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La sortie découverte du sentier nature des Carrières de Beaulieu

 Dimanche 20 septembre 2020 

Compte tenu des conditions sanitaires particulières liées à l’épidémie de Covid-19, la sortie découverte du sentier nature dans les carrières de Beaulieu, organisée dans le cadre des journées du Patrimoine par l’association A.R.B.R.E, le dimanche 20 septembre à 16 heures, était réservée aux adhérents et limitée à 30 participants. 

Le panneau 1 qui se situe sur le parking en face du gymnase.

 Le rendez-vous était fixé au parking du bois du Renard, en face du nouveau gymnase Edmonde Carrère. Yves Caraglio, botaniste et chercheur au CIRAD, a distribué des écouteurs et formé trois groupes de dix personnes. Le port du masque était obligatoire. 

Le rendez-vous de 16 h au point de départ du sentier des Carrières.

 Au départ nous avons rejoint le parking du théâtre des carrières où les enfants ont formé le groupe de tête pour cheminer le long du sentier grâce aux fourmis noires et rouges peintes sur des roches. 

Avec les 50 mm de pluie tombée la nuit précédente, la nature avait repris du tonus comme les deux buissons de chêne Kermès correspondant au premier panneau portant sur la relation plante/insecte. Déjà grâce aux 20 mm de la dernière pluie, la sarriette avait refleuri. 

Le chêne Khermès et sa cochenille

Tout au long du parcours, avec le respect de la distanciation physique et grâce aux écouteurs, les promeneurs ont pu profiter des explications fournies par Yves, jamais avare de précisions. En empruntant un des anciens chemins de carriers, il a évoqué le projet dans l’avenir d’installation de panneaux évoquant l’exploitation depuis les Romains du calcaire coquillier. Les traces laissées par les roues des anciens charriots et les fers des chevaux attestent d’une extraction ancienne et intense. 

Un ancien chemin de carriers.

Chemin faisant nous avons pu admirer ici une plante parasite à fleurs jaunes, là des gueules de loup bien vives. Ayant saisi au passage une fourmi volante –une reine-, Yves nous explique que même « coupée en morceaux » elle continue à vivre. On peut en ce moment observer des vols de fourmis mâles et femelles qui peuvent atteindre 40 mètres de hauteur pour s’accoupler. Il en est de même des abeilles. 

Petite pause devant le deuxième panneau consacré au pistachier térébinthe qui pousse à l’état naturel dans la garrigue, à la différence du pistachier lentisque –le restincle en occitan qui a donné son nom à la commune de Restinclières – le lieu où on plante le restincle- dont on ne retrouve plus la trace aujourd’hui sur nos deux communes. Il fut dans le passé utilisé pour en extraire le tannin destiné au traitement du cuir. 

Le pistachier térébinthe et ses pucerons.

Le troisième panneau concerne des plantes dont il faut se méfier comme le cornouiller sanguin, un arbuste qui produit des baies noires susceptibles, si on les consomme, de provoquer des vomissements à la différence du cornouiller mâle aux baies rouges avec lesquelles on fait de la confiture. Yves nous met en garde aussi contre la toxicité du muguet et du laurier rose

Là encore on peut admirer un ancien front d’extraction des carrières exploité manuellement qui pourrait, par la suite, faire l’objet d’un panneau informatif.

Les plantes à manipuler avec précaution.

Nous arrivons à proximité des plantes accrocheuses comme la salsepareille de faible hauteur -3 à 4 mètres- qui forme de grandes draperies dans les arbres qu’elle enserre. Idem pour la clématite. On passe à côté du théâtre des carrières. Un arbre est tombé la nuit dernière. De cet endroit on peut accéder à un promontoire sur lequel a été installée la croix des carrières et d’où l’on pouvait, jusqu’à il y a une trentaine d’années, admirer tout le village. La garrigue était alors exploitée pour sa pierre, le bois pour les charbonnières et elle servait aussi de pâture aux moutons. Yves nous invite à distinguer le paysage remanié par l’homme avec des points hauts suite à l’exploitation de la pierre, du paysage naturel. Dès le Moyen-Age l’extraction concernait des petites zones destinées à la construction de maisons, bâtiments religieux et agricoles. 

