-, Yves nous explique que même « coupée en morceaux » elle continue à vivre. On peut en ce moment observer des vols de fourmis mâles et femelles qui peuvent atteindre 40 mètres de hauteur pour s’accoupler. Il en est de même des abeilles. 

Petite pause devant le deuxième panneau consacré au pistachier térébinthe qui pousse à l’état naturel dans la garrigue, à la différence du pistachier lentisque –le restincle en occitan qui a donné son nom à la commune de Restinclières – le lieu où on plante le restincle- dont on ne retrouve plus la trace aujourd’hui sur nos deux communes. Il fut dans le passé utilisé pour en extraire le tannin destiné au traitement du cuir. 

Le pistachier térébinthe et ses pucerons.

Le troisième panneau concerne des plantes dont il faut se méfier comme le cornouiller sanguin, un arbuste qui produit des baies noires susceptibles, si on les consomme, de provoquer des vomissements à la différence du cornouiller mâle aux baies rouges avec lesquelles on fait de la confiture. Yves nous met en garde aussi contre la toxicité du muguet et du laurier rose

Là encore on peut admirer un ancien front d’extraction des carrières exploité manuellement qui pourrait, par la suite, faire l’objet d’un panneau informatif.

Les plantes à manipuler avec précaution.

Nous arrivons à proximité des plantes accrocheuses comme la salsepareille de faible hauteur -3 à 4 mètres- qui forme de grandes draperies dans les arbres qu’elle enserre. Idem pour la clématite. On passe à côté du théâtre des carrières. Un arbre est tombé la nuit dernière. De cet endroit on peut accéder à un promontoire sur lequel a été installée la croix des carrières et d’où l’on pouvait, jusqu’à il y a une trentaine d’années, admirer tout le village. La garrigue était alors exploitée pour sa pierre, le bois pour les charbonnières et elle servait aussi de pâture aux moutons. Yves nous invite à distinguer le paysage remanié par l’homme avec des points hauts suite à l’exploitation de la pierre, du paysage naturel. Dès le Moyen-Age l’extraction concernait des petites zones destinées à la construction de maisons, bâtiments religieux et agricoles. 

Les plantes accrocheuses.

Toujours guidés par les petites fourmis noires et rouges, nous arrivons face au parc des carrières, créé en 2013 par l’association A.R.B.R.E sur le site d’une ancienne décharge. Le trou a été comblé et le Département a répondu favorablement à la demande de réhabilitation de la commune de Beaulieu en finançant les premiers aménagements.
80 arbres d’origine méditerranéenne, à croissance lente, ont été plantés à l’occasion de la naissance des enfants dans la commune et sur la base du volontariat des parents. Une extension est envisagée. L’accès récent à l’eau du Bas-Rhône, grâce à l’intervention de la commune, facilite l’arrosage pendant la période estivale. Le panneau de présentation du parc récemment tagué va être remplacé. 

Arrêt devant le panneau du ciste de Montpellier, à l’entrée du parc des plantations : Une Naissance-un Arbre (UNA)

Devant l’entrée du parc un panneau sur le ciste de Montpellier a été installé récemment. Le feuillage vert foncé roussit avec la chaleur et peut servir d’indicateur aux pompiers sur les risques d’incendie. Ses fleurs sont blanches et il est absent de notre garrigue, à la différence du ciste blanc ou cotonneux, dont les fleurs sont roses. 

Le ciste de Montpellier.

Reprenant notre promenade, nous passons devant le panneau du fenouil puis en tournant à droite nous découvrons sur une petite butte le panneau du lierre. Petite pause pour écouter le commentaire d’Yves concernant cette plante qui a souvent une mauvaise réputation. Elle colonise des surfaces importantes et se reproduit rapidement une fois à la pleine lumière. Le lierre n’abîme pas l’arbre et met en place un ombrage au tronc. 

Par la suite il sera possible de modifier l’itinéraire avec un cheminement consacré à l’exploitation de la pierre qui pourra également nous conduire vers le village.
À proximité nous observons de la lavande sauvage et des plantes qui bénéficient de l’effet de nursing ou -pour parler français- de l’effet de facilitation à l’abri d’autres plantes dont elles s’émanciperont par la suite. Nous ne pouvons qu’être séduits par l’intelligence du monde végétal qui déploie des stratégies de développement et de survie remarquables. 
Nous passons devant une plante odorante –smilax- dont le parfum agréable est difficile à extraire. 

