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Regards Croisés 2026

Samedi 11 avril 2026
Salle du foyer BEAULIEU 34160

« Habiter au village – Le point de vue des Enfants »

Présentation des intervenants :

Adélaïde BOËLLE, architecte-urbaniste

Adélaïde est architecte-urbaniste, enseignante à l’école d’architecture de Toulouse, et dirigeante de l’agence In Vivo basée à Toulouse spécialisée dans la participation citoyenne et la conception d’espaces avec les habitants — enfants comme adultes. Elle a réalisé sa thèse de doctorat sur la place des enfants dans l’espace public.

Vincent Porcher, ethno-écologue

Vincent Porcher est chercheur, à la fois anthropologue et botaniste-écologue. Il pratique l’ethnoécologie et l’ethnobotanique : l’étude des interactions entre les humains et les plantes (ou l’environnement en général) à travers les cultures du monde entier. Il a lui aussi réalisé sa thèse de doctorat sur la perception des enfants, mais du côté de la nature et des plantes.

Participations :

Elus représentants de communes

Commune de Beaulieu :

  • Christophe CARRERE : Maire.
  • Rémi Villey : Adjoint « Associations et culture ».
  • Elisabeth Rigail : Adjointe « Urbanisme ».

Commune de Restinclières

  • Geniès BALAZIN : Maire.

Commune de Saint Geniès des Mourgues

  • Odile SIRLIN : Elue en charge du « Cadre de vie ».

Professeures des écoles communales de Beaulieu et de Restinclières.

Ecole communale de  Beaulieu :

  • Maguelone TOLMOS : Classe de CE2-CM1  24 élèves dont 7 CE2.

Ecole communale de Restinclières

  • Mélissa FERARY :  Classe de CM1-CM2 24 élèves dont 8 CM2.

Section 1 — Adélaïde BOËLLE, architecte-urbaniste

Section 1 — Adélaïde BOËLLE, architecte-urbaniste

L’atelier mené dans les classes

En amont de la conférence, Adélaïde et sa collègue Camille Ducros (également architecte) ont consacré une journée et demie dans chacune des deux classes, en partenariat avec les enseignantes Mélissa Ferary (Restinclières) et Maguelone Tolmos (Beaulieu). La méthode s’est déroulée en trois temps :

  • Parcours de découverte — Les enfants ont guidé les intervenantes dans les abords de leur école, munis d’un livret pour réaliser des croquis et repérer sur une carte les lieux problématiques ou positifs. Résultat notable : les perceptions des enfants sont très hétérogènes — une même ruelle peut être effrayante pour certains et familière pour d’autres.
  • Mise en commun et diagnostic collectif — Retour en classe pour confronter les observations individuelles. Des fiches de travail ont permis aux groupes de formuler des constats (« j’ai constaté que… ») puis des propositions d’amélioration avec un premier croquis.
  • Fabrication de maquettes — À partir de vues aériennes préparées, chaque groupe a matérialisé ses idées. Aucune consigne thématique n’était imposée — toutes les idées étaient recevables. Les deux classes se sont finalement retrouvées le 13 mars dernier dans le parc de la Chapelle à Beaulieu pour se présenter mutuellement leurs projets. Des parents et des élus étaient présents à cet échange.

Ce que les maquettes révèlent

Contrairement à l’idée reçue que les enfants ne réclament que des toboggans, les projets ont fait émerger des enjeux d’urbanisme contemporains tout à fait fondés :

  • La sécurité routière et le partage de l’espace (la moitié de la classe de Restinclières a travaillé sur la route de Beaulieu, jugée trop dangereuse à pied) ;
  • L’accès à l’eau potable dans l’espace public ;
  • La végétalisation et la présence de la nature en ville ;
  • Les transports en commun et la relation avec Montpellier (symbolisés par une « station de métro ») ;
  • La mixité intergénérationnelle : les enfants pensent aussi aux adolescents, aux personnes âgées, aux petits.

Pour Adélaïde, les enfants sont ses « habitants préférés » à consulter dans les projets participatifs, car ils « refondent toujours les enjeux essentiels ».

Cadre théorique : la place des enfants dans l’espace public

S’appuyant sur des travaux de sociologues et psychologues depuis les années 1970, Adélaïde identifie trois milieux principaux dans le développement de l’enfant :

  • La famille (milieu protecteur, mais parfois lieu de violence) ;
  • L’école (milieu d’épanouissement et d’apprentissage) ;
  • La ville / l’espace public (troisième milieu, souvent oublié).

Ce troisième milieu est en recul depuis cinquante ans : les enfants sont de moins en moins présents dans l’espace public, ou bien leur présence est strictement codifiée et parquée. Adélaïde illustre ce constat par plusieurs exemples photographiques : aires de jeux grillagées sans ombre, espaces de jeu créés dans les années 1970 sur le front de mer de la Grande-Motte où une sculpture de 1974 porte aujourd’hui le panneau « Jeux interdits et dangereux » !

« L’appropriation de l’espace est l’aspect le plus riche, le plus complet des utilisations possibles de l’environnement. Il s’agit d’un processus formateur de la personnalité par lequel l’enfant s’arme comme sujet. Un lieu n’est pas seulement en avoir un usage reconnu, c’est établir une relation avec lui, l’intégrer dans son vécu, pouvoir y marquer son empreinte et devenir acteur de sa transformation. »

— Marie-Josée Chombart de Lauwe, psychosociologue

Le phénomène « No Kids » et l’infantisme

Adélaïde soulève un phénomène récent et préoccupant : la création d’espaces « sans enfants », notamment le projet de wagons SNCF « calme » excluant les enfants. Elle y voit une discrimination à part entière et recommande la lecture du livre L’Infantisme de Laelia Benoît (philosophe-psychologue), qui, sur le modèle du racisme et du sexisme, nomme et dénonce cette exclusion d’une partie de la société fondée sur l’âge.