Les plantes accrocheuses.

Toujours guidés par les petites fourmis noires et rouges, nous arrivons face au parc des carrières, créé en 2013 par l’association A.R.B.R.E sur le site d’une ancienne décharge. Le trou a été comblé et le Département a répondu favorablement à la demande de réhabilitation de la commune de Beaulieu en finançant les premiers aménagements.
80 arbres d’origine méditerranéenne, à croissance lente, ont été plantés à l’occasion de la naissance des enfants dans la commune et sur la base du volontariat des parents. Une extension est envisagée. L’accès récent à l’eau du Bas-Rhône, grâce à l’intervention de la commune, facilite l’arrosage pendant la période estivale. Le panneau de présentation du parc récemment tagué va être remplacé. 

Arrêt devant le panneau du ciste de Montpellier, à l’entrée du parc des plantations : Une Naissance-un Arbre (UNA)

Devant l’entrée du parc un panneau sur le ciste de Montpellier a été installé récemment. Le feuillage vert foncé roussit avec la chaleur et peut servir d’indicateur aux pompiers sur les risques d’incendie. Ses fleurs sont blanches et il est absent de notre garrigue, à la différence du ciste blanc ou cotonneux, dont les fleurs sont roses. 

Le ciste de Montpellier.

Reprenant notre promenade, nous passons devant le panneau du fenouil puis en tournant à droite nous découvrons sur une petite butte le panneau du lierre. Petite pause pour écouter le commentaire d’Yves concernant cette plante qui a souvent une mauvaise réputation. Elle colonise des surfaces importantes et se reproduit rapidement une fois à la pleine lumière. Le lierre n’abîme pas l’arbre et met en place un ombrage au tronc. 

Par la suite il sera possible de modifier l’itinéraire avec un cheminement consacré à l’exploitation de la pierre qui pourra également nous conduire vers le village.
À proximité nous observons de la lavande sauvage et des plantes qui bénéficient de l’effet de nursing ou -pour parler français- de l’effet de facilitation à l’abri d’autres plantes dont elles s’émanciperont par la suite. Nous ne pouvons qu’être séduits par l’intelligence du monde végétal qui déploie des stratégies de développement et de survie remarquables. 
Nous passons devant une plante odorante –smilax- dont le parfum agréable est difficile à extraire. 

Le groupe est passé devant une odorante smilax.

L’avant-dernier panneau concerne le figuier. Une animation en 2019 dans les écoles de Beaulieu et Restinclières a rencontré un beau succès et permis aux enfants de se familiariser avec la biologie de reproduction complexe du figuier. 

Le figuier.

Un magnifique chêne vert clôturera cette balade. Alors que tout était pelé –pâture et exploitation de la pierre-, ce chêne a pu se développer à son aise sans subir des coupes meurtrières et en retour il assurait un bel ombrage aux bergers et bergères ainsi qu’aux moutons de ce temps révolu. Cet arbre qui pousse habituellement en peuplement est très dominant et ne laisse pas beaucoup de place aux autres plantes. La yeuse est l’autre nom du chêne vert et l’euzière, le lieu où il est planté. A cette occasion Yves rappelle que la toponymie est souvent en relation avec la botanique. Ainsi en est-il du lieu-dit « Ginestet » dépendant de Beaulieu qui désignait un lieu planté de genêts servant à fabriquer de la toile de maison. Un participant à la promenade nous signale que la consultation des anciens cadastres informait sur l’utilisation des terres –ce qui n’est plus le cas aujourd’hui-.

Le chêne vert termine la découverte du sentier nature des Carrières.

