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Soirée Conférences-débat autour de l’Arbre fruitier

Samedi 16 novembre 2019

La soirée se déroule au Foyer de Beaulieu mis à disposition par la commune. La salle a été décorée avec des panneaux prêtés par la Maison Départementale de L’Environnement (MDE) (Prades-le-Lez) et des panneaux photographiques présentant les dessins réalisés par les enfants des écoles de Beaulieu et Restinclières dans le cadre du projet Arbopolis, une recherche scientifique menée par l’Institut de Recherche et Développement (IRD) de Montpellier sur la représentation qu’ont les enfants de notre région des arbres fruitiers et particulièrement du figuier Des fruits exotiques sont présentés sur deux tables pour aiguiser la curiosité du public composé d’une cinquantaine de personnes.

Jacqueline Taillandier, la nouvelle présidente de l’association A.R.B.R.E qui a succédé à Jean-Pierre Fels, le fondateur, disparu le 14 février dernier, souhaite la bienvenue à tous les participants et rappelle les différentes activités de l’A.R.B.R.E : des animations dans les écoles des deux communes, des sorties nature (fleurs, oiseaux, batraciens), l’opération annuelle Nettoyons la nature, des plantations dans le cadre d’Une naissance-un arbre (UNA) et la création d’un sentier botanique dans les carrières de Beaulieu.

Yves Caraglio, chercheur au CIRAD et conseiller scientifique de l’association, présente les deux intervenants de la soirée, Jérôme Duminil, chercheur à l’IRD, qui parlera de la domestication des arbres fruitiers et Brigitte Favre, historienne de l’art, qui évoquera la représentation artistique des arbres fruitiers. Nous terminerons la soirée avec des réponses la question : Que mange-t-on dans le fruit ? Sujet traité par Yves Caraglio.


La domestication

des arbres fruitiers

– Jérôme Duminil

A l’aide d’un diaporama, Jérôme Duminil nous présente un historique des différents moyens mis en œuvre pour apprivoiser et développer la culture des arbres fruitiers. Il nous parle de diversité génétique à la manière des races humaines et de diversité spécifique (les animaux, les végétaux). Il tente, avec la prudence du chercheur,  de nous expliquer d’où viennent les fruits cultivés que nous consommons quotidiennement.

Il y a quelques 300 000 ans avant Jésus-Christ il y avait des chasseurs-cueilleurs. Avec la révolution néolithique (- 10 000 avant notre ère) et la sédentarisation des populations, on assiste au développement de l’agriculture et à la création des premiers centres de domestication dans le Croissant fertile, en Chine, en Nouvelle-Guinée, au Mexique.

Pour retracer l’histoire de la domestication des espèces, on fait appel à plusieurs disciplines :

  • La botanique.
  • L’archéologie (restes archéo-botaniques).
  • L’iconographie.
  • La linguistique (études à partir de la racine des mots).
  • La littérature : on remonte à – 3 000 en Mésopotamie qui voit les débuts de l’écriture.
  • La génétique, avec l’étude de l’ADN.

Le vase d’Uruk (-3000/-3500 av. J.C.) atteste que les fruits étaient cultivés/utilisés. Les premières plantes cultivées annuellement étaient des céréales. La sédentarisation de l’homme favorise la multiplication des modes de reproduction.

Comme passe-t-on du fruit sauvage au fruit cultivé ? C’est le résultat de plusieurs passages :

  • de l’allo-fécondation à l’autofécondation, de deux individus (mâle et femelle) à un individu.
  • une floraison/fructification régulière.
  • une période de fructification plus longue/décalée dans le temps.
  • des fruits plus gros, plus nombreux, meilleurs.
  • développement de la parthénocarpie : apparition du fruit sans fécondation.

On obtient :

  • Des plantes annuelles (céréales, légumineuses) : la tomate est obtenue par autofécondation. En récoltant les graines, on retrouve la variété initiale.
  • Des plantes pérennes comme les arbres fruitiers.

Que planter pour obtenir de bons fruits ? –  L’invention de la greffe. 

Les premières espèces domestiquées apparaissent en Mésopotamie avec le palmier dattier et l’olivier. Le grenadier dispose d’une aire naturelle autour de la mer Caspienne où il est cultivé depuis 5000 ans et 1500 ans en Egypte. Il y a aussi l’aide des échanges commerciaux (la route de la soie, les échanges avec le Moyen-Orient -poire, coing, néflier-, l’Orient (citron, amandier, abricotier, cerisier) ainsi que les explorations maritimes.

Jérôme Duminil nous parle plus spécifiquement de la domestication du pommier et du bananier.

La domestication du pommier nécessite une greffe. La pomme est le troisième fruit le plus consommé au monde avec 69 millions de tonnes/an et 11 000 variétés dont les plus connues sont la golden, la gala… La pomme sauvage est grosse comme une pièce de 2 € avec un diamètre de l’ordre de 20 à 27 mm. On a retrouvé des restes de pomme qui remontaient à la fin du troisième millénaire av. J.C. C’est néanmoins une culture tardive avec une description de Théophraste qui remonte au Vème-IVème siècles av. J.C. Le pommier a été propagé par les Grecs et les Romains. On dénombre quatre espèces sauvages au Kazakhstan, en Asie centrale (malus sieversii). Le séquençage génétique confirme que c’est l’espèce originelle. 

Comment est-on passé du pommier sauvage au pommier domestiqué ? En 2012 on a acquis des données ADN supplémentaires. Qu’a reçu le pommier domestique des espèces sauvages ? On retrouve environ 26% d’ADN du pommier sauvage qui était peu goûteux.


Le bananier sauvage est une herbe géante qui se propage rapidement. Nous disposons de données archéologiques (pollen, graines), linguistiques et génétiques. 100 millions de tonnes sont consommées par an dans le monde, ce qui représente un marché de 5 milliards de dollars. L’Ouganda est le premier consommateur. Les bananes sauvages viennent de Nouvelle-Guinée. On assiste à un croisement parthénocarpique, sans fécondation. La mise en culture remonterait à -4 500 ans av. J.C. -à la même période que le pommier- et au Cameroun à –  2 500 ans.

Sur le plan linguistique, la plante migre avec son nom puis après propagation, il y a souvent une modification du nom. 

En conclusion, la banane sauvage est peu goûteuse. Les croisements ont permis la création de formes comestibles. La parthénocarpie a  favorisé sa propagation.