Le groupe est passé devant une odorante smilax.

L’avant-dernier panneau concerne le figuier. Une animation en 2019 dans les écoles de Beaulieu et Restinclières a rencontré un beau succès et permis aux enfants de se familiariser avec la biologie de reproduction complexe du figuier. 

Le figuier.

Un magnifique chêne vert clôturera cette balade. Alors que tout était pelé –pâture et exploitation de la pierre-, ce chêne a pu se développer à son aise sans subir des coupes meurtrières et en retour il assurait un bel ombrage aux bergers et bergères ainsi qu’aux moutons de ce temps révolu. Cet arbre qui pousse habituellement en peuplement est très dominant et ne laisse pas beaucoup de place aux autres plantes. La yeuse est l’autre nom du chêne vert et l’euzière, le lieu où il est planté. A cette occasion Yves rappelle que la toponymie est souvent en relation avec la botanique. Ainsi en est-il du lieu-dit « Ginestet » dépendant de Beaulieu qui désignait un lieu planté de genêts servant à fabriquer de la toile de maison. Un participant à la promenade nous signale que la consultation des anciens cadastres informait sur l’utilisation des terres –ce qui n’est plus le cas aujourd’hui-.

Le chêne vert termine la découverte du sentier nature des Carrières.

La promenade-découverte du sentier nature est terminée. Elle va néanmoins se prolonger jusqu’au parking avec les réponses d’Yves à quelques questions. De même il montre aux enfants et aux adultes un « diablotin », sorte de mante-religieuse de couleur grise ou verte qui possède deux pattes ravisseuses. 

Nos petits Poucets qui ont conduit la promenade n’ont pas eu besoin de retrouver les petits cailloux : les fourmis les ont bien guidés. Les plus grands ont apprécié les explications toujours claires et savantes d’Yves Caraglio. 
Un clin d’oeil à la « calament », sorte de menthe sauvage, avec ses perles dorées odorantes sur les feuilles : les ajouter à une salade de tomates, c’est divin…

Avant de se séparer, Jacqueline Taillandier, présidente de l’association ARBRE, rappelle que la conférence « Être une plante en garrigue. Résister à la sécheresse, survivre ou mourir. » est programmée à 18 h à la salle municipale du foyer à Beaulieu le dimanche 11 octobre en complément de la sortie sur le stress hydrique des plantes qui s’est déroulée début juillet. 

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Régine Paris
Avec la relecture bienveillante d’Yves Caraglio et les photos de Patrick Paris. 

Sortie nature

Le stress hydrique chez les plantes

Dimanche 5 juillet 2020 à 17 h

Pendant le confinement toutes les activités de l’A.R.B.R.E ont été arrêtées en raison de la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid 19. Aussi, il faisait bon de se retrouver ce dimanche entre adhérents et sympathisants de l’association pour un cheminement tranquille dans le bois du Renard, en direction de Restinclières.

18 personnes étaient au rendez-vous du parking du Renard pour, chemin faisant, écouter Yves Caraglio, botaniste et chercheur au CIRAD, nous parler du stress hydrique des plantes sous un climat méditerranéen.

Lorsque la température s’élève, le manque d’eau se fait sentir. Les plantes sont immobiles. Elles subissent l’environnement. Aussi y-a-t-il beaucoup de plantes annuelles et de céréales comme la folle avoine qui font leur cycle de vie avant la saison chaude et sèche de l’été et ainsi évitent ce stress hydrique. Si beaucoup de plantes annuelles sont sèches en ce moment, les graines elles sont là pour assurer la suite de l’espèce et elles sont tout à fait résistantes à ce manque d’eau : elles sont en repos profond et attendent les conditions du printemps pour germer.

Premier arrêt devant des plantes sur lesquelles s’agglutinent des petits escargots blancs. En respirant, ils dégagent de l’humidité. Ils tournent sans cesse et ainsi chaque escargot selon le moment protège les autres  ou bien est protégé par les autres. On retrouve des stratégies équivalentes pour lutter contre le froid chez les manchots ou les yacks.