La promenade-découverte du sentier nature est terminée. Elle va néanmoins se prolonger jusqu’au parking avec les réponses d’Yves à quelques questions. De même il montre aux enfants et aux adultes un « diablotin », sorte de mante-religieuse de couleur grise ou verte qui possède deux pattes ravisseuses. 

Nos petits Poucets qui ont conduit la promenade n’ont pas eu besoin de retrouver les petits cailloux : les fourmis les ont bien guidés. Les plus grands ont apprécié les explications toujours claires et savantes d’Yves Caraglio. 
Un clin d’oeil à la « calament », sorte de menthe sauvage, avec ses perles dorées odorantes sur les feuilles : les ajouter à une salade de tomates, c’est divin…

Avant de se séparer, Jacqueline Taillandier, présidente de l’association ARBRE, rappelle que la conférence « Être une plante en garrigue. Résister à la sécheresse, survivre ou mourir. » est programmée à 18 h à la salle municipale du foyer à Beaulieu le dimanche 11 octobre en complément de la sortie sur le stress hydrique des plantes qui s’est déroulée début juillet. 

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Régine Paris
Avec la relecture bienveillante d’Yves Caraglio et les photos de Patrick Paris. 

Sortie nature

Le stress hydrique chez les plantes

Dimanche 5 juillet 2020 à 17 h

Pendant le confinement toutes les activités de l’A.R.B.R.E ont été arrêtées en raison de la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid 19. Aussi, il faisait bon de se retrouver ce dimanche entre adhérents et sympathisants de l’association pour un cheminement tranquille dans le bois du Renard, en direction de Restinclières.

18 personnes étaient au rendez-vous du parking du Renard pour, chemin faisant, écouter Yves Caraglio, botaniste et chercheur au CIRAD, nous parler du stress hydrique des plantes sous un climat méditerranéen.

Lorsque la température s’élève, le manque d’eau se fait sentir. Les plantes sont immobiles. Elles subissent l’environnement. Aussi y-a-t-il beaucoup de plantes annuelles et de céréales comme la folle avoine qui font leur cycle de vie avant la saison chaude et sèche de l’été et ainsi évitent ce stress hydrique. Si beaucoup de plantes annuelles sont sèches en ce moment, les graines elles sont là pour assurer la suite de l’espèce et elles sont tout à fait résistantes à ce manque d’eau : elles sont en repos profond et attendent les conditions du printemps pour germer.

Premier arrêt devant des plantes sur lesquelles s’agglutinent des petits escargots blancs. En respirant, ils dégagent de l’humidité. Ils tournent sans cesse et ainsi chaque escargot selon le moment protège les autres  ou bien est protégé par les autres. On retrouve des stratégies équivalentes pour lutter contre le froid chez les manchots ou les yacks.

Du côté des humains, quand on a chaud on transpire. On perd de l’eau alors on boit. C’est pareil pour les plantes. Des échanges gazeux s’opèrent : les plantes respirent tout le temps mais la journée elles absorbent aussi du gaz carbonique pour fabriquer de la matière végétale par la photosynthèse et en « transpirant » le flux de perte d’eau permet à la plante d’amorcer un mouvement d’eau et d’éléments minéraux depuis les racines jusque dans les feuilles. Tout ce qui n’est pas sec contient de l’eau. On recense plusieurs stratégies :

  • Le chêne vert va s’affranchir de la sècheresse en développant ses racines là où il y a de l’eau. Délaissant ses tiges, il fabrique surtout de la racine quand il est jeune. Le pivot racinaire peut mesurer rapidement 70 cm au détriment du développement de petites racines latérales. Ça ne marche pas toujours, alors il meurt ! Mais cette stratégie d’évitement de la sècheresse marche très souvent.

Ses feuilles luisantes de couleur verte sur le dessus, de couleur claire au-dessous et poilues Sur le dessous, la feuille comporte des trous (les stomates) qui assurent les échanges gazeux.

