Archives de Catégorie: Sorties découvertes

Sortie Amphibiens dans les carrières du Génie

Samedi 1er mars 2025 à 18 h 15, dans les anciennes carrières de Beaulieu.

Grâce à la forte pluviométrie de ces dernières semaines, nous pouvons nous retrouver, à la différence des années passées, dans les anciennes carrières de Beaulieu.
18 personnes se sont inscrites pour cette sortie nocturne et fraîche. Un seul enfant jouera le rôle de Candide. Aurélia, technicienne en environnement, dont une des spécialités est l’herpétologie (études des reptiles et amphibiens), a installé une table face au parking du théâtre des carrières sur laquelle elle a déposé des amphibiens en plastique et deux ouvrages spécialisés afin de tester les connaissances du public sur les Amphibiens.

La classification 

Sur la table, parmi les animaux présents, mettez les Reptiles d’un côté et les Amphibiens de l’autre. Le tri se fait sans grande conviction, mais une seule erreur est détectée : la tortue n’est pas un amphibien malgré la capacité pour certaines d’entre-elles de vivre dans l’eau. Le tri doit se faire à partir de la peau : nue chez les Amphibiens, recouverte d’écailles chez les Reptiles.
Ensuite dans le lot des Amphibiens, quel critère pour séparer les grenouilles, les crapauds, les tritons et les salamandres : l’absence de queue chez les Anoures (Crapaud, grenouille …) et la présence d’une queue pour les autres chez les Urodèles (Triton, Salamandre).

Les espèces

Aurélia aborde ensuite les amphibiens présents dans notre région parmi les quelques 8 000 espèces recensées dans le monde :

  • La Rainette méridionale à distinguer de la Rainette verte, la première se caractérisant par une ligne noire qui s’arrête à mi-parcours ;
  • Le Pélodyte ponctué qui porte des tâches vert fluo et possède un petit chant caractéristique de boules de pétanque qui s’entrechoquent ;
  • Le Triton palmé identifiable par ses palmures aux pieds ;
  • Le Triton marbré avec ses belles marbrures vertes et noires et sa crête dorsale ;
  • Le Crapaud commun absent dans notre région et présent dans le Nord à la différence du Crapaud épineux. Ces deux espèces se différencient génétiquement. Le crapaud épineux possède de grosses glandes parotoïdes qui produisent des sécrétions un peu blanches si l’animal est stressé ;
  • Le Crapaud calamite est caractérisé par une ligne dorsale verte et tache verte ;
  • Le Pélobate cultripède présent dans d’autres communes. Il a un chant qui rappelle celui d’une poule. Il est équipé de petits « couteaux » sous les pattes qui lui permettent de creuser le sol.

Pour les reconnaître on dispose :

  • d’une expertise visuelle,
  • d’une expertise par les pontes,
  • d’une expertise par les chants.

Habituellement la rainette donne de la voix. Le complexe des Grenouilles vertes dispose de sacs vocaux de couleurs différentes. Ce sont des animaux qui ont une peau fragile notamment la salamandre. Les tritons sont des prédateurs, notamment d’œufs de grenouille. On trouve souvent le crapaud calamite en eau peu profonde, qui peut s’assécher plus facilement et alors les têtards meurent. Le Pélobate cultripède a un têtard qui peut être aussi gros qu’une main.

Aurélia rappelle les deux phases de la vie d’un amphibien :

  • aquatique pour la ponte des œufs deux fois par an pour certaines espèces dans notre région : printemps et automne ;
  • terrestre pour la plupart des adultes.
    Les crapauds sont plus terrestres que les grenouilles.

Les pontes

Un dernier test concernait les pontes des Amphibiens. Les œufs en chapelets, ce sont des crapauds, les œufs isolés sur une feuille enroulée ce sont des tritons… Et quelques autres espèces ont été présentées. Aurélia propose un jeu qui consiste à placer quelques amphibiens devant des pontes qui peuvent se présenter sous la forme de gros amas fileux, un long cordon ou une ponte en cordons. L’exercice est difficile, mais des volontaires tentent leur chance. Le résultat est mitigé.

  • la rainette a de petites pontes sous la forme de petits amas,
  • les tritons ont un œuf unique sous une feuille aquatique,
  • le pélodyte, un amas le long d’une tige. Une gangue enveloppe les œufs.

Les menaces
On aborde ensuite les dangers qui menacent la survie des amphibiens :

  • les multiples prédateurs comme les poissons et larves de libellules sous forme de têtards ainsi que la couleuvre vipérine ou les hérons. Certaines espèces invasives prennent leur place comme les Tortues de Florides.
  • la sécheresse, de plus en plus fréquente avec les changements climatiques, accentue la diminution de l’eau dans les mares et perturbe la reproduction des amphibiens.
  • l’urbanisation et les routes causent de véritables hécatombes. Pour lutter contre ce fléau, on aménage des passages, on ferme des routes la nuit et on invite les automobilistes à ralentir. Ce sont les crapauducs.
  • la pollution avec notamment les pesticides qui causent une mortalité directe dans les mares. Les amphibiens ont une peau très fragile. On encourage les particuliers à ne pas utiliser de pesticides dans les jardins et à créer une mare.
  • la destruction directe par coup de pelle. Pour rappel, en France, les amphibiens et les reptiles sont protégés. Il est interdit de tuer un amphibien ou de perturber son développement.
    La plus grosse activité se situe de mars à juin et en automne chez nous.

La nuit est tombée, quittant le camp de base, nous nous dirigeons vers la carrière du Génie, dans le silence, pour surprendre peut-être ces petits habitants du soir. Sur place, Aurélia descend dans la mare temporaire et en évitant de remuer l’eau, elle pêche un triton marbré femelle aux flans gonflés d’œufs. On reconnaît la femelle à sa ligne dorsale orange. Elle a une jolie couleur verte. Les présentations faîtes, Aurélia la libère. On entend le chant de la rainette méridionale.