Francesco Tonucci et la ville à l’échelle de l’enfant

Adélaïde évoque l’œuvre du psychologue italien Francesco Tonucci (La vie des enfants, 1990) qui, dans sa ville de Fano, a initié une révolution urbaine : concevoir la ville à l’échelle des enfants. Sa thèse : en prenant l’enfant comme paramètre de conception (notamment en permettant aux enfants d’aller à l’école à pied en sécurité), on améliore automatiquement la ville pour toutes les catégories vulnérables — femmes, familles, personnes âgées, personnes à mobilité réduite. Tonucci est aussi l’inventeur des conseils municipaux d’enfants.

Des signaux d’espoir

Depuis cinq à six ans, un mouvement de fond se développe en France autour de la place des enfants dans l’espace :

  • Aires de jeux non-clôturées, conçues pour le parcours, la prise de risque et le jeu libre ;
  • Terrains d’aventure (nés dans les années 70) où les enfants construisent, bricolent, sont acteurs de leur espace — les adultes y sont interdits (!) ;
  • Cours Oasis : végétalisation des cours d’école bétonnées, pour favoriser la biodiversité et le rapport à la nature ;
  • Rues scolaires : piétonnisation temporaire aux abords des écoles (10 minutes le matin, 10 minutes le soir), testée dans de nombreuses communes.

Adélaïde conclut sur une contradiction contemporaine : d’un côté on exclut de plus en plus les enfants des espaces publics, de l’autre on développe des dispositifs pour mieux les y inclure. La question reste entière : comment trouver un équilibre pour faire plus de place aux enfants dans nos villes et villages ?

Section 2 — Écoliers des écoles de Beaulieu et Restinclières

Contexte

Les deux classes ont participé à un atelier de conception participative avec Adélaïde et sa collègue Camille. Ils ont réalisé des maquettes à partir de vues aériennes de leur environnement scolaire, puis présenté leurs projets oralement devant le public de la conférence — exercice bien plus intimidant, selon Adélaïde, qu’un colloque universitaire.

Projets de l’école de Beaulieu

Le parking : recouvert de pavés, végétalisé (buissons, arbres), avec des barrières séparant les zones et des passages sécurisés vers le parc — pour que les enfants puissent s’y retrouver sans danger.

  • Le city : ajout de barrières latérales pour éviter que le ballon sorte, et de cages plus grandes pour faciliter le jeu.
  • L’épicerie / mini Intermarché : accès à de l’eau gratuite, étagères avec des jeux pour enfants à l’intérieur, végétalisation du toit — « parce que ce n’est pas que pour les adultes ».
  • Le stade : cages de foot ajoutées (pour jouer autrement qu’au rugby), gradins pour s’asseoir, bancs ombragés, murets de repos pour les joueurs en été, mur d’escalade pour les plus grands.
  • La salle d’arcade : remplacement d’une crèche redondante (déjà présente en plus grand ailleurs dans le village) par une salle d’arcade à deux étages pour les enfants plus grands.

Projets de l’école de Restinclières

  • La sécurité routière : sujet mobilisant la moitié de la classe — trottoirs élargis, piétonnisation partielle de la route de Beaulieu, fresque au sol pour signaler la présence d’enfants et inciter les conducteurs à ralentir, caméras de surveillance.
  • Le CDI : création d’une bibliothèque-centre de documentation à l’intérieur de l’école, accompagnée de panneaux solaires sur le toit et d’un parc avec toboggan dans une zone jugée « effrayante ».
  • La ruelle des danses : végétalisation du sol (plein de trous), statues colorées pour embellir l’espace.
  • La piscine municipale et salle de sport : ajout d’équipements collectifs à proximité du stade.
  • La station de métro : demande symbolique de transports en commun vers Montpellier, interprétée par Adélaïde comme une vraie question d’accessibilité territoriale.

Note : la classe de Restinclières avait respecté l’échelle (sous la houlette exigeante d’Adélaïde), tandis que celle de Beaulieu s’était affranchie de cette contrainte avec Camille — ce qui avait provoqué une jalousie amusante entre les deux classes lors de la restitution commune.

Section 3 — Vincent Porcher, ethno-écologue

Présentation de l’intervenant

Vincent Porcher est chercheur, à la fois anthropologue et botaniste-écologue. Il pratique l’ethnoécologie et l’ethnobotanique : l’étude des interactions entre les humains et les plantes (ou l’environnement en général) à travers les cultures du monde entier. Il a lui aussi réalisé sa thèse de doctorat sur la perception des enfants, mais du côté de la nature et des plantes.

Les ethnosciences : une épistémologie du regard

Vincent ouvre sa présentation par une citation provocatrice d’André-Georges Haudricourt :

« La botanique, c’est l’ethnobotanique des botanistes. »

Ce retournement apparent dit quelque chose d’essentiel : ce qu’on appelle « la science » des plantes n’est pas universelle — c’est une manière de décrire le monde qui appartient à un groupe culturel particulier (les botanistes académiques). Il n’est ni supérieur, ni inférieur aux autres systèmes de connaissance : c’est une ethnoscience parmi d’autres.

Cette posture épistémologique — regarder son propre savoir avec le même regard qu’on porterait sur un autre — est au cœur de la démarche de Vincent. Son travail consiste à prendre au sérieux la façon dont d’autres communautés (pêcheurs marseillais, groupes Touaregs, communautés rurales, enfants…) décrivent, nomment, utilisent et valorisent leur environnement naturel.

Les interactions bioculturelles

Le concept d’interactions bioculturelles recouvre trois dimensions :

  • Les usages : comment les humains utilisent et exploitent la biodiversité (alimentation, médecine, construction, rites…) ;

L’organisation du monde : comment ils catégorisent, nomment et comprennent leur environnement (taxonomies locales, langues, croyances) ;

  • Les valeurs et les relations affectives : quelle place émotionnelle, symbolique et spirituelle occupe la nature dans leur vie.