  • Le pin d’Alep développe une autre stratégie au niveau des racines. Il explore le terrain sur une petite épaisseur mais sur une grande surface. Ses feuilles de structure linéaire évitent ainsi de trop s’échauffer aux rayons du soleil.
  • Le genêt scorpion (de la famille du petit pois et du haricot) a de toutes petites feuilles et qui tombent assez rapidement. Ce sont les tiges qui assurent la photosynthèse. Le côté épineux est une réponse à une pression herbivore vis-à-vis des ruminants qui, pour certains, ne sont plus présents depuis très longtemps. 
  • L’orpin a des feuilles rondes qui ne sont pas vertes en ce moment car il fait très chaud et il y a peu d’eau disponible. Quand il fait chaud, la journée, elles ne travaillent pas. Elles accumulent de l’énergie et la nuit, plus fraiche, elles assurent les échanges gazeux pour réaliser la photosynthèse.

Dans notre région, comme on peut le constater sur place, les chênes verts et les pins d’Alep se développent bien.

Une autre stratégie consiste à ne pas perdre l’eau emmagasinée. Il s’agit soit d’éviter la sécheresse soit de résister. Des végétaux ont développé des stratégies originales pour :

  • conserver l’eau,
  •  et résister aux prédateurs grâce à de grosses molécules odorantes. Il en est ainsi des plantes condimentaires comme la sarriette. Les petites feuilles ont une odeur qui dissuade certains petits prédateurs. Les grosses molécules font que la déperdition de l’eau est moindre. Ces plantes arrivent à se développer dans des fissures ou des petites dépressions avec peu de sol. On a du thym avec un gros feutrage de racines. Le matin le sol est mouillé comme dans le désert. Le système racinaire est important, de petite dimension et peu profond et ainsi la plante peut absorber cette eau superficielle. L’été certaines plantes se dessèchent, c’est facile à observer sur les mousses mais le Ciste de Montpellier fait de même, ses feuilles roussissent et avec les pluies d’automne elles reprennent leur couleur verte. 

Il en est ainsi du pistachier térébinthe qui dégage une forte odeur. Il se développe dans des zones contraintes, de petite dimension et peut devenir un bel arbre si les conditions sont meilleures. La résine qu’il produit colmate les blessures. Des insectes viennent pondre sur les folioles et réalisent une partie de leur cycle de vie sur le Pistachier. Un joli panneau installé à proximité du théâtre des carrières nous dit tout sur cet arbre particulier et sur son association avec un petit insecte.

Le chêne blanc est lié aux zones où existent de l’humidité. Un grand déséquilibre par rapport au chêne vert a découlé de la sédentarisation de l’homme qui a abattu les chênes blancs en quantité pour cultiver la terre à la différence du chêne vert qui se développait en dehors des zones humides. Aujourd’hui avec la déprise agricole le chêne blanc revient.

Poursuivant notre promenade nous rencontrons les immortelles  (Helichrysum). En matière de végétalisation des toits, le sedum ou orpin est très apprécié car il n’a pas besoin d’arrosage.

Un nouvel arrêt devant un couvert de végétaux hauts où il y a moins de plantes. Yves nous conseille d’observer la végétation aux quatre saisons pour faire un bon relevé floristique. Ici il y a des mousses qui constituent un bon matelas et absorbent l’humidité, des fougères et des lichens. Le sol est le lieu où il y a de la vie (matière organique, bactéries, champignons, insectes…) et les racines. Sur place on peut observer des petites euphorbes rouges en mauvais état et à côté une euphorbe verte, bien portante au milieu d’autres plantes : elle s’est mieux débrouillée ! C’est ce que l’on appelle « la facilitation » en écologie : des plantes par leur ombre et leur tissu racinaire favorisent l’installation d’autres plantes.