C’est aussi la recherche d’œufs. Le crapaud épineux pond assez tôt dans la saison et plusieurs pontes sont possibles.
Aurélia pêche un triton marbré mâle magnifique. C’est une espèce en diminution. Elle est très fragile. On le reconnaît à sa crête plus en pointe. On l’appelle aussi « petit dragon des mares ».
Les tritons vivent entre cinq et dix ans. Leur âge est difficile à déterminer.
On peut trouver plusieurs espèces au même endroit. Comme on l’a précisé précédemment, ce sont des prédateurs d’œufs de grenouille. Ils hibernent l’hiver et se cachent sous une pierre ou un morceau de bois en été, d’où la nécessité de garder une petite mare et un pierrier dans son jardin pour garantir la biodiversité.

La pêche continue avec un triton palmé tout petit. Sa crête est fine et la palmure est peu marquée. Sa coloration est claire et il est de petite taille. On distingue le petit filet qui caractérise le mâle. Aurélia pense qu’il vient tout juste de sortir d’hibernation, car un peu maigre.

Pour clore la soirée, Aurélia nous montre la ponte du pélodyte. Pas de têtards ce soir, mais il est vrai que d’habitude, nous organisons cette sortie-découverte vers le 20 mars. C’est le grand calme. Les artistes font relâche ce soir. Alors faute de concert, Aurélia nous fait écouter un enregistrement du chant du Pélodyte ponctué qui fait penser au bruit de deux boules de pétanque qui s’entrechoquent. C’est une espèce moins présente ici que la rainette ou le crapaud commun.

https://www.youtube.com/watch?v=mIh3cr_bsRo

Il est 20 heures, nous rebroussons chemin pour retrouver les voitures alors que la pluie commence à tomber.

Merci à Aurélia qui adore ces petites bêtes et sait faire partager ses connaissances toujours avec le sourire.

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Régine Paris avec la relecture d’Yves Caraglio et Aurélia Dubois

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Sortie botanique à Restinclières

Dimanche 16 juin 2024, au parc de la Roselière

Le rendez-vous avec les familles avait été fixé au parc de la Roselière à Restinclières à 10 heures. 25 adultes et six enfants ont répondu présents. 
Jacqueline Taillandier, présidente d’ARBRE, rappelle en quelques mots les objectifs de l’association et la nécessité d’entretenir les deux parcs créés il y a une dizaine d’années à l’occasion des naissances dans les deux villages, Beaulieu et Restinclières. 
Le but de la promenade animée par Yves Caraglio, botaniste référent de l’association, est de montrer les relations qu’entretiennent les plantes et les insectes apparus il y a quelques 260-300 millions d’années (les plantes à fleurs ont seulement 150 millions d’années). Nous savons qu’ils sont indispensables pour assurer la pollinisation et la fécondation croisée d’une fleur à une autre.

Mais qu’est-ce qu’une fleur ? 

Frédérique Caraglio en dessine une sur une tablette. Que voit-on ?  Le public ne se fait pas prier : des pétales, une tige, le pistil qui est l’organe de reproduction femelle, les étamines …

De la « Marguerite », image d’Épinal de la fleur ! À la structure d’une vraie fleur avec son calice sa corolle, ses étamines et son pistil. 

A quoi ça sert une fleur ? Assurer la reproduction de la plante par le rapprochement des organes mâle/femelle et en attirant les insectes grâce à leur odeur et/ou à leur couleur. 
La balade est rythmée de pauses pour faire le point sur quelques notions indispensables.
Les pétales sont des feuilles modifiées et colorées.
Cinq pièces plutôt vertes, les sépales constituent le calice.
Les pétales forment la corolle, sorte de petit entonnoir que va sentir l’insecte, qu’il va repérer de loin grâce à son odeur puis il passera en visuel, le dernier élément étant tactile pour finalement goûter au nectar. 
Yves nous montre une fleur en forme de lèvres qui appartient à la famille de la sauge, du thym et de la sarriette. On découvre le calice avec un plan de symétrie qui contraint les insectes pour atteindre le nectar. Il s’agit du phlomis, ou sauge de Jérusalem. La corolle est tombée. La fructification est faite, il reste le calice. 

À gauche : les fleurs du phlomis regroupées en inflorescence. À droite : La sauge avec ses deux lèvres.

Puis on remarque un ensemble de fleurs constituant ce que l’on appelle « inflorescence ». Cela facilite le parcours de l’insecte. Nous avons affaire à une plante très odorante. Les insectes aiment bien travailler là-dessus.
On voit un insecte de la famille des punaises qui n’est pas pollinisateur puis un coléoptère sur une fleur. Il s’agit d’un pollinisateur non spécialisé, il consomme le pollen et participe malgré lui à la pollinisation.

Punaise du groupe des Pentatomidés. La « fleur » des scabieuses et est fait une inflorescence : ensemble de fleurs regroupées ensemble. Les fleurs de la périphérie sont plus grosses que celles du centre.

Nous observons des petites et des grandes fleurs sur le bord, les premières sont symétriques avec le bagage étamines et pistil et les secondes dissymétriques avec des sépales plus grandes qui s’ouvrent les premières. Il s’agit d’une scabieuse de la famille des chèvrefeuilles.

Pour mieux observer on peut utiliser des lunettes grossissantes. La binoculaire permet de voir une bonne centaine de fleurs qui constituent à proprement parler l’inflorescence mimant une fleur-type la marguerite) la fleur que l’insecte broute pour aller chercher le pollen. Le nectar constitue alors la récompense et la ressource alimentaire recherchée par l’insecte, c’est la récompense en échange de la pollinisation. L’échange génétique s’opère grâce à l’insecte vecteur.

Une inflorescence de pissenlit avec des abeilles solitaires (des Dasypodes) dont les pattes sont chargées de pollen.

Poursuivant notre chemin, on observe un insecte qui a du pollen sur ses pattes. Il appartient à la famille des abeilles. L’andrène est poilue c’est une abeille solitaire.

Abeille solitaire sur une inflorescence de scabieuse.