Cette troisième dimension — souvent négligée — est pour Vincent fondamentale. Il souligne d’ailleurs en aparté que lors de la soirée, un élu évoquait un arbre à couper « dans le cadre de la loi », sans que cet arbre ait eu « son mot à dire » — illustration concrète de la manière dont notre culture dominante conçoit la nature comme un objet et non comme un sujet.

La double crise : biodiversité et diversité culturelle

Vincent établit un parallèle fort entre deux crises simultanées :

  • La crise de biodiversité : 250 000 à 300 000 espèces de plantes recensées, dont beaucoup en danger ;
  • La crise de la diversité culturelle et linguistique : plus de 4 000 langues parlées sur Terre, dont 2 600 sont aujourd’hui menacées de disparition — parmi elles, l’occitan, langue du territoire où se tient la conférence.

Ces deux crises sont liées : quand une langue disparaît, c’est tout un système de connaissance de l’environnement qui s’efface avec elle. Les savoirs ethnobotaniques — noms locaux des plantes, usages médicinaux, pratiques agricoles traditionnelles — sont souvent portés par des langues minoritaires et des cultures orales. Leur perte est irréversible.

Les enfants comme passeurs de savoirs

Vincent a travaillé spécifiquement sur la perception des enfants vis-à-vis des plantes et de la nature. Contrairement à l’idée reçue que les détenteurs des savoirs traditionnels sont exclusivement les anciens, il a constaté que les enfants sont souvent des observateurs fins et des acteurs à part entière de la transmission des connaissances naturelles. Leur regard est à la fois neuf et ancré dans le territoire : ils perçoivent des éléments que les adultes ne voient plus, ils nomment les plantes avec des termes issus du dialecte local, ils entretiennent une relation non-médiatisée avec leur environnement immédiat.

La question de l’interlocuteur légitime. Quand Vincent arrive dans une culture qu’il ne connaît pas, la question se pose : à qui s’adresse-t-on pour recueillir les savoirs ? La réponse classique et attendue, c’est les anciens — les personnes âgées, dépositaires de la mémoire longue. Mais Vincent a constaté que cette réponse est incomplète. Les enfants constituent un deuxième interlocuteur essentiel, souvent négligé par les chercheurs, parce qu’ils occupent une position singulière dans la chaîne de transmission : ils sont encore en train d’apprendre, ce qui signifie qu’ils ont accès aux savoirs de leurs aînés — grands-parents, parents, voisins — tout en les reformulant dans leur propre langage. Ils sont à la charnière entre la génération qui sait et celle qui ne saura peut-être plus.

Des connaissances étonnamment précises. Dans ses travaux de terrain, Vincent a recueilli chez des enfants de 7 à 12 ans des connaissances naturalistes d’une précision souvent surprenante — noms vernaculaires de plantes en occitan ou en provençal, propriétés médicinales de plantes communes (le plantain pour les piqûres, le sureau pour les rhumes), pratiques saisonnières (cueillette des mûres, récolte des champignons), reconnaissance des espèces par l’odeur, la texture ou le goût. Ces savoirs leur ont été transmis de manière informelle — lors de balades, de moments en famille, de jeux dans les espaces naturels — sans apprentissage formalisé.

L’enfant comme révélateur de la vitalité d’un savoir. Le niveau de connaissance naturaliste des enfants d’une communauté fonctionne comme un indicateur de la vitalité du savoir environnemental local. Là où les enfants savent encore nommer les plantes, identifier les champignons, raconter les usages de la garrigue, c’est souvent le signe que ce savoir circule encore activement dans les familles et le tissu social. Inversement, là où les enfants ne savent plus rien, le savoir est souvent déjà en voie d’extinction, même si des anciens le détiennent encore à titre individuel.

Lien avec les maquettes. Vincent retrouve cette sensibilité dans les projets des enfants de Beaulieu et Restinclières : végétalisation des parkings, arbres dans les ruelles, fontaines publiques, panneaux solaires, parcs avec végétation — autant de propositions qui trahissent une conscience aiguë de la nature comme élément constitutif du bien-vivre. Ces enfants ne sont pas des experts botanistes, mais ils portent intuitivement la valeur affective et fonctionnelle de la nature dans l’espace habité.

L’amnésie du savoir : de l’enfant à l’adulte

Le paradoxe de la croissance. Vincent soulève un paradoxe déroutant : si les enfants sont d’aussi bons observateurs et dépositaires de savoirs naturalistes, pourquoi ces savoirs disparaissent-ils si souvent à l’âge adulte ? Ses travaux, comme ceux d’autres ethnobotanistes (notamment l’étude de Sandrine Gallois sur les peuples Baka du Cameroun), montrent qu’il existe une rupture nette dans la transmission des savoirs écologiques entre l’enfance et l’âge adulte. L’enfant sait, puis l’adulte oublie — ou plutôt, l’adulte cesse de prêter attention.

Le mécanisme de l’oubli. Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs convergents :

  • La scolarisation et l’urbanisation déplacent progressivement l’attention vers d’autres systèmes de savoirs (académiques, technologiques, professionnels), qui ne font pas de place à la connaissance naturaliste locale ;
  • L’enfant pratique la nature de manière ludique et libre (jeux dehors, exploration, cueillette spontanée) ; l’adulte, lui, a peu d’occasions de maintenir ce lien informel avec son environnement ;
  • La dévalorisation culturelle de ces savoirs (perçus comme « archaïques » ou « paysans ») contribue à ce que les jeunes adultes n’investissent pas dans leur transmission consciente ;
  • Le déménagement, la mobilité géographique et la déconnexion d’un territoire d’origine brisent le fil de la transmission entre générations.

