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L’ATELIER TAPENADE

Mercredi 15 novembre à la bibliothèque municipale de Restinclières

Dans le cadre de Regards croisés sur l’olivier l’association ARBRE [1] a proposé aux enfants âgés de 6 à 10 ans de participer à un atelier tapenade animé par les deux cuisinières de L’effet Gomasio qui proposent une cuisine bio-végétarienne.

Deux groupes de 12 enfants se sont ainsi réunis, l’un le matin et l’autre l’après-midi, dans la bibliothèque de Restinclières, transformée pour la circonstance en cuisine méditerranéenne, autour d’une grande table sur laquelle avaient été déposés délicatement des herbes fraîches, des herbes séchées, des fruits secs et bien sûr des olives dont la cueillette se déroule en ce moment.

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Un petit tour de table a permis de mettre les enfants en confiance en leur demandant de sentir puis de reconnaître, dans la mesure du possible, tous les ingrédients proposés pour la fabrication de la tapenade. Ainsi  du côté des herbes fraîches :

  • le romarin : qui en a dans son jardin ? Quelques mains se lèvent !
  • le thym : il s’émiette un peu à cause de la sécheresse et il pique …
  • le laurier-sauce : on casse la feuille pour mieux la sentir !
  • la sariette : un bien joli nom pour une herbe de la garrigue,
  • la verveine citronnée que l’on utilise pour la tisane,
  • l’ortie séchée … qui ne pique plus,
  • la sauge, un peu moins connue,
  • la menthe,
  • le basilic qu’on utilise pour la fabrication du pesto italien ou pistou provençal.

On découvre les fruits secs avec  lesquels on fabrique aussi de l’huile :

  • les noix décortiquées. Petit rappel : avec la coque on fabrique le « brou » de noix,
  • les graines de tournesol,
  • la noix de coco rapée … qui fera le délice d’un petit gourmand !
  • la figue sèche,
  • les graines de sésame.

Du côté des fruits séchés, on reconnaît :

  • les raisins secs,
  • les tomates séchées,
  • l’ail et l’échalote,
  • les grains de moutarde, le fenouil, le gingembre, des citrons.

Et pour adoucir les assemblages, du fromage frais.

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Maintenant on va passer aux travaux pratiques. Les enfants sont répartis par groupes de trois. L’après-midi les 7 petits garçons forment le gros du bataillon. Le plus jeune acceptera la compagnie de deux filles. Chaque groupe est invité à fabriquer deux tapenades différentes en choisissant librement les ingrédients à ajouter aux olives vertes et/ou noires à disposition.

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La répartition des tâches s’effectue sans problème : l’un-e écrase les olives dans un mortier à l’aide d’un pilon, un-e deuxième ajoute les ingrédients choisis dont les noms sont soigneusement notés sur une feuille de papier par un-e troisième. On goûte pour apprécier le mélange et l’adoucir le cas échéant. Parfois ça pique un peu … à cause des graines de moutarde !

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On termine la préparation avec le mixer pour obtenir une tapenade homogène.

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Arrive le moment de la dégustation sur des petits carrés de pain bio.

 

 

Les animatrices proposent de goûter aussi les olives que l’on consomme couramment dans la région et qui ont été au préalable désamérisées  dans une saumure : les picholines vertes, les lucques vertes et pointues et les négrettes cultivées dans le Languedoc, les kalamatas violettes originaires de Grèce.

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Les adultes sont invité-es au goûter tapenade et chaque enfant partira avec un échantillon de ses préparations et la recette à découvrir en famille.

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Cet atelier cuisine a beaucoup plu aux enfants et en partant, ils pouvaient découvrir les panneaux d’information sur la culture de l’olivier prêtés par la Maison départementale de l’environnement (MDE).

Merci aux cuisinières de l’Effet Gomasio, à Evelyne, bénévole à la bibliothèque qui s’est occupée de la préparation matérielle de la « cuisine improvisée », à l’association 123 Soleil de Restinclières qui a assuré l’information auprès des parents et des enfants et aux bénévoles de l’association ARBRE, Jean-Pierre, Jacqueline, Régine, Louise et Peter qui ont assuré une présence discrète pendant le déroulement des ateliers et le reportage photographique.

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Régine Paris

[1] Association Restinclières Beaulieu pour le Respect de l’Environnement

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Regards croisés

l’Olivier : tellement ancien mais toujours moderne ! 