Du côté des humains, quand on a chaud on transpire. On perd de l’eau alors on boit. C’est pareil pour les plantes. Des échanges gazeux s’opèrent : les plantes respirent tout le temps mais la journée elles absorbent aussi du gaz carbonique pour fabriquer de la matière végétale par la photosynthèse et en « transpirant » le flux de perte d’eau permet à la plante d’amorcer un mouvement d’eau et d’éléments minéraux depuis les racines jusque dans les feuilles. Tout ce qui n’est pas sec contient de l’eau. On recense plusieurs stratégies :

  • Le chêne vert va s’affranchir de la sècheresse en développant ses racines là où il y a de l’eau. Délaissant ses tiges, il fabrique surtout de la racine quand il est jeune. Le pivot racinaire peut mesurer rapidement 70 cm au détriment du développement de petites racines latérales. Ça ne marche pas toujours, alors il meurt ! Mais cette stratégie d’évitement de la sècheresse marche très souvent.

Ses feuilles luisantes de couleur verte sur le dessus, de couleur claire au-dessous et poilues Sur le dessous, la feuille comporte des trous (les stomates) qui assurent les échanges gazeux.

  • Le pin d’Alep développe une autre stratégie au niveau des racines. Il explore le terrain sur une petite épaisseur mais sur une grande surface. Ses feuilles de structure linéaire évitent ainsi de trop s’échauffer aux rayons du soleil.
  • Le genêt scorpion (de la famille du petit pois et du haricot) a de toutes petites feuilles et qui tombent assez rapidement. Ce sont les tiges qui assurent la photosynthèse. Le côté épineux est une réponse à une pression herbivore vis-à-vis des ruminants qui, pour certains, ne sont plus présents depuis très longtemps. 
  • L’orpin a des feuilles rondes qui ne sont pas vertes en ce moment car il fait très chaud et il y a peu d’eau disponible. Quand il fait chaud, la journée, elles ne travaillent pas. Elles accumulent de l’énergie et la nuit, plus fraiche, elles assurent les échanges gazeux pour réaliser la photosynthèse.

Dans notre région, comme on peut le constater sur place, les chênes verts et les pins d’Alep se développent bien.

Une autre stratégie consiste à ne pas perdre l’eau emmagasinée. Il s’agit soit d’éviter la sécheresse soit de résister. Des végétaux ont développé des stratégies originales pour :

  • conserver l’eau,
  •  et résister aux prédateurs grâce à de grosses molécules odorantes. Il en est ainsi des plantes condimentaires comme la sarriette. Les petites feuilles ont une odeur qui dissuade certains petits prédateurs. Les grosses molécules font que la déperdition de l’eau est moindre. Ces plantes arrivent à se développer dans des fissures ou des petites dépressions avec peu de sol. On a du thym avec un gros feutrage de racines. Le matin le sol est mouillé comme dans le désert. Le système racinaire est important, de petite dimension et peu profond et ainsi la plante peut absorber cette eau superficielle. L’été certaines plantes se dessèchent, c’est facile à observer sur les mousses mais le Ciste de Montpellier fait de même, ses feuilles roussissent et avec les pluies d’automne elles reprennent leur couleur verte. 

Il en est ainsi du pistachier térébinthe qui dégage une forte odeur. Il se développe dans des zones contraintes, de petite dimension et peut devenir un bel arbre si les conditions sont meilleures. La résine qu’il produit colmate les blessures. Des insectes viennent pondre sur les folioles et réalisent une partie de leur cycle de vie sur le Pistachier. Un joli panneau installé à proximité du théâtre des carrières nous dit tout sur cet arbre particulier et sur son association avec un petit insecte.

Le chêne blanc est lié aux zones où existent de l’humidité. Un grand déséquilibre par rapport au chêne vert a découlé de la sédentarisation de l’homme qui a abattu les chênes blancs en quantité pour cultiver la terre à la différence du chêne vert qui se développait en dehors des zones humides. Aujourd’hui avec la déprise agricole le chêne blanc revient.

Poursuivant notre promenade nous rencontrons les immortelles  (Helichrysum). En matière de végétalisation des toits, le sedum ou orpin est très apprécié car il n’a pas besoin d’arrosage.