Le projet Arbopolis mené notamment dans les écoles de Beaulieu et Restinclières était conduit parallèlement dans des écoles du Cameroun et concernait le safoutier très répandu en Afrique centrale dans la forêt tropicale humide. Son fuit –le safou- ressemble à l’avocat. Il est récolté par les enfants et vendu en tas sur le marché. Il peut se consommer grillé avec la banane plantin. A ce jour on n’a aucune idée de sa domestication (où ? quand ? par qui ? dans quelles circonstances ?).


Avant de passer à la deuxième partie de la soirée, Yves Caraglio propose au public de se rendre dimanche matin à la bibliothèque de Restinclières pour découvrir l’exposition sur la diversité des fruits ainsi que deux petits films confectionnés avec des dessins d’enfants sur le figuier et les abeilles.


Représentation artistique

de l’arbre fruitier

Il donne la parole à Brigitte Favre, historienne de l’art, à qui il a été demandé d’évoquer la représentation artistique de l’arbre fruitier. L’exercice va se révéler difficile dans la mesure où ce motif est peu représenté. L’arbre est traditionnellement symbolisé par une verticale reliant la terre (les racines) au ciel, soit l’axe du monde. Il est présent depuis longtemps sur des tablettes. On y ajoute fréquemment des oiseaux mais aussi d’autres animaux. L’arbre de vie diffère selon les civilisations. A Teotihuacán au Mexique, l’aigle aurait déterminé l’emplacement du site. 

L’arbre est souvent associé à l’eau, une source sacrée par exemple. Il peut porter des fruits auxquels on ne s’attend pas, comme chez les Celtes.

Avec une fresque égyptienne qui remonterait au 13ème siècle av. J.C. l’intervenante  évoque une des plus anciennes représentations de l’arbre fruitier. On y voit de l’eau, des arbres fruitiers comme le palmier dattier, des personnages cultivant la terre. Dans l’au-delà les défunts peuvent faire appel à des serviteurs miniatures. Cette fresque présente deux défunts de profil –selon le meilleur angle possible-.

A l’époque romaine, on trouve la représentation de jardins avec des arbres fruitiers comme dans la fresque de la Maison du bracelet d’or à Pompéi, des statues, des fontaines, des oiseaux, des petits fruits.  

Fresque de la Maison du bracelet d’or à Pompéi. (© Stéphane Compoint)

Idem pour la bible de Saint-Bidero du Xème siècle conservée dans la cathédrale de León en Espagne. 

Après l’Empire romain, on constate une perte de capacités techniques. Les représentations artistiques ont pour but d’asseoir la puissance de l’Eglise. On retrouve néanmoins l’arbre de vie dans les manuscrits sacrés avec des animaux au pied des arbres et de grandes influences orientales.

La symbolique des jardins évolue au Moyen-Age. Les jardins clos –jardins d’amour- représentent le paradis terrestre en miniature.

Avec Jérôme Bosch, les représentations évoluent. C’est un peintre extraordinaire pour son époque et son milieu artistique, originaire du nord de l’Europe. Cf. les grands triptyques que l’on peut voir au musée du Prado à Madrid ou à l’Escurial. Le jardin des délices (220 x 386 cm). Le panneau de gauche représente le paradis terrestre. On y voit une sorte de  cactus, un lapin (la luxure) mais pas de représentation de fruits sauf dans le panneau central, des sortes de baies, peut-être des fraises ? Le pommier est très stylisé avec le serpent. Au-dessus, Dieu et le combat des anges. Il y a eu une récupération par la bible d’éléments existants. 

source image : comprendrelapeinture.com/le-jardin-des-delices-jerome-bosch

A la même époque, Le Printemps (203×314 cm) de Botticelli est rempli de symboles. Le peintre a travaillé pour les Médicis notamment dans les palais à Florence. Les personnages sont quasiment grandeur nature. On peut voir des fruits dans le haut de la toile et des fleurs dans le bas. Au centre, Flore, puis les trois grâces. Mercure/Hermès écarte les nuées avec un caducée (bâton entouré de deux serpents) qui illustre la concorde à Florence. Si les fleurs sont bien identifiées, il n’en est pas de même des fruits. Ce ne sont pas des oranges et nous sommes au printemps ? Tout est beau et accueillant.

Source image : wikipedia.org/wiki/Le_Printemps_(Botticelli)

Début XVIème siècle, Michel-Ange peint le plafond de la chapelle Sixtine. Deux observations : il nie la surface et il n’y a pas de plafond mais un ciel ouvert. Dans chaque compartiment, Michel- Ange a peint une scène biblique. Les corps sont musclés, les rendus anatomiques sont ceux du sculpteur. L’artiste est venu à Rome à reculons à la demande du pape. Il y est resté quatre ans. L’arbre représenté est-il un pommier ?

Source image : wikipedia.org/wiki/Plafond_de_la_chapelle_Sixtine

Nous avons donc toujours peu de représentations de l’arbre fruitier.

Fin XVIIème-début XVIIIème s. on peut voir avec Oudry un oranger en fleurs dans un beau vase. L’oranger est alors considéré comme un bien précieux. C’est l’époque de la construction des orangeries comme à Versailles.

C’est plus facile avec les Impressionnistes –Monet, Sisley, Pissarro. Première exposition en 1874. Le tableau Jardin potager (65×81 cm) peint en 1877 par Camille Pissarro  est visible au musée d’Orsay. Les peintres sortaient et peignaient sur le motif grâce à l’invention du tube de peinture. Le développement des moyens de communication –le train- favorisait les déplacements. Ils devaient travailler vite pour obtenir la touche fractionnée. Auparavant les peintres réalistes travaillaient en atelier. L’invention de la photographie dans les années 1830 (Nadar) a permis une approche de la nature plus sensible. Les artistes peignent des arbres en fleurs. On dénote le frémissement de la surface. Mais subsiste un problème plastique entre le peintre et le fruit, cf. Le poirier d’Angleterre de Renoir (1873). 

Avec du recul, c’est vibrant. Le sujet préféré des Impressionnistes, c’est un personnage intégré dans un paysage, à la différence de Courbet. Dans La Seine à Bougival de Sisley, on sent le vent. On a une impression de vie. Printemps.Pruniers en fleurs (1877) de Pissarro : on peut toujours indiquer la saison et l’heure. Avec un très grand ciel, on n’est pas loin de midi.