Toujours dans le souci de faire connaître notre environnement de vie proche, l’association ARBRE vous propose pour sa 5e édition un « Regards Croisés » sur l’Olivier : tellement ancien mais toujours moderne !

Cette manifestation se déroulera du 10 au 18 novembre 2017

À la bibliothèque de Restinclières (près de l’église ici)

  • Exposition sur l’Olivier visible à partir du vendredi 10 novembre à la bibliothèque municipale de Restinclières.
  • Visites de l’Oliveraie de Michel Marquez le samedi 18 novembre
    départ à 16 h de la bibliothèque de Restinclières.
  • Atelier tapenade pour les enfants le mercredi 15 novembre (uniquement sur inscription).

À la salle du foyer de Beaulieu (près du stade ici)

  • Samedi 18 novembre à 20h sur l’histoire de la transformation de l’olivier par l’homme au cours des siècles et sur la culture et la production de l’olivier. Avec la participation de Jean Frédéric Terral, professeur à l’université de Montpellier et chercheur à l’ISEM (Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier) et Jean-Michel Duriez, Directeur Adjoint de l’AFIDOL (Association Française Interprofessionnelle de l’Olive).Cette soirée est gratuite. Elle sera suivie d’un débat avec le public et les producteurs locaux et sera clôturée par un buffet.
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Depuis les années 1990, la culture de l’olivier s’intensifie et en corollaire se développent des pratiques en rupture avec l’image de l’olivier : plantation à haute densité, mécanisation de la récolte et augmentation des intrants (eau, engrais, traitement). L’image d’une culture « naturelle » disparait.

La culture de l’olivier pour des secteurs en difficulté a eu aussi pour conséquence la mise en place d’oliveraies dans de nouvelles zones produisant une prolifération de la mouche de l’olive, facteur de risque particulièrement surveillé.

Combinée à des facteurs du milieu changeant (augmentation des températures, modification des régimes de pluies) mais aussi à une demande de la société de plus en plus soucieuse de produits locaux et de qualité, la production oléicole se doit de raisonner la diversification variétale, les techniques de taille et la lutte contre la mouche. Mieux gérer, c’est mieux connaître et bien que l’homme et l’olivier se côtoient depuis des millénaires, l’histoire de la transformation de cette plante au contact de l’homme et sa culture  nous cachent encore bien des secrets.

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Regards croisés

Hier et aujourd’hui
Notre environnement proche
Evolution de notre perception de la nature

Jean-Pierre Fels, président de l’association ARBRE présente en quelques mots les objectifs de l’association et les actions menées dernièrement par les bénévoles, notamment les sorties nature à proximité des deux villages. Il rappelle aussi la nécessité d’apporter un soutien actif en adhérant à l’association.

Yves Caraglio, botaniste, chercheur et agriculteur, est chargé de conduire les débats.

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La soirée commence avec le visionnage d’un montage vidéo à partir du témoignage de Monsieur Hubert TESSE, ancien métayer au mas du château à Restinclières, qui indique qu’en l’espace de 50 ans on est passé de 40 à 3 exploitants agricoles. Il est question aussi du Pic Saint-Loup dont l’apparence donne lieu à des conjectures atmosphériques par rapport aux travaux agricoles.

Édouard Aujaleu, Président des Amis du musée Fabre à Montpellier, prend le relais pour nous parler de l’invention du paysage en prenant la précaution de le différencier de l’environnement, milieu où interagissent des éléments physiques.

Le paysage résulte d’un regard spécifique d’origine artistique et est lié à notre histoire culturelle et personnelle. Il est le fruit de représentations artistiques très larges comme la littérature, la peinture, la télévision, les publicités.Édouard Aujaleu fait référence à Oscar Wilde qui affirmait dans Le déclin du mensonge que c’est la vie qui imite l’art et non l’inverse.

Sur l’écran s’affiche le tableau de William Turner Pluie, vapeur, vitesse -1844 :

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Bioulès a peint le Pic Saint-Loup :

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De même Cézanne a largement contribué au succès de La montagne Sainte-Victoire :

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Le paysan a une vision pratique et non esthétique du paysage. Des sociétés comme l’Inde ne sont pas paysagères. En revanche la Chine reste la première société paysagère.

Dans les sociétés occidentales il faut attendre la Renaissance pour la mise en lumière du paysage à travers la fenêtre.