Les hyménoptères (dotées en général de deux paires d’ailes qui sont couplées par deux) ont une langue pour aller au fond de la corolle. On distingue deux groupes :

  • les vespidés ont peu de poils et sont des insectes sociaux (guêpe, frelon) ou solitaire (guêpe maçonne par exemple),
  • les apidés sont des insectes soit sociaux soit solitaires (comme les Xylocope ou abeille du bois). L’abeille en fait partie ainsi que les bourdons. Ces deux groupes prennent le pollen qu’ils mélangent à leur salive et en font des boules qu’ils se colle sur les pattes. Pendant leur vol, le pollen ne se décolle pas. Chez les abeilles sauvages solitaires, le pollen n’est pas collé il est simplement déposé sur les pattes ou sous l’abdomen, durant leur vol des grains de pollen se détachent et vont polliniser des fleurs au passage. Ils font des pelotes de pollen sans le coller et sont efficaces en ce qui concerne la transmission.
Abeille domestique avec des grains de pollen de Mauve sur sa tête, son abdomen et ses pattes.

Au passage, clin d’œil au liseron qui constitue une seule fleur de forme circulaire (la corolle forme un entonnoir amenant l’insecte vers le nectar sur les 5 étamines).

Le Citron utilise sa grande trompe pour aspirer le nectar dans chacune des fleurs de la scabieuse.

Durant l’évolution des organismes vivants, les insectes sont arrivés très tôt, les plantes ont réagi aux attaques des insectes par la mise en place de défenses chimiques (latex, résine…) puis il y eut les ruminants. Pour éviter que ces derniers n’en fassent qu’une bouchée, certaines plantes ont développées des épines. Une autre protection en réponse aux gros herbivores c’est de repousser comme avec les graminées qui ressortent toujours de terre (c’est pour cela que le gazon supporte la tondeuse !). Face à une contrainte, il y a toujours plusieurs solutions qui existent.
Le nectar n’a pas de production en continu, les insectes butineurs font alors leur parcours de fleur en fleur selon les horaires de sécrétion du nectar. Si on observe le millepertuis, les petites feuilles ont des petits trous. C’est translucide. La fleur simple possède une poche à huile.

Millepertuis, fleur avec plein d’étamines jaunes et ses petites feuilles avec des glandes à huile essentielle donnant une impression de mille petits trous dans la feuille.

Un trèfle : c’est comme un épi de blé avec des parties roses qui sont les fleurs. Il appartient à la famille des « fabacées ». Toutes les plantes de cette famille des Légumes (fève, haricot, petit pois, lentille…) ont des feuilles composées et on observe des « stipules » à la base de la feuille (elles ressemblent à deux petites feuilles). 
Sur du genêt on voit de grosses abeilles noires, des xylocopes. La femelle est plus grosse que le mâle. Elles piquent si on les embête vraiment. Elles ont des territoires et se battent pour les défendre. Les fleurs du genêt de loin ressemblent à celles du phlomis. Mais la fleur du genêt montre une configuration qui ressemble sur le dessus à un casque et en dessous à une piste d’atterrissage.

À gauche : la fleur du genêt (Spartium junceum, Fabaceae). À droite : le zygène (Zygaena fausta) sur la scabieuse.

Son fruit est comme celui de la fève, typique de cette famille. Les gros insectes fréquentent cette plante. Le calendrier journalier des visites aux fleurs correspond aux périodes de sécrétion. Il y a des stratégies d’évitement pour certains insectes : au lieu de passer par le centre de la fleur, ils passent en-dessous pour récupérer le nectar (par « effraction ».
On observe un papillon sur une scabieuse. On voit sa trompe qui s’enroule et se déroule et les ailes sont repliées. Il s’agit d’un zygène qui se déplace de fleur en fleur. Ce sont des papillons toxiques. Ils ont des couleurs très visibles. Ils sont équipés de quatre ailes avec sur le dessus des écailles colorées. Il est conseillé de ne pas les toucher ou les attraper par les ailes car on va enlever de la poussière qu’il y a sur les ailles (très fines écailles emboitées comme des tuiles) et ils ont alors du mal à se reconnaitre car il n’y a plus les couleurs ni les dessins des ailes. Ils hibernent en hiver. Des pontes commencent. Ils vivent entre un et deux ans. 
Un petit rappel concernant les cigales qui vivent sous terre entre deux et quatre ans à l’état de larve fixée sur une racine pour manger et seulement quelques mois à l’air libre à l’état adulte. Elles attendent la chaleur pour sortir et n’aiment pas l’humidité.

Cigale venant d’éclore accrochée à sa mue. La transformation de la larve en adulte s’est faite dans la mue.

Nous observons des euphorbes. Ce sont des fleurs discrètes et complexes. Le sphynx de l’euphorbe est un papillon rosé. L’animal se déplace à la différence de la plante d’où un intérêt plus important du public pour ce qui bouge.

L’inflorescence de l’euphorbe des moissons (Euphorbia segetalis, Euphorbiaceae) et la chenille du sphinx de l’euphorbe grignotant les feuilles et le latex !

Les étamines transformées en glandes (orange sur la photo) sécrète le nectar au centre. L’euphorbe est une grosse structure en trois parties : on trouve la fleur femelle et la fleur mâle à la périphérie. Une fleur femelle et des fleurs mâles forment une étamine. On a affaire à une inflorescence.

Toutes les plantes du genre euphorbia ont une structure de « fleur » identique quelle que soit la région du monde. Le latex protège la plante. La pollinisation s’opère par des mouches équipées d’une langue particulière : on parle de « lécheurs ». L’appareil buccal fonctionne comme le système de la paille. La trompe va se déployer. Les mêmes pièces se sont développées différemment. En regardant les pièces de la bouche on sait ce qu’elles mangent.
Les céréales sont pollinisées par le vent. 
Les insectes se caractérisent par six pattes, des antennes, deux paires d’ailes, un corps en trois parties (tête, thorax, abdomen). On observe une symétrie bilatérale. Tout est porté par le thorax. L’oeil est une grosse structure qui occupe la moitié de la tête.
Ce sont des organismes segmentés. Ils respirent par des petits trous -des stigmates- en contractant et décontractant.
La nervation des ailes permet de savoir quand est apparue l’espèce, moins ils ont de nervures et plus ils sont récents. Ils ne naissent pas « insectes » mais sont d’abord des larves avant de changer de forme. 
La guêpe se nourrit de nectar. Elle pollinise un peu. Mais c’est aussi une prédatrice, elle fait des boulettes avec ses proies pour nourrir ses larves.
Depuis la naissance de l’insecte, on observe des changements de régime alimentaire (nectar pour la guêpe/larve carnivore, de lieu de vie (eau pour la larve de libellule/air pour l’adulte), de forme (la chenille/le papillon). Pour le passage à la forme adulte, l’organisme se dissous. On refait complètement l’organisme cellulaire et on assiste à de grosses transformations : les mues.
Exemple : les petites punaises n’ont pas d’ailes mais elles ont leur forme dès le départ.
Ainsi le degré de transformation n’est pas le même pour toutes les espèces. Certains secrètent du nectar : la propolis pour les abeilles.