The Orchard’, 1879, (1939). ‘Jardin potager à l’Hermitage. Pontoise’. Kitchen garden at the Hermitage, Pontoise, northern France. Painting in the Musée d’Orsay, Paris. From « Camille Pissarro », by John Rewald. [Collins, London, 1939] Artist Camille Pissarro. (Photo by Print Collector/Getty Images)
Le Poirier d’Angleterre. 1873. Auguste Renoir – source image : https://lacadutadeglidei.files.wordpress.com
La Seine à Bougival. Sisley. 1873 – Source image : www.wikiart.org
Printemps.Pruniers en fleurs (1877) Pissarro – Source image : art-prints-on-demand.com

Nous abordons les post-impressionnistes avec Van Gogh : Branche fleurie d’amandier (1890) peint quand le peintre était hospitalisé à Saint-Rémy de Provence. On  découvre l’influence des estampes japonaises. Les artistes peuvent peindre des séries : des meules de foin, des peupliers le matin, le midi… Un détail peut occuper la surface. Les impressionnistes ont été fascinés par la lumière.

Van Gogh : Branche fleurie d’amandier (source image Pinterest)

Okusaï : Branche de cerisier au musée Caumont à Aix en Provence. Van Gogh a peint les Alpilles avec une touche fractionnée très divisée, des arbres tourmentés comme les oliviers. 

Le Vieil olivier (72 x 60 cm) de Félix Vallotton, peintre nabi (1922). Le tronc de l’olivier est fendu en deux. Très belle mise en scène. 

En conclusion, Brigitte Favre recommande l’exposition Nous les Arbres à la Fondation Cartier à Paris, prolongée jusqu’au 5 janvier 2020. On peut y découvrir des œuvres de Fabrice Ibert (57 ans). C’est un artiste intéressant, normand d’origine, qui plante des arbres.


Que mange-t-on dans le fruit ?

Une rapide présentation de la fleur et de son devenir nous sont présentés par Yves Caraglio, botaniste au Cirad. 
Le pistil de la fleur donne naissance au fruit et les graines sont contenues dans le fruit. Il nous montre comment les différentes parties du pistil ou de la fleur se transforme pour former différents types de fruit telle la baie dans laquelle le pistil devient tout charnu et juteux comme chez le grain de raisin (les pépins sont les graines, l’orange est aussi une baie, mais dont la partie juteuse est constituée par des centaines de poils gorgés de liquide sucré. La drupe provient de la transformation du pistil en une partie charnue plus ou moins épaisse et en une partie épaisse et interne très dure qui forme le noyau à l’intérieur duquel se trouve la graine. C’est le cas de la cerise, de l’abricot mais aussi de l’amande qui s’ouvre en se desséchant laissant voir le noyau contenant la graine (l’amande !).

Pour beaucoup de fruits, les apparences et encore plus les dénominations courantes sont trompeuses, c’est dans cet esprit qu’Yves Caraglio nous fait découvrir les secrets de la pomme, de la fraise, de la figue, de l’ananas et plein d’autres encore.

Les conférences terminées, le public est invité à partager le pot de l’amitié et à découvrir/redécouvrir l’exposition installée au fond de la salle avec aussi la présentation de quelques fruits exotiques (pitaya, melano, goyave, maracuja, longan, papaye, noix de coco, noix de cola, physalis, prune de Cythère, safou, ananas) qu’Yves Caraglio commente abondamment.

L’arbre fruitier

Une domestication réussie ?

Du 12 au 16 novembre 2019

Cette année l’Association Restinclières Beaulieu pour le Respect de l’Environnement vous propose de découvrir l’arbre fruitier.

Qu’est-ce que l’on mange dans le fruit ?

Yves Caraglio va vous surprendre dans ses réponses…

Cette semaine sera aussi l’occasion de restituer le travail du projet Arbopolis des écoliers de Beaulieu et de Restinclières sous la forme d’une exposition lors de la soirée « Regards croisés » à Beaulieu qui clôture l’évènement.

Toute la semaine du 12 au 16 novembre, une EXPOSITION à la Bibliothèque de Restinclières vous fera découvrir « La diversité des fruits ».


Le mercredi 13 novembre les enfants pourront découvrir les fruits et les utiliser dans des recettes simples avec les animatrices de l’Effet Gomasio sur 2 ATELIERS pour lesquels chaque enfants devra venir avec un pot en verre qui ferme (pot de confiture, yaourt à couvercle) :
Atelier à Beaulieu (12 places) RÉSERVEZ sur HelloAsso
   •Salle du Clos St Vincent (10h30) à Beaulieu
Atelier à Restinclières (12 places) RÉSERVEZ sur HelloAsso
   •Bibliothèque municipale de Restinclières (14h30)


Le samedi 16 novembre SOIRÉE DÉBAT pour clore cette semaine, dans la salle du foyer de Beaulieu à 20 h, avec les conférenciers suivants :

Jérôme Duminil, chercheur à l’Institut de Recherche et Développement (IRD) – interviendra sur la domestication de l’arbre fruitier (45 minutes).

Yves Caraglio, botaniste, responsable d’équipe au Département Systèmes biologiques (Bios) du Cirad de Montpellier. Il présentera « Que mange-t-on dans un fruit ? ».

Brigitte Favre, professeur de l’histoire de l’art, interviendra sur la représentation artistique de l’arbre fruitier.

Regards croisés 2018

6e édition Regards Croisés
Des insectes et des plantes

Samedi 17 novembre 2018

Conférence-débat 

La soirée se déroule au Foyer de Beaulieu mis à disposition par la commune. La salle a été décorée avec des panneaux prêtés par la Maison Départementale de L’Environnement (MDE) de Restinclières (Prades-le-Lez) et des panneaux photographiques confectionnés par Liliane Delattre qui a animé la veille une soirée autour de la fable de La Cigale et la Fourmi à la bibliothèque de Restinclières. À notre demande Jean-Pierre Almès, apiculteur à Saint-Drézery, a installé un échantillon de ses miels. Sur une autre table on peut découvrir quelques publications des Ecologistes de l’Euzière sur les plantes et les insectes. Liliane Delattre expose également quelques-unes de ses créations artistiques (livre pour enfants, photophores, magnets, lampes).

Jean-Pierre Fels, président de l’ARBRE, ouvre la soirée avec la présentation des intervenants :

  • Stéphane JAULIN de l’Office Pour les Insectes et l’Environnement (OPIE)
  • Etienne LUCAS, étudiant en Master2 Ecosystèmes
  • Bertrand SCHATZ du CNRS-Montpellier, spécialiste de la pollinisation
  • Jean-Pierre ALMES, apiculteur à Saint-Drézéry.