Nous arrivons dans une zone dite ouverte. Si en Bretagne on peut connaître les quatre saisons dans une journée, il n’en est pas de même en zone méditerranéenne. Ici la pluviométrie est irrégulière. On observe des cumuls importants et des régimes de pluie intenses qui ravinent les sols. 

Nous sommes devant un chêne vert âgé, de faible hauteur. Pour survivre, l’arbre réduit sa structure. Il pratique « la mortalité en tête » comme on peut le constater de visu. Ainsi des plantes vont croître très lentement. Il ne faut pas effectuer un arrosage intensif mais élaguer le bois mort. On n’est pas dans un système de production dans lequel on remplace régulièrement les arbres. A côté du chêne vert, il y a aussi un pin d’Alep très âgé.  La hauteur pour une espèce donnée est un bon reflet du sol, de sa richesse ou fertilité.

L’an dernier avec les très fortes températures que nous avons connues fin juin, on a assisté à l’insolation des feuilles. Ce fut le résultat d’une combinaison malheureuse. 

Un peu plus loin on découvre un pin d’Alep déraciné par le vent. Il n’était pas bien ancré dans le sol : il poussait lentement car il n’avait pas suffisamment de sol à exploiter par ses racines, pas de fissures pour bien s’ancrer.

Dans la profondeur d’une ancienne carrière la végétation s’est développée grâce à l’accumulation de l’eau au sol. Un saules’est implanté. Un figuier est en survie. Il ne se reproduira pas. On peut voir sur un mur un figuier avec une boule. Il n’a pas pu développer un système racinaire normal. A cet égard Yves rappelle que le figuier est présent dans le monde entier sauf en Nouvelle-Zélande. Si les figues sont toutes comestibles, elles ne sont pas toutes gustatives.

Un peu plus loin sur le chemin du retour, la clématite (de la famille des renoncules) s’éclate. Sa structure a investi des axes très longs et grêles, moins coûteux en eau. Que dire du millepertuis (la plante aux mille trous qui sont des poches où s’accumulent des secrétions d’huile essentielle)… il en est de même pour la feuille du citronnier.

Pour terminer Yves s’arrête devant un chêne kermès, la troisième espèce de chêne de notre balade, avec des feuilles bien vertes. Yves rappelle que le gland met deux ans pour atteindre sa maturité. Il est rare d’y voir aujourd’hui les cochenilles qui ont fait la réputation de cet arbuste ainsi que l’évoque le panneau réalisé par l’association A.R.B.R.E à l’entrée du parking du théâtre des carrières.

Yves est intarissable. C’est un vrai conteur qui pourrait nous tenir en haleine jusque tard dans la nuit. Mais il faut en garder pour une autre fois.

La sortie prend fin avec un rafraîchissement offert par l’association A.R.B.R.E qui permet de poursuivre la conversation dans l’agora du Renard. Il y est question notamment de la semaine Regards croisés programmée du 16 au 21 novembre 2020 sur le thème de l’eau. Les pluies cévenoles… méditerranéennes maintenant ne seront pas à exclure !

Nous remercions Yves. Il est presque 20 heures.

Régine Paris avec la relecture précieuse d’Yves Caraglio.

Sortie « de la fleur au fruit »

Samedi 8 juin 2019

Rendez-vous botanique

L’association ARBRE a donné rendez-vous dans la plaine de Beaulieu ce samedi à 16 h pour une promenade botanique afin de découvrir tout le chemin parcouru par nos petites fleurs des prés et des bois pour enfanter de jolis fruits. Yves Caraglio, enseignant-chercheur au CIRAD, gibecière bien remplie, mènera la petite troupe composée d’une vingtaine de personnes vers des découvertes somptueuses. L’an dernier la sortie s’était déroulée dans le Bois du Renard et l’observation s’était arrêtée à la fleur.