Nous arrivons à la fin de cette exploration dans le parc de la roselière et ses nombreux habitants. 

Quelques ouvrages peuvent nous aider à approfondir nos connaissances :

  • Intimités de Liliane Delattre avec 1 000 plantes dans son jardin.
  • Plantes et insectes, une histoire d’amour édité par les Ecologistes de l’Euzière.
  • La collection des petits zécolos : A la rencontre des petites bêtes du célèbre naturaliste Jean-Henri Fabre.

On peut aussi suivre l’inventaire de la biodiversité métropolitaine qui concerne toutes les espèces en consultant iNaturalist.

Pour terminer on observe dans un angle du préau un nid primaire de frelons qui ont migré vers un nid secondaire.

Notre sortie prend fin vers 11h30.

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Régine Paris avec la relecture scientifique d’Yves Caraglio et les photos de Frédérique Caraglio.

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Sortie ornithologique

Samedi 25 mai 2024

Un petit groupe de 13 personnes, passionnées d’ornithologie s’est retrouvé le samedi 25 mai à 7h30 du matin au quai de dépose dans la plaine agricole de Beaulieu dans le cadre de la fête de la nature.

Sous la conduite d’Yves Caraglio nous débutons la promenade avec les trilles des loriots et rossignols bien cachés dans les arbres.

Bien que la balade fût très courte- quelques centaines de mètres- nous avons pu observer beaucoup d’espèces : des passereaux comme la pie grièche à tête rousse qui s’est longuement fait admirer sur la branche d’un frêne, l’hypolaÏs polyglotte, le tarier pâtre,  le bruant proyer ou la cisticole des joncs en vol et les bruyants étourneaux en bande.

Dans le ciel, beaucoup de passages de pigeons ramiers, d’hirondelles, quelques choucas, une sterne hansel, un milan noir et une spectaculaire « bagarre de territoire » entre deux buses et un faucon crécérelle.

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Compte-rendu rédigé par Jacqueline et Jean-Paul Taillandier

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Sortie amphibiens

Samedi 23 mars 2024 

ARBRE et Aurélia Dubois 

  • Les carrières assoiffées… 

La sortie amphibiens programmée initialement le 9 mars a été reportée en raison d’une météo pluvieuse, très appréciée des grenouilles, mais un peu moins du public. Samedi 23 mars, Aurélia, technicienne en environnement, spécialisée en herpétologie (reptiles et amphibiens), nous accueille à 18h30 à l’ancien lagunage dans la plaine de Beaulieu, à proximité d’une mare naturelle et de la Gendarme, un modeste affluent de la Bénovie. Depuis quelques années, nous devons renoncer au site des carrières de Beaulieu, faute d’eau. Onze personnes sont présentes dont une fillette qui acceptera d’épauler Aurélia dans la recherche des petits habitants de la mare. Le vent contribue à rafraîchir l’atmosphère et hâtera notre balade autour de la mare et de la Gendarme.

La foire aux questions pour les curieux… 

Quelques éléments de vocabulaire ouvrent la soirée :  

  • Pourquoi parler des « amphibiens » plutôt que des « batraciens » ?
    Le vocabulaire évolue et le terme « batracien » est un peu ancien. Le terme « amphibien » exprime mieux la double vie aquatique et terrestre des espèces étudiées (amphi = double et bios = vie). 
    Toutefois, les deux termes continuent de s’employer.  
  • De quelles espèces allons-nous parler, demande Aurélia ?
    Les réponses fusent : des grenouilles, des rainettes, des salamandres, des tritons, des crapauds… Le cru de cette année est déjà bien expert !   
  • Qu’est-ce qui différencie les reptiles des amphibiens ?
    Réponse : la principale différence et la plus facile à reconnaître est d’observer leur peau ! Les reptiles possèdent des écailles tandis que les amphibiens possèdent une peau lisse ou granuleuse constellée de glandes.
    Attention ⚠ ne pas confondre les salamandres et les tritons avec les lézards ! Le critère de la peau est infaillible.
  • Et comment différencier les amphibiens ? 
    Aurélia précise que les amphibiens se divisent en deux groupes : les « anoures » (sans queue) comme les crapauds et les grenouilles et les « urodèles » (avec queue) comme les tritons et les salamandres. On peut les différencier par :  
    – La morphologie générale
    Une tête plus ou moins fine, la longueur des pattes, la largeur des flans. Le crapaud a de grosses glandes derrière les yeux et ses pupilles sont horizontales alors que celles de la  grenouille sont verticales.
    La taille
    Certaines espèces sont de grandes tailles et d’autres plus petites.
    – La peau
    Les pustules caractérisent les crapauds, les grenouilles ayant une peau plus lisse.
    – Le chant
    C’est un élément important de distinction. La couleur des sacs vocaux est un critère de distinction chez certaines espèces de grenouilles.
    – La coloration
    Un élément de distinction plus aléatoire, la même espèce pouvant revêtir  des colorations différentes.
    Les pontes
    Trace et indice intéressants permettant de différencier les espèces, ponte en chapelet, en amas ou encore sous une feuille.  
    Les têtards
    Non vus ici cela sera un élément précisé lors de la prochaine sortie.