Un nouvel arrêt devant un couvert de végétaux hauts où il y a moins de plantes. Yves nous conseille d’observer la végétation aux quatre saisons pour faire un bon relevé floristique. Ici il y a des mousses qui constituent un bon matelas et absorbent l’humidité, des fougères et des lichens. Le sol est le lieu où il y a de la vie (matière organique, bactéries, champignons, insectes…) et les racines. Sur place on peut observer des petites euphorbes rouges en mauvais état et à côté une euphorbe verte, bien portante au milieu d’autres plantes : elle s’est mieux débrouillée ! C’est ce que l’on appelle « la facilitation » en écologie : des plantes par leur ombre et leur tissu racinaire favorisent l’installation d’autres plantes.

Nous arrivons dans une zone dite ouverte. Si en Bretagne on peut connaître les quatre saisons dans une journée, il n’en est pas de même en zone méditerranéenne. Ici la pluviométrie est irrégulière. On observe des cumuls importants et des régimes de pluie intenses qui ravinent les sols. 

Nous sommes devant un chêne vert âgé, de faible hauteur. Pour survivre, l’arbre réduit sa structure. Il pratique « la mortalité en tête » comme on peut le constater de visu. Ainsi des plantes vont croître très lentement. Il ne faut pas effectuer un arrosage intensif mais élaguer le bois mort. On n’est pas dans un système de production dans lequel on remplace régulièrement les arbres. A côté du chêne vert, il y a aussi un pin d’Alep très âgé.  La hauteur pour une espèce donnée est un bon reflet du sol, de sa richesse ou fertilité.

L’an dernier avec les très fortes températures que nous avons connues fin juin, on a assisté à l’insolation des feuilles. Ce fut le résultat d’une combinaison malheureuse. 

Un peu plus loin on découvre un pin d’Alep déraciné par le vent. Il n’était pas bien ancré dans le sol : il poussait lentement car il n’avait pas suffisamment de sol à exploiter par ses racines, pas de fissures pour bien s’ancrer.

Dans la profondeur d’une ancienne carrière la végétation s’est développée grâce à l’accumulation de l’eau au sol. Un saules’est implanté. Un figuier est en survie. Il ne se reproduira pas. On peut voir sur un mur un figuier avec une boule. Il n’a pas pu développer un système racinaire normal. A cet égard Yves rappelle que le figuier est présent dans le monde entier sauf en Nouvelle-Zélande. Si les figues sont toutes comestibles, elles ne sont pas toutes gustatives.

Un peu plus loin sur le chemin du retour, la clématite (de la famille des renoncules) s’éclate. Sa structure a investi des axes très longs et grêles, moins coûteux en eau. Que dire du millepertuis (la plante aux mille trous qui sont des poches où s’accumulent des secrétions d’huile essentielle)… il en est de même pour la feuille du citronnier.

Pour terminer Yves s’arrête devant un chêne kermès, la troisième espèce de chêne de notre balade, avec des feuilles bien vertes. Yves rappelle que le gland met deux ans pour atteindre sa maturité. Il est rare d’y voir aujourd’hui les cochenilles qui ont fait la réputation de cet arbuste ainsi que l’évoque le panneau réalisé par l’association A.R.B.R.E à l’entrée du parking du théâtre des carrières.

Yves est intarissable. C’est un vrai conteur qui pourrait nous tenir en haleine jusque tard dans la nuit. Mais il faut en garder pour une autre fois.

La sortie prend fin avec un rafraîchissement offert par l’association A.R.B.R.E qui permet de poursuivre la conversation dans l’agora du Renard. Il y est question notamment de la semaine Regards croisés programmée du 16 au 21 novembre 2020 sur le thème de l’eau. Les pluies cévenoles… méditerranéennes maintenant ne seront pas à exclure !

Nous remercions Yves. Il est presque 20 heures.

Régine Paris avec la relecture précieuse d’Yves Caraglio.

Sortie géologie à Beaulieu

Dimanche 13 octobre 2019, Dominique Gayte avait donné rendez-vous aux connaisseurs et aux néophytes en début d’après-midi pour une balade géologique afin d’illustrer les connaissances acquises lors de sa conférence du 14 septembre dernier sur la naissance de la Méditerranée. La déambulation commence sur la partie haute du village pour s’acheminer progressivement vers la plaine.