Le soleil est de la partie. L’ombre est rare. Un premier arrêt à la sortie du parking permet à Yves de rafraîchir les mémoires sur le système de la fleur qui regroupe les organes mâles et femelles qui donneront naissance au fruit : les sépales ou le calice, les pétales forment la corolle. C’est ce que l’on voit de loin, ce qui est attractif pour les yeux et pour les insectes. Les pièces périanthaires masquent les organes de reproduction. Nous allons nous intéresser au gynécée, la partie femelle de la fleur (formée par les carpelles). 

Yves a apporté plusieurs fèves. La feuille verte assure la photosynthèse sur la plante, il existe une feuille un peu particulière qui porte les ovules (qui permettront la formation des graines), on appelle cet élément la feuille carpellaire. Pour illustrer ce qu’est la feuille carpellaire, il suffit d’ouvrir une gousse de fève en deux : une lame verte (la feuille carpellaire) qui porte des ovules qui se sont transformées en graines. Cette feuille carpellaire s’est refermée sur elle-même enfermant les ovules à l’intérieur. La fleur comporte ainsi une ou plusieurs feuilles carpellaires que l’on appelle plus facilement un carpelle. La fleur comprend un ou plusieurs carpelles (de 1 à 5). On peut distinguer la ligne de soudure sur l’exemple de la fève (carpelle unique. L’ensemble des carpelles constitue l’ovaire. La fève va s’ouvrir sur les deux côtés –sur la ligne de soudure et sur la face opposée, le dos-. Les campagnols le savent eux qui ouvrent la fève sur le dos pour grignoter les graines des fèves bien suspendues grâce à des petits filaments, équivalents du cordon ombilical.

Yves continue la cueillette avec des petites poires. On retrouve les traces de la fleur dans la petite couronne composée de 5 pics –le calice, puis les traces des étamines-. Au centre, les pétales sont tombés. Yves dessine : l’ovaire est sous le calice mais ce n’est pas toujours le cas. Il coupe la poire en deux et nous invite à regarder l’intérieur : on voit comme des petites gouttes translucides, ce sont les feuilles carpellaires avec deux ovules par feuille. Ce que l’on appelle couramment « les pépins », ce sont les graines. Le fruit naît de l’épaississement de l’ovaire formé par l’ensemble des carpelles, ici pour la poire on dénombre 5 carpelles. Les poires sauvages font partie de la famille des rosacées.

Yves cueille une petite branche fleurie. Il y a beaucoup d’étamines sur la fleur. On découvre que chaque partie verte correspond à une feuille carpellaire. Nous avons affaire à une ronce, rubusla mûre. La partie dure de la mûre est attachée au carpelle. Chaque petit carpelle va grossir et donner un petit fruit qui va se coller à son voisin, et on mangera la mûre avec dans chaque petit fruit globuleux les graines. Le fruit est plus appétant que la graine qui sera ingérée par un oiseau et prédigérée puis rejetée dans ses excréments. La ronce fait aussi partie de la famille des rosacées. Dans cette promenade, nous sommes dans une démarche de vulgarisation qui consiste à simplifier des phénomènes plus complexes.

On se déplace un peu pour changer de registre avec une plante moins flashie qui appartient à la famille des céréales –les poacées ex. graminées-. Ces plantes ont des fleurs. Les fleurs ont du pollen. En les agitant on disperse le pollen. Yves fait un dessin. Les étamines sont à l’extérieur. Le vent est le pollinisateur. Pas besoin d’insecte. On distingue « le style » au sommet puis les stigmates. La fleur est simple. On ne la verra pas. Yves nous montre la partie qui constitue ce que l’on appelle le « son » de la folle avoine.