1000 et une menaces…  

On aborde ensuite les dangers qui menacent la survie des amphibiens :

  • Les multiples prédateurs comme les poissons et larves de libellules sous forme de têtards.
  • La sécheresse accentue la diminution de l’eau dans les mares et perturbe la reproduction des amphibiens.  
  • L’urbanisation et les routes causent de véritables hécatombes. Pour lutter contre ce fléau, on aménage des passages, on ferme des routes la nuit et on invite les automobilistes à ralentir. 
  • La pollution avec notamment les pesticides qui causent une mortalité directe dans les mares. Les amphibiens ont une peau très fragile. On encourage les particuliers à ne pas utiliser de pesticides dans les jardins et à créer une mare.
  • La destruction directe par coup de pelle. Pour rappel, en France, les amphibiens et les reptiles sont protégés. Il est interdit de tuer un amphibien ou de perturber son développement.  

Et plouf dans la piscine … 

Pour les aider à sortir d’une piscine, on peut utiliser un morceau de tissu ou de bois qu’on laisse entre l’eau et le rebord de la piscine. En dernier recours, on peut prendre une épuisette désinfectée et récupérer l’animal sans le manipuler. Le disposer dans le fond du jardin vers une souche ou une grosse pierre.

Une biodiversité riche… 

Aurélia aborde ensuite les amphibiens présents dans notre région parmi les quelques 7 000 espèces recensées dans le monde :

  • La Rainette méridionale à distinguer de la Rainette verte, la première se caractérisant par une ligne noire qui s’arrête à mi-parcours ;
  • Le Pélodyte ponctué qui porte des tâches vert fluo et possède un petit chant caractéristique de boules de pétanque qui s’entrechoquent ;
  • Le Triton palmé identifiable par ses palmures aux pieds ;
  • Le Triton marbré avec ses belles marbrures vertes et noires et sa crête dorsale ;
  • Le Crapaud commun absent dans notre région et présent dans le Nord à la différence du Crapaud épineux. Ces deux espèces se différencient génétiquement ;  
  • Le Crapaud calamite est caractérisé par une ligne dorsale et des glandes parotoïdes qui produisent des sécrétions un peu blanches si l’animal est stressé ;
  • Le Pélobate cultripède présent dans d’autres communes. Il a un chant qui rappelle celui d’une poule. 

Il est équipé de petits couteaux sous les pattes qui lui permettent de creuser le sol.

Une double vie…  

Aurélia rappelle les deux phases de la vie d’un amphibien :

  • Aquatique pour la ponte des œufs deux fois par an dans notre région : printemps et automne.
  • Terrestre.

Les crapauds sont plus terrestres que les grenouilles.

Les pontes 

Le vent qui souffle ce soir est défavorable aux déplacements des amphibiens.

Aurélia nous fait un jeu sur les pontes des amphibiens. Elle nous montre des photos d’œufs d’amphibiens et demande aux personnes présentes d’essayer de les identifier. L’exercice est difficile pour les néophytes mais il y aura quelques bonnes réponses :

  • Un œuf de Triton palmé sur une feuille,
  • Un chapelet/collier d’œufs en grande quantité pour le Crapaud épineux, – les œufs de Pélodyte ponctué autour d’une brindille, – entre 10 et 30 œufs de Rainette sur des brindilles.

Aurélia fait remarquer que la taille du têtard ne détermine pas sa taille adulte, comme le têtard du Pélobate cultripède.  Elle nous montre une réplique de Grenouille verte, de la Salamandre et d’une dendrobate tropicale bleue… magnifique !

Déambulation…  

Pendant toutes ces explications le Petit Duc scop nous a accompagnés de son chant caractéristique. La fraîcheur du soir nous invite à nous déplacer pour tenter de découvrir le petit peuple des mares. Seule Aurélia est équipée pour s’approcher doucement de la mare accompagnée de sa petite assistante qui porte un aquarium de fortune destiné à recevoir très temporairement quelques échantillons. La pêche ne sera pas très riche à la différence des années précédentes.  

Aurélia identifie un triton palmé et quelques têtards de Pélodyte que l’on peut admirer. On se déplace ensuite au bord de la Gendarme où l’on pourra admirer plusieurs Grenouilles rieuses caractérisée par une ligne verte sur le dos, de grandes pattes et une tête fine. Après avoir joué la star elle nous quitte vers d’autres lieux connus d’elle seule.

Nous revenons au camp de base et avant de nous dire au revoir, Aurélia nous redit son goût et son admiration pour ces animaux du soir. Elle nous fait écouter un enregistrement du chant du Pélodyte ponctué qui fait penser au bruit de deux boules de pétanque qui s’entrechoquent. Nous lui souhaitons aussi bonne chance pour le concours qu’elle s’apprête à passer.


Régine Paris avec la relecture précieuse d’Aurélia.

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Sortie champignons

Samedi 3 février 2024 à 14h30

Cette sortie inaugurée l’an dernier avec une cueillette suivie d’une conférence en salle est organisée cette année dans la truffière de Jean-Pierre et Yolande Braye qui nous accueillent très gentiment sur site. 
Le rendez-vous était fixé au parking du gymnase à Beaulieu à 14h30 pour se rendre ensuite à pied sur site. Le beau temps est de la partie. Une vingtaine de personnes ont répondu présentes.
Franck Richard, professeur à l’Université de Montpellier dans le département Biologie, Ecologie et Évolution nous accompagne dans cette sortie ainsi qu’Yves Caraglio, botaniste et référent scientifique de l’association A.R.B.R.E.  

1 – Généralités

Par truffe, on parle de la fructification d’un champignon souterrain (ascomycète hypogé) qui se développe en symbiose avec un arbre dit truffier – chênes, noisetiers, tilleuls… – souvent dans un sol calcaire. La truffe est très recherchée des gourmets pour ses arômes complexes et exceptionnels. On recense des dizaines de variétés de truffes dans le monde (certains parlent de 250 variétés, mais pas toutes comestibles), dont une vingtaine poussent en France. On les reconnaît à l’odeur.
La plus connue est la truffe noire ou truffe du Périgord (Tuber mélasnoporum), originaire de la Drôme, du Vaucluse, et du sud-ouest.  Elle est noire avec de fines nervures blanches. Elle se récolte en hiver. Les professionnels se servent de chiens truffiers ou de cochons pour les trouver, puis on les déterre délicatement (on les cave, du nom de l’outil le cavadou). Elle est considérée comme le saint Graal des amateurs de cuisine. Sa saveur intense et sa texture moelleuse en font un atout majeur dans de nombreux plats gastronomiques. Son parfum puissant rappelle celui du chocolat et du sous-bois. 