Yves Caraglio, chercheur au CIRAD, en charge de la logistique scientifique de l’association assurera l’animation de la soirée.

Nous saluons la présence d’Arnaud Moynier, maire de Beaulieu et de deux de ses adjoints, Marie-Paule Dusserre et Jean-Luc Bourdenx ainsi que la participation d’une quarantaine de personnes.

Yves Caraglio donne la parole à Stéphane Jaulin, entomologiste à l’OPIE, pour le premier exposé.

M. Jaulin attire l’attention du public sur la disparition en 40 ans de 45% de la population invertébrée, en même temps qu’un déclin de la diversité : les populations disparaissent avant les espèces. Il fait état d’une étude allemande qui conclut à une diminution de 76% des insectes volants, liée principalement à l’utilisation des pesticides. Pour la même raison, la population des oiseaux a décru de 30% en 15 ans.

On dénombre dans le monde 3,5 millions d’espèces d’oiseaux qui se sont adaptés à la vie terrestre. En France on a identifié 39 299 espèces d’insectes (INPP 2018). Ainsi ¾ des espèces sont des insectes. M. Jaulin déplore le retard pris au niveau de l’acquisition des connaissances.

Le décor étant planté, il aborde les principaux ordres  d’insectes : éphéméroptères, odonates (libellules), orthoptères (grillons), plécoptères, coléoptères (coccinelles, scarabées…), lépidoptères (papillons), diptères (moustiques), hyménoptères (abeilles, guêpes, fourmis) et ce n’est pas fini… des groupes sont encore inconnus !

Il évoque ensuite quelques éléments de biologie : des insectes revêtent des  formeset des couleurs très varies, avec des ailestrès variables selon les groupes. Les ultraviolets permettent de faire de nouvelles découvertes ; des cycles biologiquesdifférents (métamorphose incomplète/métamorphose complète (papillon) ; des modes de reproduction sexué (accouplement en quelques secondes ou quelques heures) ou par parthénogenèse (phasme, magicienne dentelée) ; des régimes alimentairesdifférenciés (coprophage, détritivore, insectivore, hématophage, phytophage, nectarivore, suceurs de sève, xylophage (bois mort) ; plusieurs modes de déplacement(vol, marche, saut) ;  une communicationvisuelle (lucioles, vers luisants), sonore (cigales -22 espèces en France mais en déclin), chimique (phéromones), tactile. Attention : le port de la couleur rouge signifierait « je suis méchant “Avis aux amateurs !”

Une telle variété d’insectes amène à se demander : A quoi ça sert ?

M.Jaulin s’empresse de nous rassurer. Les insectes assurent :

  • la pollinisation : son absence entrainerait la disparition de 85% des fleurs !
  • la régulation
  • un réservoir alimentaire y compris pour les hommes : 1200 espèces sont consommées dans le monde
  • le recyclage des matières organiques
  • ce sont des bio-indicateurs pour surveiller la santé des milieux naturels,
  • du matériel biologique.

Leur mauvais côté : les insectes sont vecteurs de maladie (paludisme, chikunguna), ravageurs de cultures et de denrées alimentaires. 

Mais ils sont aussi des auxiliaires de l’agriculture (coccinelles), parfois un outil d’identification en criminologie (datation de la mort).

Bien que très menacés, ils nous survivront quand nous aurons disparu ainsi que les mammifères. 

Ce qui les menace : la fragmentation des habitats, les destructions directes et indirectes (pesticides, changements climatiques), la pollution lumineuse et atmosphérique, les espèces invasives. D’autres menaces : intensification agricole, abandon de l’agriculture en moyenne montagne, sécheresse climatique, sylviculture intensive, pression touristique, gestion inconsidérée, urbanisation, feux… Pour toutes ces raisons, il est urgent de mener une réflexion sérieuse sur l’aménagement du territoire.

Une étude récente  menée sur 38 espèces en France de 1980 à 2000  a révélé la disparition totale de certaines espèces de notre territoire national.

Les principaux programmes de conservation en France ont pour but l’amélioration des connaissances, la protection et la gestion (ZNIEFF, conventions Cités, Natura 2000), la communication et la sensibilisation, la réglementation (la Convention de Bonn en 1979, une convention européenne en 1992). On ne s’intéresse aux insectes que depuis 200 voire 300 ans. C’est récent. Les critères sont souvent esthétiques et concernent les plus grosses bêtes et les plus jolies. Il faudrait revoir les listes et les critères plus ou moins scientifiques qui président à leur confection. La réussite est mitigée. Il y a des mutations. On a ainsi découvert trois nouvelles espèces de libellules.

Après ce panorama très complet illustré d’un joli diaporama, Yves Caraglio remercie l’intervenant et donne la parole à Etienne Lucas, étudiant en Master 2, qui va nous parler d’une étude qu’il a menée sur la pollinisation. 

Son propos porte sur les plantes trompeusesqui, dépourvues de nectar, se parent de leurs plus beaux atours au moyen d’une floraison précoce afin d’attirer des insectes naïfs, souvent jeunes. Elles exploitent tout simplement des pollinisateurs. C’est le cas d’un tiers des orchidées qui fleurissent tôt. Il en est ainsi de l’ophrys jaune pollinisée par une jeune abeille. L’ophrys bécasseexploite les petites abeilles. La barlie de Robert(1) a une grosse inflorescence précoce (plusieurs dizaines de fleurs). Ses pollinisateurs sont le bourdon, le xylocope. L’iris naina deux couleurs –jaune et violet- et attire les bourdons, les abeilles solitaires et les xylocopes. L’arum d’Italieodorante attire la mouche papillon femelle et les diptères.

Cette intervention surprenante a constitué une petite récréation avant de retourner dans le « dur ».

(1) L’orchis géant, ou orchis à longues bractées est une espèce d’orchidée terrestre européenne. Elle fut d’abord décrite sous le nom d’Orchis robertiana par Loiseleur, qui l’avait dédiée à son ami botaniste G.-N. Robert. En 1967, après révision taxinomique, elle prit le nom de Barlia robertiana(Wikipedia)

Yves Caraglio remercie Etienne et donne la parole à Bertrand Schatz du CNRS qui s’est intéressé à un moment donné aux savoirs locaux portant sur l’utilisation du bois de châtaignier en apiculture cévenole. Ce travail est issu d’une thèse. 