Robert Campin (1378-1444), peintre primitif flamandLa Madone à l’écran d’osier (entre 1425 et 1430) :

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Jacob Van Ruysdael – Vue de Harlem – 1670 :

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Les éléments naturels acquièrent alors une valeur esthétique.Édouard Aujaleu parle d’une laïcisation du paysage qui perd sa valeur religieuse. L’invention de la perspective permet aussi une mise à distance. Pour l’élite urbaine et à la différence du paysan, le «pays» n’est pas le milieu du travail.

À la Renaissance, la perception du pays se définit par trois données ou trois natures :

  • La nature sauvage : les montagnes et les forêts
  • L’espace agricole
  • Le jardin d’agrément né d’une perception culturelle.

Rossellino – Le jardin du pape Pie II Piccolomini à Pienza – 1450 :

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1 – La campagne – c’est ce qui entoure le village et qui est en partie cultivée et en partie sauvage.

Poussin Ruth et Booz ou l’été 1660-1664 :

Poussin – Ruth et Booz ou l’été 1660-1664.png

Les peintres du Nord ont largement contribué à la peinture de paysages.

Meindert HobbemaLe chemin de Middelharnis – 1689 :

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Les impressionnistes ont peint une campagne plus modeste.

Claude MonetCoquelicots – 1873 :

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2 – La montagne   –

Avant la fin du XVIIIe siècle, la montagne était considérée comme le pays affreux, dangereux, froid, hostile. Montesquieu après un voyage au Tyrol a trouvé que c’était un très mauvais pays. William Turner a ressenti la même chose après un séjour à Bonneville. Cela va changer avec Rousseau et sa Nouvelle Héloïse. Les romantiques vont mettre au goût du jour l’esthétique du sublime : le paysage vous élève.

FriedrichLe voyageur contemplant une mer de nuages – 1818 :

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Mais en matière de montagnes, c’est la photographie qui va permettre une sensibilisation à une esthétique particulière (les crevasses …).

3 – Il en sera de même des rivages marins –

Van GoyenScène de plage – 1638 :

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William TurnerLa plage de Calais – 1803 :

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Sorolla – Promenade sur le bord de mer – 1909 :

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Avant la mer était inquiétante. M. Aujaleu recommande la lecture du livre d’Alain Corbin Le Territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage. Les naufrages, le déchainement des éléments ont une beauté terrible. Il a fallu du temps avant que cela représente un beau spectacle. On contemple désormais le déchainement de la nature.

4 – Le désert –

Le goût pour le désert est venu de la littérature, de la peinture, du cinéma (les westerns). La réalité est bien différente. Il s’agit la plupart du temps de déserts de cailloux. On voit Les dunes au cinéma ou dans les tableaux des peintres orientalistes. Monument Valley, La Prisonnière du désert de John Ford (1956), Le crabe aux pinces d’or (Hergé) ont forgé notre imaginaire.

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La beauté de la nature sauvage est née aux Etats-Unis où ont été créés les premiers parcs nationaux. Il s’agit alors d’encadrer un fragment de paysage.

BierstadLes montagnes rocheuses – 1870 :

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La perception du paysage n’a rien de naturel. C’est une création culturelle nous dit Édouard Aujaleu.

La perception esthétique a d’abord été le privilège des couches privilégiées de la société.

L’agriculteur moderne n’est plus un paysan. Il a désormais un regard distancié.

On parle actuellement de protection des paysages mais peut-on affirmer qu’il y a une dégradation des paysages ? Deux exemples interrogent :

  • Le pont du Gard constitue aujourd’hui un vrai paysage construit, objet de tous les soins.
  • Le viaduc de Millau a institué le paysage que l’on admire aujourd’hui.

Sur une question d’une auditrice évoquant Ulysse,Édouard Aujaleu parle d’une exception. Dans l’Odyssée, Ulysse revient à Ithaque et on a des descriptions de son voyage mais la mer est dangereuse et n’est pas considérée comme positive.

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Avant de donner la parole à Jocelyne Bonnet-Carbonell, ethnologue, qui va nous parler de la vie dans les mazets, Yves Caraglio nous fait entendre le témoignage émouvant d’un habitant de Beaulieu, Emile Lioure, sur le travail dans les carrières et les différents outils utilisés notamment l’escoude.

La vie dans les mazets, c’est 2500 ans d’histoire !