La tuber brumale ressemble à la truffe noire, de petite taille (noix, œuf). La chair est gris noire marbrée de veines blanches. Son parfum est musqué, assez puissant. Elle se récolte également en hiver.

La Tuber borchii

C’est la cousine de la truffe d’Alba (la truffe blanche d’Italie, Tuber magnatum). C’est une truffe de petite taille (1 à 7 cm pouvant atteindre 10 cm). Sa consistance est charnue et son goût intense. Son odeur est aussi puissante, très aillée.
Elle se développe sous les chênes verts et les chênes kermès mais aussi sous les pins sylvestres, un peu partout en Europe. Elle est donc moins rare que la truffe d’Alba. Elle possède des qualités et des saveurs proches de la truffe d’Alba mais à des prix moindres. La période de maturité de la tuber borchii se situe de mi-janvier à fin avril. C’est la truffe la plus courante dans les produits à base de truffes blanches.

Pinus halepensis mycolactaire.

La truffe mesentérique (Tuber mesentericum) : Petit fruit noir doté d’une belle fossette, la mésentérique cache la chair marron, tendance cacao, veinée de micro-sillons blancs. Coupée, elle dégage un arôme puissant, parfois qualifié de médicamenteux, ce qui n’est pas sans lui jouer des tours. “ Son parfum est si fort qu’il décourage certains cuisiniers ”. 

Le terroir doit présenter les caractéristiques suivantes :

  • un sol calcaire : Afin de développer leurs aromes, les truffes ont besoin d’un sol riche en calcaire.
  • un climat tempéré : Les truffières prospèrent dans des climats modérés avec des étés chauds et des hivers froids.
  • l’aération du sol : Il est important que l’air circule facilement dans le sol pour permettre aux spores de se propager.

La mycorhization, c’est-à-dire l’association symbiotique entre les racines d’un arbre et un champignon, est essentielle à la formation des truffes. Cette alliance donne naissance à un réseau complexe qui favorise l’échange de nutriments entre les deux organismes. 

Pour la récolte, historiquement, on utilisait des cochons pour découvrir les précieuses truffes. Ces animaux sont dotés d’un odorat très développé qui leur permet de dénicher les champignons sous plusieurs centimètres de terre.
Aujourd’hui, c’est le chien truffier, plus facile à maîtriser que le cochon, qui est privilégié. Qu’il soit Lagotto Romagnolo ou autre race, le chien est dressé dès son plus jeune âge pour la recherche de ce met si particulier. Les bâtards font aussi l’affaire nous précise Jean-Pierre Braye.

La truffe se fait rare et son prix flambe. Éprouvé par des étés de plus en plus secs, le précieux champignon risque de disparaître. L’INRAE coordonne un programme de recherche participative pour comprendre et contrecarrer les effets néfastes du changement climatique sur la production de truffes. L’institut a publié en 1999 un ouvrage intitulé : « La truffe, la terre, la vie » par G. Callot, P. Byé, M.Raymond, Diana Fernandez, J.C. Pargney, A. Parguez-Leduc, M.C. Janex-Favre, Roger Moussa , Loic L. Pagès.

2 – Visite de la truffière de Yolande et Jean-Pierre Braye 

Nous sommes à proximité d’une nouvelle plantation de chênes mycorhizés à 80 % en pépinière créée il y a cinq ans. C’était à l’origine un bois avec des fourrés. Il a fallu embaucher une équipe de coupeurs et dépierrer d ‘où la construction à la suite de murets en pierres sèches par Yolande pour qui c’est une vraie passion. 

Il faut compter 6/7 ans avant de récolter des truffes et permettre au système racinaire de se mettre en place. La durée de vie d’une truffière est courte : en moyenne 22 ans pour une quinzaine d’années de production. Elle peut subir les assauts des sangliers et l’aphyllanthe de Montpellier pose problème.

Les champignons pionniers sont remplacés par d’autres. Il faut un milieu ouvert. Les chênes peuvent aussi changer de partenaires mycorhiziens. Le mycelium présent à 20 cm dans le sol brûle les plantes, prélève le phosphore, l’azote et les transfère. Il y a des terroirs à truffes. 

Autrefois la plaine de Beaulieu offrait une terre profonde sans pierres propice aux sols truffiers. On pouvait récolter des truffes très rondes.

A côté du terrain cultivé, il faut toujours garder un terrain témoin afin de conserver une diversité de champignons. 

La récolte a lieu entre fin novembre et fin février pour laisser les spores préparer la récolte prochaine.

Jean-Pierre Braye rappelle qu’il faut un bon terrain, de l’eau et de la patience et se méfier de ce que disent les gens. Il faut rajouter des spores à partir des truffes récoltées sur le terrain et non commercialisables.

Les pièges à truffes favorisent la production, la colonisation et la mycorhisation. Il rappelle que Gabriel Callot, un des auteurs de l’ouvrage cité ci-dessus, spécialiste des truffes se rendait sur place dans les truffières. 

Il existe aussi la truffe d’été qui bénéficie des pluies de l’hiver et se récolte en mai-juin. Elle est vendue aux alentours de 200€ le kilo au lieu de 1 000€. Elle est moins consistante en arôme.

Il précise qu’il faut éviter des erreurs de gestion entre les arbres qui nourrissent et les arbres qui produisent.

3 – Conférence de Franck Richard

A la suite de la visite de la truffière, les participants sont invités à découvrir une approche scientifique de la truffe dans une des salles du gymnase à Beaulieu en compagnie de Franck Richard et Yves Caraglio.
La truffe est un champignon de mieux en mieux connu. Les apports récents du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive de Montpellier ont été présentés par Franck Richard  le 21 janvier 2024 au salon de la truffe de Jarnac (Charente) en présence de 250 personnes, avec pour thème : Biologie et Ecologie – l’art de vivre avec les autres . Le conférencier nous présente une partie de ce diaporama.