De la fleur à l’inflorescence : la plante met en place des fleurs sur une même tige, l’ensemble des fleurs s’appelle une inflorescence, sur la tige du bas vers le haut on passe des fleurs les plus anciennes aux plus jeunes, c’est une inflorescence appelé « grappe ». Quand toutes les fleurs partent d’un même point et sont à la même hauteur, l’inflorescence s’appelle une ombelle, c’est typique de la famille de la carotte (les ombellifères). La marguerite(ici une artémise) est une inflorescence « contractée », elle mime une fleur ! En l’ouvrant en deux, on découvre plein de petites fleurs. Dans chaque minuscule fleur, les pétales sont soudés. Les fleurs périphériques sont les plus anciennes et ont des pétales de grande taille et soudées en une lame blanche qui forme la couronne blanche de la marguerite. Sur cette fleur, les étamines qui supportent le pollen sont collées entre elles. Après la pollinisation, il y a la formation d’un petit fruit qui ne s’ouvre pas et qui est disséminé par le vent. Dans cette « marguerite », on distingue donc les fleurs en tube au centre et les fleurs avec la grande corolle blanche sur la périphérie. 

On poursuit la balade pour s’arrêter devant un parterre de fleurs violettes qui comptent 5 pétales et qui appartiennent à la famille des mauves. Elles ont deux petites pièces supplémentaires en dessous du calice. Les étamines sont soudées en un tube, on distingue aisément les gros grains de pollen blanc. Quand les étamines sont flétries, on voit le style qui est allongé avec ses 5 stigmates en étoile.

En longeant une petite vigne, Yves cueille une petite grappe qui est une inflorescence complexe. Chaque grain provient d’une fleur,  on retrouve les traces de la fleur avec la présence des étamines au-dessous de chacun des petits fruits en formation.

Au tour de la fleur de la carottede passer à la loupe, composée d’un ensemble d’ombelles simples regroupées elle-même en une ombelle. Elle sent bon. Elle est proche de la fleur de la cigüe. 

La scabieusevioletterappelle la marguerite avec une inflorescence contractée mais elle est différente : elle n’a pas de fleurs tubulaires, les étamines non soudées sont bleues. Elle produit de jolis fruits verts.

Sur le chemin ombragé, rencontre avec un églantier blanc. La fleur est composée de 5 pétales, 5 sépales et beaucoup d’étamines. Les pétales légèrement rosés et odorants en font une fleur attractive. Chez les rosacées il y a trois manières de passer de la fleur au fruit :

  • Les carpelles sont fermés : poire, pomme
  • Les carpelles indépendants se développent au-dessus : la ronce, la fraise
  • Les carpelles sont libres mais cachés : églantier (ce fruit s’appelle un cynorhodon ou plus prosaïquement un « gratte-cul »).

Dans une même famille comme les rosacées, il peut ainsi y avoir de grandes différences au niveau des fleurs puis par conséquence au niveau des fruits, même si toutes comportent 5 sépales et 5 pétales.

A la fin de la balade retour à la fève avec la gousse produite par l’arbre de Judée. Il s’agit du même type de fruit que la fève du début de la promenade, le fruit s’appelle une gousse, il est typique de la famille des  légumineuses.

Après plus de deux heures et demie de promenade au contact d’une nature souriante les apprentis botanistes vont s’efforcer de regarder autrement et plus attentivement les petites fleurs qui ornent chemins et champs de nos campagnes.

Merci à Yves pour ses explications fleuries et son coup de crayon magistral comme on peut le voir en illustration de ce compte-rendu.


Régine Paris
avec la relecture d’Yves Caraglio


Rendez-vous le samedi 15 juin à 20h30 pour une mini-conférence.
Yves Caraglio reprendra et approfondira le processus du passage de la fleur au fruit, salle Edmond Carrère (au-dessus de la bibliothèque) à Restinclières.