Pour comprendre l’histoire de l’apiculture, il faut se souvenir des différentes étapes qu’elle a connues :

  • La collecte dans la nature
  • Les ruches fixes traditionnelles en bois, en paille, en écorce de bois
  • Les ruches modernes avec la transhumance et la pollinisation industrielle.

Cette étude a porté principalement sur les ruchers-troncs en Cévennesinstallés sur des terrasses et qui ont quelques 150-200 ans. Il a procédé sur le terrain à la collecte de ce savoir local. Pour illustrer son propos, Il projette des photos de ruchers-troncs  composés d’une lauze de base, d’un tronc évidé et d’une lauze de couverture. Il nous montre des schémas explicitant la fabrication et le fonctionnement de ces ruchers « exotiques » pour le commun des mortels. Il nous dit tout sur la collecte des essaims, le nettoyage des ruches au printemps, la récolte du miel en été. Il a ainsi pu décompter 323 ruchers-troncs en Cévennes, intégrés autrefois à des écoles ou installés en forêt, généralement situés à une altitude minimum de 660 m, avec une exposition sud et sur un terrain schisteux.

Une partie des 365 ruches du grand rucher-tronc au site «Les Balmelles» près de Villefort

Pour des raisons de conservation et d’intérêt touristique, le Parc des Cévennes assure désormais une protection de ce patrimoine naturel et culturel.

Dans le cadre de cette étude, Bertrand Schatz a consulté les archives du Gard et de la Lozère. Il en a conclu que l’abeille noire existait à l’époque de la Préhistoire, qu’en 464 après J.C. les Romains connaissaient cette zone fertile en miel (ruchers en paille ?), qu’en l’an 1000, on plantait des châtaigniers en Cévennes. En 1226, il est attesté l’existence de ruchers et de « bigres » : des collecteurs de miel. La cire et le miel ont semble-t-il constitué une monnaie. On retrouve la trace attestée de ruchers-troncs vers l’an 1500. En 1627 il est fait mention des bigres dans des actes notariés. Une gravure de 1774 atteste de leur existence et de leur manière de récolter le miel.

Gravure de 1774 de Johann Georg Krünitz (1728-1796) montrant à la fois la collecte de miel dans les arbres et la confection d’une ruche-tronc.

Les années 1800 constituent l’âge d’or de l’apiculture traditionnelle avec les ruches-troncs.  A partir de 1900 on voit apparaître les premières ruches à cadres. Aujourd’hui on peut parler du déclin de la ruche-tronc. En 1950, arrivée de nouvelles races d’abeilles. En 2000 on esquive un retour à la ruche-tronc pour le tourisme. Elle constitue un objet décoratif (coût de 300€ environ contre 150€ pour la ruche à cadres). Elle est moins productive (1 à 5 kg contre 10 à 40 kg pour la ruche à cadres). Elle est aussi destinée à une culture sédentaire et plus sensible aux maladies. Construite localement elle offre une économie optimisée. A côté, la ruche à cadres est mobile et permet la transhumance, fabriquée en matériau non local, elle offre une économie maximisée.

Les arguments qui plaident en sa faveur : l’ambiance à l’intérieur de la ruche est régulée, le bois de châtaignier est bénéfice à la colonie : il repousse le varroa, destructeur de parasites.

Pour en savoir plus, le conférencier conseille la lecture  du livre  intitulé : Les routes du mield’Eric Tourneret.

Le public s’est montré très intéressé par ces trois interventions. Quelques questions ont été posées aux intervenants qui se sont efforcés d’y répondre.

Pour clore la soirée Yves Caraglio donne la parole à Jean-Pierre Almès, apiculteur à Saint-Drezéry qui expose tout simplement son goût et son savoir-faire, hérité de son père, apiculteur. Son témoignage est le bienvenu après les exposés théoriques. 

À 22h, les intervenants et les auditeurs sont invités à poursuivre les échanges autour de quelques agapes offertes par l’ARBRE.

Bertrand Schatz, Stéphane Jaulin, Yves Caraglio, Jean-Pierre Almes, Lucas Étienne et Liliane Delattre. (Article Midi Libre)

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Régine Paris avec la relecture attentive d’Yves Caraglio

Soirée conte

6e édition Regards Croisés
Des insectes et des plantes

Vendredi 16 novembre 2018

La Cigale et la Fourmi

La bibliothèque de Restinclières a fait le plein vendredi soir (une quarantaine de personnes dont 10 enfants) pour entendre Liliane Delattre, archéologue mais aussi entomologiste à ses heures et photographe (imatiamou.fr), nous raconter l’histoire de la fable bien connue de La Cigale et la Fourmi.

Il nous faut remonter presque à la nuit des temps, il y a quelques 2500 ans quand Esope, un Grec « hideux, petit et bègue »  aurait trouvé les bons mots  pour nous raconter le premier cette fable, parmi bien d’autres, à destination du peuple – les pauvres et les esclaves – et leur conseiller d’être de bons travailleurs prévoyants. Cette fable déclamée oralement en grec ancien puis traduite en latin,  recopiée dans les monastères et finalement imprimée, arriva aux oreilles de Jean de La Fontaine, qui avec son génie propre, en proposa une nouvelle version à destination du roi et de sa cour. Si le succès fut immédiat, les critiques fusèrent aussi très rapidement : la fourmi n’est pas très chrétienne et, lorsque la fable est entrée à l’école, l’on craignait que les enfants ne deviennent égoïstes. 

La fable de Jean de La Fontaine, placée en premier dans son recueil, ne contient pas une morale explicite car l’auteur s’adressait aux puissants et souhaitait les instruire sans les brusquer. Il valorise la cigale tandis que la fourmi, accumulatrice de biens, est égoïste. La cigale n’est pas sans rappeler la condition des artistes qui, à l’époque de La Fontaine, dépendaient du roi ou des mécènes pour subsister. Liliane propose une morale implicite qui s’adresserait aux riches, les invitant à donner un peu de leurs biens aux artistes, les cigales qui les divertissent si plaisamment. Aux XVIIIème et XIXème siècles, pour des raisons religieuses et philosophiques, cette fable donnera lieu à d’autres interprétations, favorables tantôt à la cigale et tantôt à la fourmi.

Liliane Delattre s’applique ensuite à nous montrer le succès extraordinaire de cette fable à travers les siècles et ses multiples illustrations, dans les éditions mais aussi dans des utilisations tous azimuts (monnaies, gravures, publicités, slogans …) jusqu’aux parodies récentes.