Une amnésie collective. Ce n’est pas qu’un phénomène individuel. C’est une amnésie collective qui touche des générations entières dans les sociétés industrialisées. Des études montrent que les enfants d’aujourd’hui savent nommer beaucoup plus d’espèces de Pokémon que d’espèces d’oiseaux communs ou de plantes sauvages. Cette « extinction of experience » (Robert Pyle) — l’extinction de l’expérience directe de la nature — crée un cercle vicieux : moins on connaît la nature, moins on y est attaché ; moins on y est attaché, moins on la protège.

Le moment critique. Vincent identifie l’adolescence et le début de l’âge adulte comme la période critique de cette rupture. C’est le moment où le jeune quitte progressivement les espaces d’exploration libre de l’enfance (la garrigue, le jardin des grands-parents, le chemin des écoliers) pour entrer dans les espaces normés de l’adulte — la voiture, le bureau, les écrans. Le savoir naturaliste, faute d’être mobilisé, s’efface.

Ce que cela signifie pour les villages. Dans des territoires comme Beaulieu et Restinclières, cette amnésie prend une dimension particulière. Ces villages sont encore entourés de garrigues, de ripisylves, de zones humides, de paysages façonnés par des siècles de pratiques agropastorales. Les anciens connaissent encore les plantes médicinales, les arbres remarquables, les circuits de transhumance, les noms occitans des lieux. Mais si cette connaissance ne trouve pas de passeurs — des enfants curieux, des adultes qui transmettent, des adultes qui réapprennent — elle s’éteindra en une génération.

L’enjeu de la reconquête. C’est là que les approches de Vincent et d’Adélaïde se rejoignent profondément. Rendre la nature accessible dans l’espace public (cours Oasis, végétalisation, parcs), c’est aussi maintenir vivant le contact quotidien des enfants avec le vivant — et donc retarder, voire éviter, cette amnésie. Former les enseignants à l’ethnobotanique locale, sortir dans la garrigue avec les classes, nommer les plantes en français et en occitan : autant de gestes qui ancrent un savoir qui, sans entretien, disparaît.

Convergences entre Adélaïde et Vincent

Vincent souligne la complémentarité de leurs deux approches : là où Adélaïde travaille sur la place physique de l’enfant dans l’espace urbain, lui s’intéresse à la place de la nature dans l’imaginaire et les connaissances de l’enfant. Les deux perspectives convergent vers la même conviction : donner plus de place aux enfants dans l’espace public, c’est aussi leur permettre de renouer avec la nature, d’en devenir des observateurs, des amateurs, des gardiens.

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Patrick Paris avec la relecture attentive d’Yves Caraglio.

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Regards Croisés 2025

Samedi 5 avril à 18 heures 
Salle de l’Esplanade du Pic Saint-Loup – Beaulieu (34160)

Peut-on cohabiter avec la nature ?

Article de presse qui a annoncé l’événement :
https://www.midilibre.fr/2025/04/03/une-conference-regards-croises-sur-la-nature-12612484.php

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Conférence : ARBRES ON THE ROCKS

Origine des espèces végétales et de la biodiversité

Samedi 30 novembre 2024 à 18 heures 
Au domaine COSTE MOYNIER 266 Mas de la Coste 34 400 Saint CHRISTOL – Entre-vignes

Samedi 30 novembre 2024, l’Association Restinclières Beaulieu pour le Respect de l’Environnement organisait une conférence sur le thème « De l’émergence des plantes sur les continents à celle des arbres et des forêts au Paléozoïque » 
Environ 70 personnes étaient présentes originaires de Beaulieu et des communes environnantes.
Jacqueline Taillandier, Présidente d’A.R.B.R.E a rappelé les buts poursuivis par l’association créée en 2011 et reconnue d’intérêt général, notamment l’éducation à l’environnement des enfants des écoles des deux communes.

La Présidente remercie les deux conférencières de la soirée venues présenter un thème issu de leurs travaux de recherche à l’invitation d’Yves Caraglio, botaniste et chercheur au CIRAD, référent scientifique de l’association.

Brigitte Meyer-Berthaud : Paléobotaniste – CNRS, UMR AMAP*
Depuis le début de sa carrière au CNRS, Brigitte Meyer-Berthaud a focalisé ses recherches sur divers aspects de l’évolution des plantes au Paléozoïque, la période pendant laquelle les plantes acquièrent bois, feuilles, racines et graines, et où deux grands groupes de plantes actuelles, les fougères et les gymnospermes, apparaissent et se diversifient.

Anne-Laure Decombeix : Paléobotaniste – CNRS, UMR AMAP*
Chercheuse au CNRS affectée à l’UMR AMAP, elle travaille sur les plantes fossiles du Paléozoïque et du début du Mésozoïque afin de comprendre l’origine et l’évolution de ces groupes de plantes, clés de compréhension des végétaux actuels. Anne-Laure s’attache à reconstruire leur biologie au travers de l’étude des relations entre la systématique et la diversité fonctionnelle, et entre l’évolution des plantes et les bouleversements climatiques du passé.

*UMR AMAP lab : botAnique et Modélisation de l’Architecture des Plantes et des végétations, à Montpellier.
Le programme de recherche d’AMAP recoupe plusieurs grands enjeux sociétaux et environnementaux actuels, tels que relayés par l’IPBES (https://www.ipbes.ne), le GIECC (https://www.ipcc.ch/) et les Objectifs du Développement Durable (https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/)

Les premiers arbres sont enregistrés dans des roches paléozoïques âgées de 385 millions d’années environ. Le syndrome arborescent, depuis son origine jusqu’à l’heure actuelle, combine des éléments de forme (un tronc vertical portant des éléments latéraux tels que feuilles et branches), de dimensions (hauteur, biomasse) et de durée de vie singuliers.