Mazet dans la commune de Beaulieu :

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1000 ans avant J.C. des gens habitaient des territoires peu exploités. Mme Bonnet nous parle de la cabane de la Liquière de Calvisson dont la construction remonterait à 7 siècles avant J.C. De forme oblongue, elle était constituée d’une seule pièce. Elle cite également la cabane de Gailhan que l’on situe 5 siècles avant J.C., une sorte de mazet composé de deux pièces à la toiture constituée de branchages et de terre, dans lequel on stockait des matériaux. Des archéologues ont repéré deux feux, un feu intérieur sacré sur une plaque de terre décorée et un feu extérieur, des étendoirs, des bancs de pierre pour se coucher et s’asseoir.

Reconstitution de la cabane de Gailhan :

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Les mazets vignerons, constitués d’une ou deux pièces, se différencient des capitelles, cabanes de bergers en pierres locales. A Calvisson on peut voir un mazet construit en 1870 et entouré de murs.

Capitelle dans la commune de Beaulieu :

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Avec la déprise agricole –l’arrachage des vignes- les mazets sont de plus en plus abandonnés ou ont été transformés en maison secondaire, voire en habitation principale avec une transformation de leur apparence.

Le mazet vigneron a constitué un véritable art de vivre pendant des siècles. Nos ancêtres nous l’ont légué. Par sa situation en dehors du village il répondait à la fonctionnalité de la vigne. Leurs habitants élevaient des chèvres, des cochons, des volailles. Ils mangeaient peu de viande, chassaient le gros gibier et consommaient du poisson.

Dans les temps anciens, les Etrusques cabotaient en Méditerranée. Ils laissaient leur cargaison au Caylar. Des vases noirs sont en cours de découverte. Ils contenaient du vin. A l’époque on bougeait, on vivait, on commerçait. L’anchois était utilisé dans de nombreux plats –l’omelette- pour saler et épicer. Faute de légumes cultivés, on mangeait de la salade sauvage –la roquette-, des escargots. Ces habitudes sont restées dans l’inconscient collectif.

Cet habitat modeste (40 à 60 m2) composé de deux petites pièces va influencer les modes de vie. On le construisait avec les pierres trouvées sur place. Il y avait peu ou pas de fenêtres, pas d’eau, mais toujours des bancs, une cheminée et un piège à lapins. Les protestants plantaient un cyprès. Pour la naissance d’une fille les catholiques plantaient un grenadier. C’était la maison des hommes en Languedoc. On peut parler d’un art de vivre masculin et saisonnier –de mars-avril à octobre-. A certaines occasions on y invitait ses proches. On consommait de la crème de lait stockée dans de grandes jarres, des plats cuisinés provenant de la maison principale. On grillait des saucisses. Jusqu’au XIXème siècle on vivait dans des villages en hauteur car les routes étaient embourbées. Aujourd’hui ces petites maisons sont menacées par notre incompréhension. Mme Bonnet aimerait sensibiliser les maires à la protection de ce petit bâti. A Calvisson des panneaux informent les promeneurs sur les mazets.

Jocelyne Bonnet nous apprend que tous les vignobles d’Europe ont les mêmes mazets. On peut parler d’une civilisation du mazet. En Hongrie elle a été reçue par des occupants d’un mazet qui lui ont fait goûter le lard grillé à l’extérieur et présenté sur une grande tranche de pain, accompagné de vin et d’alcool : art de vivre masculin.

Elle évoque les quelques mazets qui subsistent au bord du Vidourle et qui sont menacés de disparition. C’est, nous dit-elle, notre civilisation régionale qui est menacée. Il faut les protéger. En Italie, en Roumanie et en Hongrie les mazets ne sont pas en ruine.

Sur une question d’un auditeur qui évoque la disparition de leur utilisation traditionnelle liée à la vigne, elle précise que leur fonction familiale perdure.

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Pour conclure, Yves Caraglio évoque l’évolution de la population des deux villages : en 1980, 500 habitants à Beaulieu et 200 à Restinclières. Aujourd’hui chaque village avoisine les 1700 habitants. Pour accueillir ce surcroît de population on a augmenté la densification au kilomètre carré d’où des lectures différentes de paysages.
Se pose aujourd’hui le problème du lien social. Les fêtes de village et les associations ont un rôle à jouer.

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La soirée s’est poursuivie avec des échanges autour de quelques agapes gourmandes sans oublier l’exposition de reproductions de mazets miniatures confectionnées avec talent par Florence Begni dont l’atelier se visite à Lecques (florence.begni.les prosdemaville.fr).

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Le compte-rendu témoigne de la qualité des deux intervenants que nous remercions chaleureusement.

Pour ARBRE : Régine Paris

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