Une trentaine d’adultes, trois enfants et deux chiens étaient au rendez-vous à la chapelle N.D. de la Pitié pour une initiation sur le terrain. L’animateur équipé d’un grand tableau blanc rappelle quelques notions de base comme l’origine grecque du mot « géologie » : discours sur les pierres. Le géologue nous propose de « faire parler les pierres ». Il nous dévoile une vieille carte géologique de la France et un extrait de la carte géologique de Sommières au 1/50 000ème. La géologie régionale est impactée par la géologie mondiale. Sur cette carte chaque couleur symbolise l’âge et la nature de la roche :

  • En gris, nous sommes 130 millions d’années en arrière avec les dinosaures sur les continents et les ammonites dans les mers.
  • En orange, il y a 40 millions d’années
  • En rose, entre 25 et 30 millions années.
  • et en jaune entre 15 et 20 millions d’années.
    Dominique Gayte rappelle les trois premières ères géologiques :
  • Primaire avec à la fin de la période le carbonifère. On assiste à l’extinction de certaines espèces.
  • Secondaire avec l’apparition des dinosaures et des ammonites dans la mer puis survient une grande rupture au niveau de la faune et de la flore et la disparition des dinosaures.
  • Tertiaire, période plus récente qui remonte à quelques dizaines de millions d’années. Des marnes se sont formées ainsi que des calcaires lacustres. On était continental. Une mer s’était retirée, une autre arrivait : la Méditerranée.

Nous faisons une première pause à la table d’orientation qui domine la plaine de Beaulieu et les Cévennes. Devant ce beau panorama on cherche les Cévennes constituées de granit dur-lave qui s’est refroidie en profondeur et qui est composée de cristaux-. Lorsque la lave s’est refroidie rapidement à la surface de la terre, elle forme la lave des volcans et donne le basalte que l’on peut observer à Montferrier, Agde, Saint-Thibéry où l’on peut traverser le volcan… Actuellement aux Comores un volcan est en formation à 2300 m sous l’eau. Cette activité a été révélée par des petits tremblements de terre. Les Comores sont issues de ce mouvement en profondeur.

La faille des Cévennes a séparé la masse de granit des marnes qui ont formé la plaine. Les failles résultent soit d’une compression quand ça pousse, soit d’une distension quand ça tire. La faille la plus importante près de chez nous est celle de Nîmes qui rejoint Lunel et Montpellier. Selon le niveau de compression on assiste à de petits tremblements de terre. Ainsi on a pu observer quelques 4 000 mètres de sédiments de l’autre côté de la faille de Nîmes formés par des alluvions.

A Beaulieu nous sommes entre les deux failles.

Au nord nous trouvons la pierre dite de Beaulieu qui est un calcaire avec une position en relief. La plaine est constituée de marnes saumonées composées de calcaire et d’argile. On trouve aussi des galets issus de l’érosion d’une chaîne de montagne située au sud. On suppose l’existence de ruisseaux torrentiels qui charriaient des galets : au sud ils sont gros et plus on remonte vers le nord plus les galets sont petits. Ainsi il y a quelques 30 millions d’années il y avait une grande chaîne de montagnes calcaires et des ruisseaux. La montagne existe toujours mais n’est plus au même endroit. Nous l’évoquerons plus tard avec le déplacement de la Corse et de la Sardaigne. 

Aujourd’hui on cultive dans les marnes, les bois poussent sur les cailloux (chênes verts). Pour mieux se rendre compte de la réalité géologique de notre région on va partir d’en haut pour descendre dans la plaine.

Un peu à l’écart de la table d’orientation, Dominique Gayte nous fait découvrir les fameux cailloux ronds qui n’ont rien à voir avec la pierre de Beaulieu. On avait alors une plage de galets. C’est à ce moment qu’est née la Méditerranée. L’eau était peu profonde. La mer du miocène est montée jusqu’à Lyon. Les vagues/ le courant ont broyé les coquilles des animaux marins. Il y a une double explication à ce phénomène : soit le niveau de l’eau a monté, soit le fond de la mer a baissé. Là où nous sommes, la pierre a une épaisseur de 40 cm. La mer est arrivée sur les galets et a déposé dessus des apports calcaires sans cailloux.