Si on enlève les feuilles qui sont des organes transitoires et qu’on se focalise sur le squelette, on peut considérer deux grands types chez les arbres actuels :

  • L’Arbre Poteau ou « arbre tronc », représenté par les Palmiers et les Fougères arborescentes. Sa structure permanente se résume au tronc. Dans ce type d’arbre, la fonction de conduction hydraulique est assurée par de nombreux faisceaux vasculaires séparés, tandis que le soutien mécanique (rigidité en flexion) est assuré par des fibres ainsi que par la base engainante des feuilles.
  • L’Arbre 3D, représenté par de nombreux arbres tels que chênes, hêtres ou conifère. Sa structure permanente, constituée du tronc et des branches permanentes, est en 3 dimensions dans l’espace. La conduction hydraulique et le soutien mécanique sont assurés par un seul tissu, le bois.
    Diverses combinaisons ont produit divers types d’arbres au Paléozoïque et la diversité des formes arborescentes est importante dès le Dévonien, entre -385 et -360 millions d’années. On documente à cette période :
  • des arbres Poteau chez les Cladoxylopsida que nous nommerons « Clados ». Les spécimens les plus emblématiques sont découverts dans l’état de New York aux USA où ils forment une forêt à Gilboa. Ces arbres n’ont pas de feuilles et peu de bois.
  • des arbres 3D chez Archaeopteris. Ces arbres ressemblent à des conifères actuels. On a récemment retrouvé des paléosols avec leurs systèmes racinaires très étendus à Gilboa où ils formaient des forêts à peu près contemporaines des précédentes. Ces arbres ont des feuilles et beaucoup de bois.
  • des arbres à écorce. Ce troisième type a disparu au cours du Mésozoïque. Il est représenté par les Lycopsida que nous nommerons « Lycos ». Ici, la conduction hydraulique est assurée par un petit cylindre vasculaire au centre du tronc et le soutien mécanique par l’écorce dont le volume est plus important que celui du bois.
  • un quatrième type a été mentionné, mais en fait, il ne s’agit pas de plantes et ils n’ont donc ni bois, ni feuilles. Ce sont des champignons géants représentés par un « tronc » de plus de 8 mètres de long et 1 m de diamètre, les Prototaxites. D’abord imaginés tenant debout, ils ont été interprétés plus récemment comme des formes rampantes.

Le syndrome arborescent résulte de la combinaison de caractères anatomiques et architecturaux qui sont apparus progressivement chez les plantes depuis qu’elles ont colonisé la terre ferme au cours du processus qu’on appelle « la terrestrialisation ». À l’origine, les plantes sont petites et présentent une seule tige dressée de quelques cm de haut et quelques mm de diamètre, terminée par un sac qui contient les spores destinées à la reproduction. La ramification arrive très tôt, vers 445 millions d’années, avec une tige qui se divise en 2 branches égales et dressées. Puis les branches se multiplient, se latéralisent à partir de divisions inégales et se réorientent ; certaines se stérilisent, et forment des systèmes ramifiés latéraux qui, en s’aplatissant, aboutiront à l’évolution de proto-feuilles, puis de feuilles. En même temps, le bois apparaît vers 405 millions d’années, mais dans des axes qui n’excèdent pas quelques mm de diamètre. Quelques soit leurs types, les premiers arbres évoluent des tiges plus hautes, mais selon leur type, ils possèdent ou non des feuilles et du bois.

Dès leur origine, les arbres ont formé des forêts qui ont profondément modifié les paysages et les écosystèmes terrestres, mais également les climats. Les forêts paléozoïques se sont développées sous toutes les latitudes, y compris jusqu’aux pôles lorsque les conditions climatiques le permettaient. Des forêts, dont les fossiles ont été reconnus par les premiers explorateurs de ce continent au début du 20ème siècle, ont ainsi colonisé l’Antarctique dès la fin du Paléozoïque, vers -260 millions d’années.
Les forêts étaient présentes dans les zones tropicales, dans les zones marécageuses, on trouve les Lycos et les Clados, là où l’eau est directement disponible. Un peu plus éloigné de l’eau, on trouve les « progymnospermes » comme Archaeopteris», puis les gymnospermes à partir de la fin du Dévonien.
Au cours du Permien, il y a une période de réchauffement et d’aridification. Les végétaux gagnent des tropiques vers les pôles. Ce sont alors les gymnospermes type conifères, Cycas, et Ginkgo qui forment les forêts, ainsi que d’autres groupes aujourd’hui éteints comme les Glossopteris avec de grandes feuilles en forme de langue (Glosso).

Une feuille fossile de Glossopteris du Permien d’Antarctique

Les Lycos arborescentes disparaissent vers 200 Ma mais leurs restes s’accumulent parfois dans les marécages sans se décomposer : ils donnent naissance aux lignites. Ces lignites (charbon) donnent son nom au Carbonifère, mais tous les charbons n’ont pas été formés au Carbonifère. C’est le cas en Europe, mais dans d’autres régions comme la Chine, il s’est formé du charbon au Permien par exemple.

Une couche de charbon formée par les lycophytes au Carbonifère près de Graissessac (Hérault)

Ensuite, c’est une promenade à travers les âges qui nous est proposée, on traverse le Dévonien, le Carbonifère, le Permien, le Trias en parcourant les modifications de la flore (et peu de la faune).
Il nous restera à découvrir toutes les périodes suivantes qui ont vu l’arrivée et la diversification des plantes à fleurs : les Angiospermes.

La dernière partie de cette conférence a laissé place aux questions et aux échanges fructueux et se sont poursuivis autour d’une dégustation des vins du domaine Coste Moynier.

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Régine Paris avec la relecture attentive d’Yves Caraglio.

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Regards Croisés 2024

Samedi 27 avril à 18 heures 
Salle de l’Esplanade du Pic Saint-Loup – Beaulieu (34160)

Jardiner avec peu d’eau, un défi nécessaire ?

Samedi 27 avril, l’Association Restinclières Beaulieu pour le Respect de l’Environnement organisait sa 12e édition de « Regards croisés ».
Environ 90 personnes étaient présentes originaires de Beaulieu et des communes environnantes.
Jacqueline Taillandier, présidente d’A.R.B.R.E a rappelé les buts poursuivis par l’association créée en 2011 et reconnue d’intérêt général, notamment l’éducation à l’environnement des enfants des écoles des deux communes.