Nous vivons une époque compliquée avec le manque d’eau dans certaines régions, situation illustrée par une truffière naturelle à Perpignan privée de pluie depuis 18 mois.
Il existe des truffières naturelles avec des chênes âgés de 150 ans. Quatre générations ont cultivé des truffes. 
Aujourd’hui avec des étés de plus en plus chauds et secs, le problème de l’eau se fait sentir cruellement. Il y a un effet boule de neige si on peut s’exprimer ainsi. 
La science peut-elle aider à faire face à ce phénomène ?
L’économie de la truffe est de mieux en mieux comprise et source d’innovations culturales pour demain.
80 % des « brulés » (zone sans plantes conséquence de la présence de la truffe) fournissent du mycelium dans le sol qui rencontre des racines et les colonise. Il s’agit de filaments très fins interconnectés. Il y a une interaction étroite entre la truffe noire et ses « plantes compagnes » à l’origine du brûlé.
Dans chaque truffe souterraine et odorante des millions de spores résistent à tout même au tube digestif des animaux.
De nombreuses espèces produisent des truffes comme le genévrier dans la truffière naturelle de Perpignan. Dans les laboratoires on organise des mises en scène expérimentales dans des bacs avec des « compagnes » différentes. Le mycelium est cultivé par les plantes « compagnes, » le chêne profite de l’apport du phosphore et de l’azote. Le mycélium permet aussi d’aller capter l’eau dans des parties du sol inaccessibles aux racines de la plante.

Quelles perspectives pour la culture ?

L’hôte et la strate herbacée sont les deux jambes d’une économie complexe de l’espèce. « L’herbe » profite à la truffe et à l’hôte.
Pour la reproduction on utilise des pièges à truffes (cf. Truffière Patrick Savary) contenant des spores, du terreau, de la terre et de l’épandage. La fructification s’effectue en limite du sol.
L’ensemencement, une technique pour améliorer la production, a lieu depuis plus d’un siècle. Un livre écrit en 1904 en parle : Les truffières et la trufficulture.
On utilise aussi les pièges pour comprendre la reproduction. Sur 11 sites on a observé 9 924 pièges avec une part variable de la production. Les explications :

  • l’effet coup de pioche (aération du sol)
  • l’apport de spores (diversification)

On sollicite la combinaison des deux. 
Environ 59 à 87 % des truffes sont « oubliées » par les chiens truffiers. Pour trois sites observés et selon les pièges utilisés on obtient les résultats suivants en pourcentages :

site 1site 2 site 3
Pièges inoculés5027,820,8
Pièges non inoculés66,733,3 11,1

Le coup de pioche dynamise le mycelium. Il a un effet inoculant et favorise la colonisation du sol. 
Le piège constitue un microsite qui intensifie la production des arbres.

Aujourd’hui on peut procéder au séquençage du génome pour comprendre les forces et les limites de la truffe. Il s’avère ainsi que la truffe Tuber melanosporum est incompétente pour dégrader la matière organique.

On revient aux perspectives de la culture de la truffe en France.
Les matières organiques profitent aux champignons concurrents de la truffe. L’arrosage sous l’arbre permet aux concurrents d’asseoir leur supériorité catabolique sur la truffe car il faut des enzymes pour digérer la matière organique, enzymes que ne possède pas la truffe.
La plante a besoin de voisins et de collectif.

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A l’issue de cette présentation, nous remercions Yolande et Jean-Pierre Braye pour leur accueil sur site et leur témoignage vivant de la culture de la truffe ainsi que Franck Richard pour son apport scientifique toujours très précieux. 

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Régine Paris avec la relecture attentive d’Yves Caraglio

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Sortie nature dans les Carrières de Beaulieu

Re-colonisation végétale naturelle d’un lieu modifié par l’homme

Dimanche 17 septembre 2023 dans les carrières de Beaulieu

À l’occasion des Journées européennes du Patrimoine (JEP) l’association A.R.B.R.E a proposé une balade dans les carrières de Beaulieu sur le thème de la re-colonisation végétale naturelle d’un lieu modifié par l’homme.
Une vingtaine de personnes ont répondu présentes pour participer à cette sortie animée par Yves Caraglio, botaniste, chercheur au CIRAD et bénévole de l’association A.R.B.R.E. Le rendez-vous a été fixé à 16 heures au parking du parc des carrières à Beaulieu.

Rendez-vous devant le parc des Carrières de Beaulieu.

En introduction, Yves rappelle l’origine très ancienne de la formation du vaste dépôt de pierre calcaire qui s’étend sur cinq communes -Beaulieu, Restinclières, Castries, Saint-Géniès-des-Mourgues et Sussargues- et qui se prolonge jusqu’au Pont du Gard -la commune de Vers-Pont-du-Gard d’un côté et Juvignac de l’autre côté.
Deux carrières sont toujours en exploitation sur la commune de Beaulieu -les entreprises Farrusseng et Proroch-.
L’exploitation des carrières a commencé à l’époque romaine et s’est poursuivie au Moyen-Âge jusqu’à nos jours. Au fil des siècles on a creusé partout. L’eau a contribué à dissoudre le calcaire et des micro-organismes ont attaqué la pierre. Il s’agit d’une roche tendre et poreuse. On parle de calcaire coquiller. La pluie va former, par érosion souterraine, un karst avec des rivières souterraines. Ça percole un peu partout !
L’utilisation jusque dans les années 1950 de charrettes aux roues cerclées de fer et tirées par des chevaux ferrés va laisser des traces sous la forme de dépressions encore visibles dans le sol. 

Nous cheminons le long du chemin des prés. Yves Caraglio attire notre attention sur la partie gauche -une zone abaissée et affleurante-.  Les carriers se déplaçaient en fonction de la qualité du sédiment. A droite du chemin nous avons à l’inverse un endroit naturel. L’érosion a occasionné des fissures dans la roche. Des champignons et des bactéries ont fabriqué un terreau puis un sol sur lequel vont se développer des plantes en absorbant les éléments minéraux. 