Il s’est passé ensuite une phase importante d’érosion marine avec des courants très forts qui ont creusé un chenal. A la sortie de Boisseron, sur la route départementale 610 qui mène à Sommières, on voit très bien les enchevêtrements.  

Aussi l’Hortus qui dialogue depuis si longtemps avec le Pic Saint-Loup est une immense dune sous-marine née il y a quelques 150 millions d’années et  formée de sables coquillés très fins. On trouve aussi du corail autour de l’Hortus. Il s’est donc passé un évènement très important, comme un typhon, au niveau de la barrière de corail qui s’étendait de Narbonne à Béziers.

Sur la photo ci-dessous on voit bien les galets puis au-dessus le calcaire de Beaulieu plus épais que celui vu précédemment. Nous avons affaire à des blocs percés de trous. C’est ce que l’on appelle un « tombant » quand on pratique la plongée. Les trous ont été faits par des oursins ou des animaux lithophages. La phase d’érosion a buté sur ce calcaire : il y a eu ainsi une inversion du relief.

Nous sommes dans l’oligocène. Les cailloux ronds érodés charriés par l’eau ne viennent pas de loin. De véritables conglomérats se sont constitués sous la poussée d’un courant fort. 

Depuis la fin du XVIIIᵉ siècle le principe de la superposition est établi à savoir que les roches supérieures sont les plus jeunes même si cela peut parfois être contredit.

Nous arrivons dans la plaine aux abords du bois du Peillou, face à une belle faille. Nous avons affaire à du calcaire miroitant. Le récent incendie du 15 juillet dernier a eu pour effet de dégager les abords de la faille qui est spectaculaire. On peut s’interroger sur le mode de déplacement : vertical ou horizontal ? Les stries nous permettent d’avoir la solution. Il s’agit d’un déplacement vertical. On peut même savoir dans quel sens ça s’est passé. Cette roche est de la même époque que l’Hortus, constitué de petits grains avec de la matière organique, il y a quelques 130 millions d’années.

Cette roche a été formée sous l’eau. 

Dominique Gayte souhaite nous donner son point de vue sur la formation du Pic Saint-Loup et de l’Hortus, séparés par des marnes. Le jurassique s’est déposé puis il y a eu une poussée nord-sud au moment de la formation des Pyrénées. Au début les roches se plissent. L’Hortus n’a pas bougé. Ça pousse encore et ça craque puis ça se couche. Le Pic Saint-Loup est relevé à la verticale car il ne voulait pas bouger non plus. Cette mer s’est réduite dans un mouvement comparable à celui de la grande barrière de corail. A la fin du secondaire on était continental. On assiste alors à l’ouverture de l’Atlantique. L’Afrique se sépare de l’Amérique du sud et se rapproche du nord. Les plaques correspondant à l’Espagne et à l’Italie d’aujourd’hui ont été poussées vers le nord. Une chaine de montagne globalement orientée ouest-est s’est formée, dans le prolongement des Pyrénées.  Elle intègre la Sardaigne et la Corse. Ces dernières ont ensuite pivoté vers le sud.

Le vide a été comblé par l’eau de l’Atlantique qui s’est répandue entre la plaque ibérique et l’Afrique. La création de la Méditerranée est liée au mouvement de ces plaques

Il y a de grosses quantités de sel au fond de la Méditerranée. Si on l’asséchait on aurait 80 mètres de sel. On a pu situer la période d’ouverture massive de l’Atlantique au niveau du détroit de Gilbratar à quelques 4,6 millions d’années. La Méditerranée a été remplie en 10 ans. La dernière glaciation remonte à 10 000 ans. L’homme l’a connue.

Revenant vers la route de Saint-Drézery, Dominique Gayte nous montre des cailloux blancs qui portent des traces de limnées, de planorbes et d’escargots d’eau douce. Des participants vont à leur recherche.

Vers 17h30, d’un commun accord on décide d’arrêter la balade et d’en programmer une seconde pour terminer cette découverte à deux pas de chez nous.