 Elle rappelle que dans la réalité, les cigales, après deux mois d’incubation dans une tige végétale, trois à quatre années de croissance dans le sol, ne vivent au grand air qu’environ trois semaines en été et qu’enfin seuls les mâles cymbalisent (puisqu’ils n’ont pas de cordes vocales pour chanter !) pour attirer les femelles. Un genre de fourmis moissonneuses correspond à celle de la fable. Elles récoltent des graminées et autres graines puis les mastiquent pour confectionner des pains qui nourrissent toute la colonie, larves et adultes. 

Liliane termine son exposé par la projection de quelques publicités modernes émanant notamment des banques et des compagnies d’assurances dont les messages s’inspirent davantage de la fable antique : travaillez et économisez mais aussi parfois avec le souci de la reconnaissance des artistes et des bienfaits de l’échange : la cigale chante et en contrepartie la fourmi accepte de la nourrir. 

À l’issue de cette plaisante conférence richement illustrée, le public était invité à partager le pot de l’amitié préparé par Evelyne Aulagner, responsable de la bibliothèque.

Pour les amateurs du genre, la version de Walt Disney de 1934 est accessible sur le net, avec un final qui aurait surement plu à Monsieur de La Fontaine : 

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Régine Paris avec l’aimable relecture de Liliane Delattre

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On était en hiver et les fourmis faisaient sécher leur grain que la pluie avait mouillé.

Une cigale affamée leur demanda de quoi manger.
Mais les fourmis lui dirent :

 « Pourquoi n’as-tu pas, toi aussi, amassé des provisions durant l’été ?

 — Je n’en ai pas eu le temps, répondit la cigale, cet été je musiquais.

 — Eh bien, après la flûte de l’été, la danse de l’hiver », conclurent les fourmis.

Et elles éclatèrent de rire.

Esope (VIIe-Ve siècle avant J.-C.), Fables,
Traduction de Claude Terreaux, Arléa, 1994
  • LA CIGALE ET LA FOURMI de Jean de La Fontaine (*)

La Cigale, ayant chanté
                  Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau (1).
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’août (2), foi d’animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut (3).
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse (4).
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise :
Et bien ! dansez maintenant. 

LA CIGALE ET LA FOURMI de Jean de La Fontaine (*)

(*) sources : 
 » Le canevas de départ pouvait être fourni au poète à la fois par l’apologue original d’Esope et par la version qu’en propose Aphtonius, qui figurent l’une et l’autre, avec leur traduction latine, dans le recueil de Nevelet.  » (M.Fumaroli : L.F. Fables, éd. La Pochothèque) 

(1) Jean-Henri Fabre (1823-1915) dans ses « Souvenirs entomologiques » relève les erreurs de L.F. concernant la cigale : elle ne dispose pour s’alimenter que d’un suçoir et n’a rien à faire de mouches ou de vermisseaux.
Il y a d’autres fantaisies : La cigale meurt à la fin de l’été et ne peut donc crier famine quand la bise souffle.
La fourmi, qui dort en hiver dans sa fourmilière ne peut l’entendre ; d’autre part, elle est carnivore et n’amasse pas le grain…
« La Fontaine est un naturaliste plein de fantaisie, sans souci de la vérité […]. Mais […], c’est un peintre animalier de grande valeur. » (René Bray Les « Fables » de L.F.) 

(2) L’août est la « moisson qui se fait durant le mois d’août » (Richelet) 

(3) comprendre qu’elle n’a pas ce défaut : elle est tellement économe que la bienfaisance fait partie du gaspillage.

(4) à l’époque, ce féminin n’est utilisé que dans le burlesque, en riant. Source : Maison natale de Jean de La Fontaine à Château-Thierry (Aisne)

Des insectes et des plantes

Du 12 au 17 novembre 2018

Cette année ARBRE vous propose d’aller à la découverte d’une histoire vieille de plusieurs millions d’années. Une partie des  insectes et les plantes sont en étroite liaison depuis fort longtemps dans des histoires de vie plus ou moins compliquées. Mais le monde des insectes ne se résume pas à cette relation.

Les insectes, agaçants tels les moustiques,  stressantes telles les guêpes, omniprésentes telles les fourmis, auxiliaires des agriculteurs comme les coccinelles… C’est un monde extrêmement diversifié en constante interaction avec les milieux vivants. Mais cette diversité sera bientôt du passé, en effet les insectes disparaissent en masse. Moins de papillons dans les champs, silence des grillons dans les campagnes, plus de course derrière les lucioles les chaudes nuits d’été. « La biodiversité se réduit », « l’environnement change ». Ces expressions sont tellement entendues qu’elles peuvent en devenir banales et rendre le phénomène lointain et abstrait. Et pourtant, la menace sur les insectes est bien réelle, l’exemple de la diminution des populations d’abeilles en est la triste illustration : moins d’abeilles,  moins de nourriture pour les hommes, le tiers de ce que nous consommons est lié à l’activité des abeilles domestiques et sauvages.

Affiche 2018 web

Toute la semaine du 12 au 17 novembre, des expositions à la Bibliothèque de Restinclières vous feront découvrir le monde fabuleux des insectes (Maison Départementale de l’Hérault) et les relations entre des plantes et des insectes de nos garrigues (Liliane Delattre; projet Floris’Tic). –

Le mercredi 14 novembre  les enfants pourront découvrir l’origine du miel et l’utiliser dans des recettes simples  avec les animatrices de l’Effet Gomasio sur deux ateliers :
• Salle du Clos St Vincent (10h30) à Beaulieu
• Bibliothèque municipale de Restinclières (14h30)

Le vendredi 16 novembre, à 19h, dans la salle de la bibliothèque de Restinclières, les petits et les grands pourront écouter Liliane Delattre (imatiamou.fr) qui revisitera la fable de la Cigale et la Fourmi sous un angle historique et biologique.

Le samedi 17 novembre, à 20h, soirée-débat pour clore cette semaine, dans la salle du Foyer de Beaulieu. Avec principalement :

  • Stéphane Jaulin de l’Office pour les Insectes et leur Environnement (OPIE Hérault) nous parlera de la diversité, du rôle et de la fragilité des insectes.
  • Lucas Etienne étudiant en Master à l’université de Montpellier nous présentera les relations entre des insectes et des plantes trompeuses
  • Bertrand Schatz du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS Montpellier) nous présentera l’histoire de l’abeille et des hommes en Cévennes.
  • Jean-Pierre Almes Apiculteur à St-Drézéry et membre du Groupement de Défense Sanitaire Apicole (GDSA Hérault) apportera son témoignage pratique, exposera une variétés de ruches, et proposera sa récolte locale de miel.