Elle présente les deux intervenants hautement qualifiés de la soirée venus traiter  du thème « Jardiner avec peu d’eau, un défi nécessaire ? » à l’invitation d’Yves Caraglio, botaniste et chercheur au CIRAD , référent scientifique de l’association.

Véronique Mure, Botaniste et Ingénieur agronome, en charge des aménagements extérieurs du site du Pont du Gard de 1998 à 2002 et du Jardin des migrations à Marseille, propose de modifier notre regard du jardin méditerranéen en respectant les cycles des plantes. Ses trois maîtres mots sont « Capter, Conduire, Stocker » l’eau que ce soit pour la collectivité à l’échelle d’un territoire ou pour l’individu à l’échelle de son jardin. Elle n’hésite pas à remonter le temps pour citer des exemples fameux d’alimentation en eau de territoires comme la ville de Nîmes avec le Pont du Gard, la région de la Crau avec le canal de Craponne ou les palmeraies au Maroc.

Opposée aux techniques d’arrosage automatique qui éloignent du végétal, elle préconise un arrosage « juste » qui tient compte des besoins de chaque plante. L’essentiel est de tirer les racines vers le bas pour permettre à la plante d’être autonome et de pouvoir gérer les périodes de sécheresse. Pour cela elle propose de planter « petit », d’arroser manuellement, de mettre les plantes à l’abri des morsures du soleil et du vent et d’utiliser le paillage.

En conclusion, elle suggère de lier le jardin à son environnement.

Marc Dufumier, Agronome, professeur honoraire à AgroParisTech et Président de la Fondation René Dumont témoigne de sa longue expérience d’agroécologue dans plusieurs régions du monde. Pour lui, il convient de mettre en œuvre les techniques permettant de nourrir correctement et durablement une population mondiale de plus en plus nombreuse tout en assurant un revenu décent aux agriculteurs de manière à enrayer l’exode rural et sans préjudice pour le cadre de vie.

Dans un contexte de dérèglement climatique, de mondialisation croissante des échanges agricoles, du poids des oligopoles, de l’extension des villes et de la raréfaction des ressources naturelles non renouvelables, il convient de mettre fin aux errements du passé. C’est l’objet de l’agro-écologie.

Pour cela il préconise la mise en place d’une couverture végétale maximale, l’utilisation des rayons solaires -une énergie gratuite et renouvelable-, alliée à celle du gaz carbonique, l’association des cultures qui permet plusieurs récoltes, le stockage de l’eau dans le sol en supprimant les ruissellements. Il est favorable à la réimplantation de la culture des légumineuses en France, à l’association étroite de l’agriculture et de l’élevage et au développement des circuits courts. Du côté de l’eau il suggère d’utiliser au mieux les pluies saisonnières. Il faut retenir dans les nombreuses démonstrations issues des expériences vécues et étudiées par Marc Dufumier que l’avenir réside dans la préservation de la vie des sols. 

Les deux intervenants se sont entendus que pour cultiver avec peu d’eau il faut arroser juste, utiliser au maximum les ressources naturelles du soleil et de la pluie pour respecter les stratégies des plantes.

Avec un public très nombreux, les échanges ont été fructueux et se sont poursuivis autour d’un repas partagé. Les deux conférenciers ont volontiers dédicacé quelques uns de leurs ouvrages disponibles à la vente.

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Régine Paris avec la relecture attentive d’Yves Caraglio.

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Regards Croisés 2023

Samedi 15 avril à 18 heures 
Salle de l’Esplanade du Pic Saint-Loup – Beaulieu (34160)

Vous avez dit Nature ?

Les écosystèmes – Science et Philosophie

La 11e édition des Regards croisés de l’association A.R.B.R.E a réuni une soixante de personnes dans la salle de l’esplanade du Pic Saint-Loup à Beaulieu autour d’un thème qui est la continuation de ce qui avait été abordé l’an dernier : L’humanité face au déclin de la biodiversité.

Deux conférenciers, un philosophe, Pierre Plumerey, et un scientifique, Fabien Anthelme, ont abordé chacun dans leur discipline une approche de la Nature et des écosystèmes. Le public a pu ensuite prendre la parole pour des échanges directs avec les intervenants.

La soirée a débuté avec la présentation par deux élèves du cours préparatoire d’Isabelle Vaxelaire de l’école primaire de Beaulieu des travaux réalisés dans le cadre scolaire qui font suite à trois jours de sorties nature. Les deux fillettes sont assistées par Catherine Fels, en charge des relations avec les écoles, et par Yves Caraglio, le référent scientifique d’A.R.B.R.E.

Chaque fillette prend la parole pour présenter des dessins d’arbustes, de feuilles, de troncs et de racines. Les arbres peuvent avoir différentes formes en fonction de leur tronc, des branches, des feuilles et des écorces. Les troncs peuvent êtres courts et s’arrêter là où commencent les branches ou être très allongés et avoir des branches tout le long.

Lors de la deuxième sortie, les élèves ont pu observer différentes feuilles palmées, découpées, dentées, sous la forme d’aiguilles et distinguer les arbres à feuilles caduques qui perdent leurs feuilles en automne et en hiver, des arbres à feuilles persistantes qui conservent leurs feuilles.