Nous remercions chaleureusement Dominique Gayte pour ses longues explications teintées d’humour et sa disponibilité pour répondre aux nombreuses questions qui lui ont été posées et nous lui promettons de regarder autrement les paysages qui nous entourent.  Merci aussi à la Méditerranée d’être restée à nos côtés tout ce temps.


Régine Paris avec l’aimable relecture de Dominique Gayte

Sortie « de la fleur au fruit »

Samedi 8 juin 2019

Rendez-vous botanique

L’association ARBRE a donné rendez-vous dans la plaine de Beaulieu ce samedi à 16 h pour une promenade botanique afin de découvrir tout le chemin parcouru par nos petites fleurs des prés et des bois pour enfanter de jolis fruits. Yves Caraglio, enseignant-chercheur au CIRAD, gibecière bien remplie, mènera la petite troupe composée d’une vingtaine de personnes vers des découvertes somptueuses. L’an dernier la sortie s’était déroulée dans le Bois du Renard et l’observation s’était arrêtée à la fleur.

Le soleil est de la partie. L’ombre est rare. Un premier arrêt à la sortie du parking permet à Yves de rafraîchir les mémoires sur le système de la fleur qui regroupe les organes mâles et femelles qui donneront naissance au fruit : les sépales ou le calice, les pétales forment la corolle. C’est ce que l’on voit de loin, ce qui est attractif pour les yeux et pour les insectes. Les pièces périanthaires masquent les organes de reproduction. Nous allons nous intéresser au gynécée, la partie femelle de la fleur (formée par les carpelles). 

Yves a apporté plusieurs fèves. La feuille verte assure la photosynthèse sur la plante, il existe une feuille un peu particulière qui porte les ovules (qui permettront la formation des graines), on appelle cet élément la feuille carpellaire. Pour illustrer ce qu’est la feuille carpellaire, il suffit d’ouvrir une gousse de fève en deux : une lame verte (la feuille carpellaire) qui porte des ovules qui se sont transformées en graines. Cette feuille carpellaire s’est refermée sur elle-même enfermant les ovules à l’intérieur. La fleur comporte ainsi une ou plusieurs feuilles carpellaires que l’on appelle plus facilement un carpelle. La fleur comprend un ou plusieurs carpelles (de 1 à 5). On peut distinguer la ligne de soudure sur l’exemple de la fève (carpelle unique. L’ensemble des carpelles constitue l’ovaire. La fève va s’ouvrir sur les deux côtés –sur la ligne de soudure et sur la face opposée, le dos-. Les campagnols le savent eux qui ouvrent la fève sur le dos pour grignoter les graines des fèves bien suspendues grâce à des petits filaments, équivalents du cordon ombilical.

Yves continue la cueillette avec des petites poires. On retrouve les traces de la fleur dans la petite couronne composée de 5 pics –le calice, puis les traces des étamines-. Au centre, les pétales sont tombés. Yves dessine : l’ovaire est sous le calice mais ce n’est pas toujours le cas. Il coupe la poire en deux et nous invite à regarder l’intérieur : on voit comme des petites gouttes translucides, ce sont les feuilles carpellaires avec deux ovules par feuille. Ce que l’on appelle couramment « les pépins », ce sont les graines. Le fruit naît de l’épaississement de l’ovaire formé par l’ensemble des carpelles, ici pour la poire on dénombre 5 carpelles. Les poires sauvages font partie de la famille des rosacées.

Yves cueille une petite branche fleurie. Il y a beaucoup d’étamines sur la fleur. On découvre que chaque partie verte correspond à une feuille carpellaire. Nous avons affaire à une ronce, rubusla mûre. La partie dure de la mûre est attachée au carpelle. Chaque petit carpelle va grossir et donner un petit fruit qui va se coller à son voisin, et on mangera la mûre avec dans chaque petit fruit globuleux les graines. Le fruit est plus appétant que la graine qui sera ingérée par un oiseau et prédigérée puis rejetée dans ses excréments. La ronce fait aussi partie de la famille des rosacées. Dans cette promenade, nous sommes dans une démarche de vulgarisation qui consiste à simplifier des phénomènes plus complexes.