Sortie ornithologique

Samedi 11 mai 2019

La plaine agricole de Beaulieu

Les oiseaux de la plaine de Beaulieu ont eu un franc succès samedi 11 mai avec quelques 35 adultes et 7 enfants qui se sont retrouvé à 7h30 à l’ancienne station de levage pour une promenade silencieuse.  Un départ matinal ne les a pas découragés. Equipés de six longues-vues et de jumelles, sous la conduite de Karline Martorell, ornithologue, et d’Yves Caraglio, botaniste et bénévole de l’association ARBRE, grands et petits marcheurs ont tendu l’oreille –les deux quand c’était possible- pour tenter de reconnaître nos amis chanteurs. C’est le Rossignol philomèleque l’on reconnait d’emblée même s’il refuse de se montrer. Il nous accompagnera tout au long de cette balade.

La plaine héberge 6 à 8 outardes canepetières. En tant qu’espèce menacée elles font l’objet d’un programme de conservation au niveau national. Chemin faisant Yves réussira à en photographier une avec une proie dans le bec. Nous en verrons trois en vol, une femelle et deux mâles. Difficile dans ces conditions de les observer à la lunette. Pour effectuer tout son cycle biologique, cette espèce a besoin d’une mosaïque de milieux agricoles alternant friche ou pâtures, luzerne et colza.

Karline nous signale deux coucous geais, cet oiseau bien connu pour pondre dans le nid des autres et notamment dans les nids de Pie bavarde tout en abandonnant leur progéniture… Puis c’est le chant de l’Hypolaïs polyglotte qui se montrera un peu plus tard et qui nous accompagnera pour le reste de la balade.

Hypolais-polyglotte (©Yves Caraglio)

Karline nous indique que 80% des oiseaux sont identifiés à leur chant faute de pouvoir les voir de près. Aussi elle n’hésitera pas à nous les montrer sur le guide ornithologique qui ne la quitte pas.

Si on a l’oreille un peu exercée on peut reconnaître le chant de la Caille des blés qui se cache bien dans les champs.
Des pigeons ramiers sauvages passent dans le ciel. On peut en voir un à la lunette.

Tentative de Karline de nous faire entendre sur son mobile le chant du Loriot d’Europe en espérant qu’un vrai lui répondra. Présence aussi d’un mâle de Pie-grièche écorcheur, en halte migratoire, observée dans une vigne. Cet oiseau est connu pour empaler ses proies sur des buissons épineux, d’où son nom d’écorcheur.Bien haut dans le ciel passage d’un Faucon crécerelle, le plus commun des faucons, qui vit dans les vieilles bâtisses. Puis c’est au tour d’une Buse variable en vol qu’Yves arrive à photographier. Son envergure peut atteindre 1,10 m à 1,30 m.

Buse variable (©Yves Caraglio)

A la lunette nous pouvons voir le Bruant proyer qui possède une petite dent au niveau de la mandibule supérieure, bien visible lorsqu’il chante. Ce Bruant est fréquent en milieu agricole.

On entend aussi les martinets noirs et on distingue un Héron garde-bœufs au plumage nuptial en vol. Nous avons également pu entendre une Locustelle tachetée, chantant dans les fourrés. Celle-ci n’est présente qu’en halte migratoire et repartira très certainement dans les prochains jours.  

Héron-garde-boeuf (©Yves Caraglio)

Présent aussi dans la plaine le Circaète Jean-le-blanc, de couleur claire avec une tête marron. C’est un rapace et son régime alimentaire est principalement constitué reptiles et plus particulièrement de serpents.

Circaète-Jean-le-Blanc (©Yves Caraglio)

A la fin de cette promenade printanière d’un peu plus de deux heures, Karline nous montre quelques jolies plumes ramassées au sol comme celles très colorées du Loriot d’Europe ou du Rollier d’Europe.

Compte tenu du succès de cette sortie, deux balades seront programmées la prochaine fois.

Merci à Karline pour toutes les informations fournies. Il ne nous reste qu’à tendre l’oreille et à ouvrir grands les yeux. C’est pas gagné mais on peut toujours essayer.


Régine Paris
Relue par Karline Martorell et Yves Caraglio