Après cette introduction rafraîchissante, Pierre Plumerey prend la parole pour s’interroger sur le concept de « Nature ». La question posée indique pour le moins que l’idée de « nature » ne va plus de soi. Certains parlent même de « mort de la nature ». Cela peut se dire en trois sens : – les plus catastrophistes disent que la nature est en train de mourir tant elle subit les assauts destructeurs de notre société productiviste et consumériste. – notre monde est totalement artificialisé. Il n’y a plus rien de naturel. – la vieille idée de nature a fait son temps. Le concept est vide. D’autres concepts plus pertinents sont nécessaires comme ceux d’écologie, d’environnement, de développement durable. Tout le monde semble encore s’accorder pour dire que l’écologie s’occupe de la nature, sauf peut-être les écologues qui étudient des écosystèmes plutôt que la nature. Alors faut-il et peut-on encore recourir à cette notion ou idée ou concept ? 

1 – La nature est-elle morte ?

1.1. Qu’entendons-nous par « nature » ?

1 – Pourquoi aimons-nous nous promener dans la nature ? 

  • Le mot nature vient de « nasci » en latin et signifie « naître ».Il désigne donc un état originel, premier, qui n’a pas été touché et qui est resté tel qu’il est apparu. Se promener dans la nature c’est avoir l’impression de retrouver cet état. Cela permet de se ressourcer, renaître. D’où aussi l’idée de préserver, protéger cette nature.
  • Mais n’est-ce pas une illusion ? Qu’y a-t-il encore de naturel ? Voir aussi l’ambiguïté de l’idée de réserves naturelles. Se référer au concept de « wilderness ».

2 – « Ça pousse tout seul »

La nature est définie comme un principe de mouvement et de repos autonome. Le mot contient alors le sens du mot grec « phusis » et contient l’idée de croissance, de production, d’épanouissement, d’éclosion. La nature n’a pas besoin d’une intervention extérieure. Elle peut ainsi apparaître comme principe de vie. Deux idées apparaissent ici : – la nature est autonome – l’idée d’une inépuisable prodigalité. La nature est ressource. 

3 – « La nature est bien faite » ; « la nature fait bien les choses »

Elle désigne l’ensemble de ce qui est (parfois synonyme de cosmos, univers, monde), ou la somme des êtres qui présentent un ordre et sont soumis à des lois. (Pythagore, Galilée…).

La modernité depuis le 16e siècle a un double héritage :

  • La conception d’une nature ordonnée, la place privilégiée de l’homme dans l’ordre de la création.
  • L’homme n’est pas un être comme les autres ; il a une origine surnaturelle dont il « tire le droit et la mission d’administrer la terre » (Descola,p.129) .

4 – « C’est dans ta nature »
La nature humaine. Le mot sert à défini ce qu’est un être.
L’homme défini comme être de raison et libre. 
1.2. Tous ces éléments conduisent à définir ce que Descola résume dans le mot « naturalisme ». La nature est donc définie comme une réalité séparée dont l’homme dispose à son gré jusqu’à « se rende comme maitre et possesseur » (Descartes) Descola demande d’arrêter de voir les choses selon notre modèle mettant la culture et la société d’un côté et la nature et l’environnement de l’autre, « le point important, c’est l’idée d’une interdépendance ente nature et culture, entre humains et non-humains. »

1.3. Que valent encore les grandes distinctions par lesquelles nous nous distinguons de la nature ? – nature/culture – nature/technique, naturel/artificiel – nature/société – nature/histoire – nature humaine/ non-humain. Critique de M. Merleau-Ponty : « tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme ». Exemple l’expression de la colère par un japonais. Critique de Bruno Latour : tout est « nature/culture ». Ex. le climat qui comportent bien des explications physiques dites naturelles mais est aussi lié à l’activité humaine.

1.4. On peut continuer à parler de nature « en y voyant un ensemble de relations dans lesquels les hommes sont inclus, un enchevêtrement de processus ». ( Dans Penser et agir avec la nature, Catherine et Raphaël Larrère, p.11)

2 – L’écologie a-t-elle effacé la nature ? 

2.1. Que recouvre le mot « écologie » ?

  • Il y a l’écologie des écologues. Elle est alors une science.
  • Il y a l’écologie des défenseurs de la nature. (cf définition partie 1)
  • Il y a l’écologie des défenseurs de l’environnement avec des concepts d’aménagement, de gestion. En 1971, création d’un ministère de la nature et de l’environnement. Le mot nature disparaît très vite pour laisser place à l’environnement associée souvent à l’équipement. A partir de 2002, la question environnementale disparaît des attributions ministérielles au profit du concept de « développement durable ».
  • Il y a l’écologie concrète qui désigne une manière de vivre et de consommer. Elle se développe dans des mouvements d’expérimentation sociale.
  • Il y a l’écologie politique. Création de partis écologistes mais aussi de nombreux mouvements d’action comme le mouvement antinucléaire ou, aujourd’hui, les soulèvements de la terre.

2.2. Est-ce de la nature que s’occupe l’écologie scientifique ?
Qu’est-ce que l’écologie comme science ? En 1866, Ernest Haekel (1834-1919) : « la science des relations des organismes avec le monde environnant, auquel nous pouvons rattacher toutes les conditions d’existence au sens large. »
Les concepts de milieu, de vivant, de systèmes de relations sont des concepts de base de l’écologie. Importance centrale du concept d’écosystème. 
L’écologie correspond à un nouveau paradigme i.e. un nouveau cadre, modèle d’explication et de connaissance du réel. 
Edgar Morin le caractérise par le concept de « complexité ». 

Conclusion : Ce n’est donc pas « la nature » qu’étudie l’écologie, cette notion ou idée est bien trop générale et ne manque pas d’ambiguïtés. D’ailleurs, l’expression « produits bio » se substitue peu à peu à celle de « produits naturels ». 

2.3. L’écologie environnementale.
L’objectif est de définir un cadre de vie, un monde habitable et vivable.
On peut relever ici deux problèmes :

  • Le mot environnement reste anthropocentrique ; l’homme au centre et face à ce qui l’entoure ;
  • Cet environnement est à aménager pour répondre aux exigences humaines. Dans ce contexte apparaît un nouveau concept qui s’impose : le développement durable. Continuez à développer des politiques de croissance, de production et de consommation mais avec une meilleure connaissance des écosystèmes pour en assurer la permanence.