Liens pour réserver « Atelier miel » et « Fable revisitée »

Soirée Regards croisés sur l’olivier

Samedi 18 novembre 2017 à 20h – Foyer de Beaulieu

Une cinquantaine de personnes, réunies dans la grande salle du foyer municipal de Beaulieu, ont participé à la 5ème édition de Regards croisés sur l’environnement, organisés chaque année par l’association ARBRE avec pour thème cette année, l’olivier.

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En introduction, Jean-Pierre Fels, président de l’association rappelle la mobilisation de l’équipe de bénévoles de l’ARBRE en matière de sensibilisation  et d’éducation à l’environnement au profit principalement des enfants et des adultes des deux communes de Beaulieu et Restinclières. Cette soirée fait suite à une exposition et une animation tapenade du mercredi 15 novembre à la bibliothèque de Restinclières qui a réuni 24 enfants de la commune et à la visite l’après-midi de l’oliveraie de M. Marquez.

Yves Caraglio, chercheur au CIRAD et conseiller scientifique de l’association, présente les trois invités de la soirée qui, chacun dans leur domaine, vont parler de l’olivier.

Le premier intervenant Jean-Frédéric Terral, universitaire, biologiste et écologue, propose :

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1 – Une histoire de l’olivier sur les plans biologique, économique et archéologique

A – L’olivier, emblème de l’antiquité

A la période romaine, l’olivier était utilisé pour l’éclairage (lampes à huile) et les olives constituaient un aliment de base. Ces produits étaient transportables et facilement conservables dans des jarres, des amphores dans lesquelles on a pu retrouver des restes de noyaux. Ils étaient importés d’Afrique et de Bétique. Les olives étaient conservées dans de la saumure ou du vinaigre. L’archéologie a permis de documenter des restes d’huileries en Afrique du Nord, région où on a retrouvé des structures de pressoir à raisin et à huile. L’Olea europaea était présent sur tout le pourtour méditerranéen. D’autres sous-espèces existaient comme l’olivier marocain à Madère, dans le Hoggar, en Afrique du sud. Une seule sous-espèce a été domestiquée. Linné a identifié deux formes.

B – L’origine ancienne de l’olivier

L’olivier existe depuis des millions d’années. Il est le symbole de la Méditerranée. Sous l’effet conjugué du mouvement des plaques tectoniques et des changements climatiques dans la dernière partie de la période glaciaire, il y a 18 000 ans, l’olivier a reculé vers le sud dans des zones refuges puis avec le réchauffement il est remonté vers le nord encouragé aussi par sa culture.

L’olivier sauvage ou oléastre (la variété sylvestris), fournit des petits fruits et se reproduit par voie de graines.

L’olivier cultivé ( la variété sativa) se reproduit par clonage.

C – La domestication et la diffusion de l’oléiculture

La domestication a démarré au Levant, là où se situe Israël aujourd’hui et au Liban, vers l’an 800 avant JC, ce qui a correspondu avec l’installation des Phocéens. Les phéniciens disposaient de comptoirs en Afrique du nord (Carthage) depuis les guerres puniques.

Les Grecs, les Phocéens, les Etrusques puis les Romains ont développé l’oléiculture en Orient. L’archéologie a révélé des traces d’huile remontant à 6 000 ans avant notre ère. Des cuvettes taillées dans le roc et des tablettes ont été retrouvées à Ebla en Syrie, datant de 2 300 avant J.C. Ces découvertes ont donné beaucoup d’informations sur l’olivier. Ainsi, la recherche conjuguée en archéologie et en botanique a permis d’identifier des restes de fruits (c’est la carpologie) et de charbon de bois (l’anthracologie) sans toutefois pouvoir différencier les olives sauvages des olives domestiques. Des noyaux d’olives carbonisés ont été trouvés en Palestine sur des lieux de pressurage. On se servait des noyaux pour chauffer.

Les études menées à partir de la taille et de la forme des noyaux actuels et anciens permettent la constitution d’un référentiel. On procède ainsi à une approche comparative passé/présent à partir des restes de noyaux retrouvés sur le site d’Ebla en Syrie. Il en est de même de la « picholine marocaine », différente de la nôtre, qui représente 90% de la surface cultivée. Il s’agit d’une variété importée du Levant, croisée avec des espèces locales et domestiquée par les Berbères. Ainsi les foyers de domestication sont-ils étrangers au lieu de diffusion.

On a affaire à une structuration génétique extrêmement complexe de l’olivier méditerranéen.

A une question d’un auditeur qui souhaitait savoir si l’état de la surface du noyau permettait de fournir des indications, la réponse est non : la surface du noyau est trop érodée par le temps mais effectivement il existe des variétés dont les noyaux sont plus crevassées que d’autres.

Tout au long de son exposé passionnant et de plus en plus complexe, Jean-Frédéric Terral a illustré son propos avec la projection de cartes géographiques du pourtour méditerranéen, de croquis pour différencier les sortes de noyaux et de tableaux comparatifs. C’est ainsi que le public a pu découvrir les toutes dernières recherches menées pour connaître les origines, les migrations et les mutations de cet arbre à la fois mythique et d’une grande modernité.

Yves Caraglio donne la parole au deuxième intervenant de la soirée : Jean-Michel Duriez, Directeur adjoint de l’Association Française Interprofessionnel de l’Olive (AFIDOL), limitée à la zone continentale de la culture de l’olive.

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En préambule M. Duriez précise que l’archéologie et la botanique sont utilisées par l’organisme qu’il représente ce soir dans un esprit de marketing : en faire une signature de terroir. Il démarre son exposé par la présentation de la culture de l’olivier en France :

  • 1,2 million d’oliviers plantés dans les 10 dernières années,
  • 5 millions d’oliviers cultivés sur 50 000 ha environ,
  • 10 000 oléiculteurs professionnels sur 17 000 ha,
  • 40 000 oléiculteurs familiaux sur 33 000 ha,
  • 5 000 oléiculteurs assurent 90 % de la production nationale et 100 % des produits vendus.

La consommation a explosé en France avec 110 000 tonnes. Elle a été multipliée par cinq mais la production ne représente que 3,6 % de la consommation nationale. 98 % de l’huile d’olive vendue en France est extra vierge (pure). Il ne faut pas acheter l’huile « raffinée ».