Une fissure dans la roche.

Ainsi en fonction de la micro topographie, des plantes essaient de s’installer. Yves rappelle que sur 1 000 graines de pin d’Alep par exemple, une seule permettra de donner un nouvel arbre…

Nous sommes à la fois dans une zone d’extraction et dans une zone de pâturage d’où la présence en contrebas à gauche d’un puits couvert dit de Thérond et d’un abreuvoir pour les moutons alimentés par le ruissellement de l’eau. Nous sommes dans un dépôt de carrière qui a été recolonisé par les végétaux.

Le puits de Thérond

Yves nous montre de la sarriette. Même si les tiges extérieures peuvent paraître mortes, la plante survit au niveau des racines. 

La sarriette.

On voit aussi du thym dans le creux laissé par une roue et qui a été comblé par des matériaux. Ici on ne parierait pas pour planter … peu de graines germent. Des plantes peuvent même disparaître en fonction du régime des pluies.

Yves nous montre un minuscule chêne vert : de petits interstices suffisent pour l’accueillir.
Au passage, on peut dater les fonds d’extraction en fonction des traces laissées par les outils de l’époque.

La végétation est menacée par l’incendie et la prédation des animaux (insectes, mammifères…). Certaines plantes se protègent : l’euphorbe produit du latex, le chêne kermès est piquant : il a beaucoup de réserves dans ses graines et ses racines s’enfoncent profondément dans le sol. Les plantes piquantes se protègent des mammifères. Les arbres avec des petites feuilles chauffent moins (les asperges).

On voit des pins de haute taille qui abritent sous leur couvert des petits chênes qui poussent plus lentement mais qui leur survivront ! La zone méditerranéenne offre ainsi une grande diversité de plantes.

Nous continuons sur le chemin des prés et nous rapprochons du pont dit « manqué » sans rivière au-dessous. C’était la voie qu’empruntaient les charrettes transportant le bois et les pierres jusqu’à Sète d’où ils étaient exportés vers l’Algérie pendant la période coloniale.

Nous empruntons un sentier sur la droite. Yves nous montre des zones avec des déséquilibres. Il parle d’une « zone bloquée » envahie par la salsepareille et dans laquelle très peu d’autres plantes arrivent à s’installer, l’asperge y survit, mais aucun arbre. On peut observer une interaction entre les organismes. Une structure bloquante n’est pas très diversifiée. Il en est ainsi de certaines zones à lianes sous les tropiques. Mais des animaux et des plantes y trouvent leur compte : des animaux peuvent se cacher comme les couleuvres.

Yves a une intention particulière pour la mousse qui constitue au cours du temps de la matière organique et offre ainsi un lieu accueillant pour la germination des graines de petites plantes.

Il a plu. Les feuilles gardent l’humidité. Les bactéries ont moins d’activité que dans d’autres régions car tout l’été est sec. Yves nous montre le chêne kermès qui bloque tout un espace. Il rend hommage à cet arbuste qui résiste à l’incendie grâce à ses tiges souterraines. Après le feu, elles repartent bien protégées dans le sol.

Zone de chêne kermès.

Dans une zone en terrain naturel, un chêne s’est implanté dans les fissures d’une roche. De bonne taille, il trône toujours sur son caillou.

Un chêne s’est implanté dans les fissures d’une roche.

On arrive dans une zone dite « ouverte ». Ce sont les carrières du Génie en souvenir du Génie civil chargé d’exploiter la pierre au lieu-dit « les Fades »  (les Fées, d’où vient le terme commun de Fada) dans les années 1960 pour construire des immeubles à Montpellier dans le quartier de la Paillade. Les pierres de Beaulieu ont aussi été utilisées récemment pour la réhabilitation de l’ancien hôpital Saint-Charles. Au printemps, quand il a bien plu, on peut voir des tritons dans les trous des carrières (les zones d’extraction) remplis d’eau. C’est une zone où il reste de l’activité.

Les carrières du Génie.

Yves attire notre attention sur la colonisation par des peupliers, un pistachier térébinthe dans la fissure d’une roche et au sol du plantain.
Des orchidées sauvages poussent dans de petites anfractuosités de la roche. 

Dans les années 1990, on a décidé de combler les excavations laissées par l’exploitation de la pierre avec des matériaux appelés « des inertes ». On peut ainsi distinguer des zones plates et des zones colonisées.

L’association A.R.B.R.E a entrepris il y a dix ans de réhabiliter une zone violemment dégradée, devenue une décharge à ciel ouvert, en la transformant en un parc consacré aux espèces méditerranéennes. Après 10 années d’activités, les plantations sont terminées. Nous continuons à l’entretenir et à l’embellir.

Nous sommes maintenant dans un nouveau projet consistant à créer à côté du parc des carrières un jardin potager et d’agrément « en sec », sur un mode participatif, dans le but d’échanger des savoirs. On essaiera aussi d’acclimater des plantes venues d’ailleurs.
Nous avons fait appel à deux étudiantes de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles-Marseille pour élaborer le schéma du futur jardin, qui s’inscrira dans le relief artificiel laissé par l’exploitation de la pierre. Le but est aussi d’économiser au maximum l’eau en choisissant des espèces peu gourmandes.

Un panneau d’information du public va être installé prochainement, il a été présenté aux participants de l’opération annuelle « Nettoyons la nature » le dimanche 8 octobre dernier à Beaulieu. 

Pour mener à bien ce projet nous disposons d’un financement pour les deux premières années fourni par la Fondation du roi Baudouin avec l’aide des Fonds Renner Energies. Nous recherchons d’autres mécènes pour assurer la pérennité du projet.

Ce projet s’inscrit dans une zone de turbulence climatique dont nous ignorons à ce jour la durée ni l’intensité.

Le groupe devant le futur jardin sec/potager de démonstration.

La promenade botanique s’achève à 17h30.

Régine Paris avec la relecture d’Yves Caraglio

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