On se déplace un peu pour changer de registre avec une plante moins flashie qui appartient à la famille des céréales –les poacées ex. graminées-. Ces plantes ont des fleurs. Les fleurs ont du pollen. En les agitant on disperse le pollen. Yves fait un dessin. Les étamines sont à l’extérieur. Le vent est le pollinisateur. Pas besoin d’insecte. On distingue « le style » au sommet puis les stigmates. La fleur est simple. On ne la verra pas. Yves nous montre la partie qui constitue ce que l’on appelle le « son » de la folle avoine.

De la fleur à l’inflorescence : la plante met en place des fleurs sur une même tige, l’ensemble des fleurs s’appelle une inflorescence, sur la tige du bas vers le haut on passe des fleurs les plus anciennes aux plus jeunes, c’est une inflorescence appelé « grappe ». Quand toutes les fleurs partent d’un même point et sont à la même hauteur, l’inflorescence s’appelle une ombelle, c’est typique de la famille de la carotte (les ombellifères). La marguerite(ici une artémise) est une inflorescence « contractée », elle mime une fleur ! En l’ouvrant en deux, on découvre plein de petites fleurs. Dans chaque minuscule fleur, les pétales sont soudés. Les fleurs périphériques sont les plus anciennes et ont des pétales de grande taille et soudées en une lame blanche qui forme la couronne blanche de la marguerite. Sur cette fleur, les étamines qui supportent le pollen sont collées entre elles. Après la pollinisation, il y a la formation d’un petit fruit qui ne s’ouvre pas et qui est disséminé par le vent. Dans cette « marguerite », on distingue donc les fleurs en tube au centre et les fleurs avec la grande corolle blanche sur la périphérie. 

On poursuit la balade pour s’arrêter devant un parterre de fleurs violettes qui comptent 5 pétales et qui appartiennent à la famille des mauves. Elles ont deux petites pièces supplémentaires en dessous du calice. Les étamines sont soudées en un tube, on distingue aisément les gros grains de pollen blanc. Quand les étamines sont flétries, on voit le style qui est allongé avec ses 5 stigmates en étoile.

En longeant une petite vigne, Yves cueille une petite grappe qui est une inflorescence complexe. Chaque grain provient d’une fleur,  on retrouve les traces de la fleur avec la présence des étamines au-dessous de chacun des petits fruits en formation.

Au tour de la fleur de la carottede passer à la loupe, composée d’un ensemble d’ombelles simples regroupées elle-même en une ombelle. Elle sent bon. Elle est proche de la fleur de la cigüe. 

La scabieusevioletterappelle la marguerite avec une inflorescence contractée mais elle est différente : elle n’a pas de fleurs tubulaires, les étamines non soudées sont bleues. Elle produit de jolis fruits verts.

Sur le chemin ombragé, rencontre avec un églantier blanc. La fleur est composée de 5 pétales, 5 sépales et beaucoup d’étamines. Les pétales légèrement rosés et odorants en font une fleur attractive. Chez les rosacées il y a trois manières de passer de la fleur au fruit :

  • Les carpelles sont fermés : poire, pomme
  • Les carpelles indépendants se développent au-dessus : la ronce, la fraise
  • Les carpelles sont libres mais cachés : églantier (ce fruit s’appelle un cynorhodon ou plus prosaïquement un « gratte-cul »).

Dans une même famille comme les rosacées, il peut ainsi y avoir de grandes différences au niveau des fleurs puis par conséquence au niveau des fruits, même si toutes comportent 5 sépales et 5 pétales.

A la fin de la balade retour à la fève avec la gousse produite par l’arbre de Judée. Il s’agit du même type de fruit que la fève du début de la promenade, le fruit s’appelle une gousse, il est typique de la famille des  légumineuses.

Après plus de deux heures et demie de promenade au contact d’une nature souriante les apprentis botanistes vont s’efforcer de regarder autrement et plus attentivement les petites fleurs qui ornent chemins et champs de nos campagnes.

Merci à Yves pour ses explications fleuries et son coup de crayon magistral comme on peut le voir en illustration de ce compte-rendu.


Régine Paris
avec la relecture d’Yves Caraglio


Rendez-vous le samedi 15 juin à 20h30 pour une mini-conférence.
Yves Caraglio reprendra et approfondira le processus du passage de la fleur au fruit, salle Edmond Carrère (au-dessus de la bibliothèque) à Restinclières.