Il s’agit d’un marché très qualitatif avec un total de 5 000 T, 2 000 T sont autoconsommées, 2 000 T sont vendues en AOC et on compte un total de 2 000 T d’origine France.

On dénombre 1 500 communes oléicoles. On a créé un logotype en 2005 : Huile d’olive de France qui constitue une appellation d’origine.

L’AOC permet de valoriser et de conserver le patrimoine avec une culture traditionnelle Il faut attendre 10 ans pour atteindre la rentabilité. La transgénérationnalité signifie que l’on plante un olivier pour les générations futures : on cultive une plante ancienne.

Actuellement on dispose de :

  • 6 AOP d’huile d’olive
  • 6 AOP pour les olives
  • 1 AOC huile d’olive de Provence
  • 1 AOP de pâte d’olive (Nice).

Depuis les années 1990-1995, on cultive aussi l’olivier en haie fruitière, donc en haute densité, ce qui signifie :

  • Une mécanisation maximale,
  • Une vie réduite du verger, de l’ordre de 20-25 ans,
  • Un paysage oléicole nouveau,
  • Une biodiversité réduite à 3 variétés sur les 2 000 recensées. A terme, si cette pratique se généralise, il y aura appauvrissement génétique sans possibilité de retour aux variétés anciennes dont la robustesse et la stabilité ont fait leur preuve.
  • Une rentabilité élevée à court terme,
  • Pas de transgénérationnalité,
  • Une surface cultivée actuelle de l’ordre de 500 ha,
  • Un investissement financier le plus rentable possible sur 10 ans,
  • Un terrain plat pour permettre l’irrigation,
  • On récolte un hectare en deux heures.

La culture biologique de l’olivier est possible en AOC et en haie fruitière. Entre 2007 et aujourd’hui, les surfaces cultivées ont été multipliées par quatre. Dans le Gard et l’Hérault, on a prêté beaucoup d’intérêt à la culture en Bio qui se fait de trois façons :

  • Le bio-business opportuniste, de masse et de qualité basique,
  • Le bio premium fortement marketé,
  • Le bio authentique qui correspond à un choix philosophique et ne s’effectue pas en haie fruitière.

Le principal obstacle rencontré, c’est la mouche contre laquelle on dresse une barrière physique avec de l’argile ou du talc ou par un piégeage massif.

La compatibilité de l’Olea europaea et de l’Homo sapiens nécessite :

  • Le compagnonnage de l’homme : inscription dans le paysage,
  • Un climat méditerranéen,
  • Des hivers doux car l’olivier est sensible au froid,
  • Du vent (pour la pollinisation).

L’olivier vit très longtemps. Il fait des rejets –des souquets-. Ses ennemis sont le froid, l’humidité et le feu. C’est un arbre mythique et symbolique. Il est très utile (huile d’olive, le bois, les soins du corps…). Il convient à la fois aux soins du corps (régime crètois) et de l’âme (apaisement dans les oliveraies).

La protection de l’olivier contre la mouche est replacée dans la modernité :

  • Une agriculture raisonnée existe depuis les années 1980,
  • Mise en place d’une lutte biologique par lâcher d’insectes,
  • Amélioration des connaissances sur la pollinisation,
  • Sélection de clones,
  • Développement de lutte sémiochimique (signaux chimiques attirant les insectes).

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3 – Intervention de Monsieur Dusserre, oléiculteur familial à Beaulieu

A l’entrée de la salle du foyer, M. Dusserre a exposé différentes variétés d’olives qu’il cultive :

Il nous précise qu’ils sont 4 producteurs à Beaulieu (1 professionnel et 3 amateurs) qui portent leur récolte au moulin de Villevieille (coopérative). Il est adhérent de l’association Mon olivier[1] à laquelle il verse une cotisation annuelle de 10 €. Il s’est initié à la culture de l’olivier au moment de la retraite et c’est devenu une passion Il pense qu’on peut difficilement en vivre. La récolte au moyen d’un peigne électrique est un gros travail. Il s’est formé avec les conseils de l’AFIDOL[2]. Cet organisme lance des alertes concernant la mouche, incitant à traiter pour éviter les pertes de récolte. Pour sa part, il utilise les produits phytosanitaires conseillés par l’AFIDOL. Il favorise l’enherbement naturel avec notamment des urospermes et des fausses roquettes remarquables au moment de leur floraison.

Il conseille deux livres :

  • Identification et caractérisation des variétés d’oliviers cultivés en France par Nathalie Moutier et collaborateurs (Editions Naturalia).
  • Histoire de l’olivier de Catherine Breton et André Bervillé (Editions Quӕ)

D’après lui, la Lucques cultivée dans l’Hérault et l’Aude est la meilleure olive pour être consommée à table. La Picholine, originaire de Collias (Pont du Gard) est majoritaire dans le Gard et l’Hérault (huile et olives vertes). La négrette, cultivée de l’Ardèche à Lodève, est une bonne variété pour la fabrication de l’huile. L’aglandau est une variété ancienne cultivée en Provence, dans la vallée de la Durance, et depuis 1990 en Languedoc. Cette espèce porte des noms différents selon les endroits.

A l’époque des moulins à meule et presse, les huiles d’olive consommées en France portaient la mention : première pression à froid, mention sans valeur aujourd’hui. Désormais avec les moulins modernes, la mention qui doit être portée sur la bouteille est : huile d’olive vierge extra.

Trois fruités apparaissent lors des dégustations (triangle du goût de l’AFIDOL) :

  • Fruité vert = goût intense obtenu à partir d’olives vertes.
  • Fruité mûr : goût subtil obtenu à partir d’olives noires.
  • Fruité noir (olives maturées dans un conteneur clos une à deux semaines) = goût à l’ancienne.

D’après M. Dusserre, les meilleures huiles en fruité mûr sont celles de Nyons et de Nice.

A l’issue de cette contribution locale, M. Dusserre invite le public à venir déguster trois huiles sur des petits morceaux de pain de campagne ou à la cuillère :

  • La Bouteillan, fuité vert (note herbacée).
  • L’huile d’Antan, à base de picholines (note d’olives noires).
  • La Négrette, fruité mûr (note de fruits).

photo régine sur degustation

Jean-Pierre Fels remercie chaleureusement les intervenants et invite le public à se retrouver pour la dégustation d’huile et pour partager le buffet offert par l’ARBRE.

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Régine Paris avec la relecture d’Yves Caraglio et Alain Dusserre

[1] www.mon-olivier.org

[2] Association Française Interprofessionnelle De l’Olive