Conclusion 
L’écologie de l’environnement, dans un contexte politico-économique de développement durable, reconduit les rapports que les hommes entretenaient avec la nature même si ce mot s’éclipse de plus en plus. Il y a ainsi deux attitudes qui ne sont que les deux faces d’une même réalité : 

  • Il y a un rapport de domination et de maîtrise. Tout s’ordonne autour de l’homme et ses exigences spécifiques. L’homme face à son environnement.
  • Il y a un rapport de protection et de préservation. De maitre et possesseur de la nature nous sommes devenus maître et protecteur c’est-à-dire gestionnaire.

Ces deux attitudes ne sont pas antinomiques. Il peut s’agir de protéger et de préserver pour mieux exploiter avec une confiance totale dans la puissance techno-scientifique. 
Mais la crise climatique ne révèle-t-elle pas les impasses d’une telle attitude ? De nouveaux concepts émergent aujourd’hui.

3 – Où pouvons-nous atterrir ? 

3.1. L’anthropocène. – Ce concept répond à la question :
Quel est l’impact de l’activité humaine sur son environnement au sens large à l’échelle de la planète terre. Le terme a pris le sens actuel avec Paul Joseph Crutzen (1933-2021) ; il désigne l’entrée dans une nouvelle ère géologique dans laquelle l’activité humaine modifie l’environnement à l’échelle planétaire et met en danger la stabilité actuelle du « système terre ».

3.2. L’ère de l’anthropocène définit une nouvelle condition terrestre et nous pose 4 questions

  • Avons-nous les moyens, les connaissances pour évaluer les risques ? Comment faire face aux incertitudes nouvelles ? Si la techno-science exerce une maîtrise, parvient-elle à maîtriser sa maîtrise ? Nous flottons dans l’incertitude sur ce que nous pouvons et sur ce qui advient. Les risques pris sont à quels prix ? Suffit-il d’inscrire un principe de précaution dans la constitution (en 2005) ?
  • N’avons-nous pas à répondre de ce qui nous arrive ? Comment appliquer le principe de responsabilité formulé par le philosophe Hans Jonas (19031993) : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre. »
  • Comment éviter les « tyrannies bienveillantes » ?
  • Que pouvons-nous faire ?
    – Continuez à faire ce que nous faisons mais dans une perspective de développement durable. Quel sens donner au nouveau concept de « transition écologique » ?
    – Fuir. Dénier la réalité des problèmes. Créer de nouvelles communautés humaines sur une autre planète ? Fabriquer une nouvelle espèce « d’être humain » qui s’adapte aux nouvelles conditions ?
    – Atterrir sur terre et vivre en terrestre. Voir Bruno Latour (1947-2022) Nous avons encore le temps, malgré l’urgence, de devenir des terrestres.

3.3. Qu’est-ce que vivre en terrestre ?
Nous ne sommes ni « dans », ni « devant », ni « sur », ni « face » à la terre, la nature, le monde. Toutes ces prépositions contiennent l’idée d’un humain séparé, éloigné de ce qui n’est pas humain, la terre, les autres êtres vivants, alors qu’il appartient à la terre, à la nature, au monde qu’il habite. Les organismes font leur environnement. Et en faisant leur environnement ils se font eux-mêmes. Cf. l’exemple des termites et leur termitière. Nous sommes la terre (B. Latour), nous sommes la nature (B. Morizot), nous sommes le monde (Jean-Luc Nancy).

Conclusion avec Baptiste Morizot
« Nous héritons d’une manière de voir le monde (l’ontologie naturaliste) qui établit une distinction entre d’un côté, le monde humain et politique, et de l’autre, la nature, vue comme un ensemble inerte qui ne serait régi que par des rapports de force. Cette séparation bute désormais sur un problème : les sciences ont montré que le monde vivant est complexe et régi par une infinité de types de relations. 

C’est tout l’espace des relations possibles entre nous et les autres vivants, le continent englouti qui sépare le monde moderne de la politique et celui de la « nature ». Son émergence repose sur un fait simple : nous avons besoin de l’action des autres vivants car ils façonnent l’habitabilité des milieux pour la vie. Nous en dépendons. La beauté du monde vivant, c’est que tout le monde vit glissé dans la vie des autres, et on ne sait jamais dans la vie de qui nous sommes glissés. Il y a donc là une possibilité politique passionnante : on ne peut pas choisir qui joue un rôle dans la chaîne des interdépendances, il faut composer des alliances avec tout le monde vivant. Libération 13 avril 2023. 

Le deuxième intervenant va compléter cette première conférence par un point de vue scientifique.                               Fabien Anthelme est écologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Montpellier. Son intervention combine des notions générales d’écologie – à travers des figures majeures de cette discipline – et des exemples en partie tirés de son expérience de chercheur dans les Andes tropicales. Il centre son propos sur les interactions entre espèces végétales et animales avec leur environnement comme fondement d’un monde vivant en interactions.

1 – Introduction par l’exemple

Le Puya de Raimondi est une plante de la famille de l’ananas (Broméliacées). Parmi ses particularités, elles se développe sur l’altiplano andin, à plus de 4000 m d’altitude. Malgré le froid, elle pousse pendant plusieurs décennies puis forme, une seule fois dans sa vie, des inflorescences géantes pouvant atteindre plus de 10 mètres, avant de mourir. Ces inflorescences sont visitées par un colibri géant.  Les activités humaines font que cette espèce est aujourd’hui en danger d’extinction.

C’est une espèce en danger d’extinction. L’homme fait-il partie de cet écosystème, de cette nature ?

2 – Alexander von Humboldt et la naissance de l’écologie

Lors de son voyage en Amérique latine au début du XVIIIème siècle, Humboldt visite des écosystèmes tropicaux riches en biodiversité et variés. En escaladant un volcan qui culmine à plus de 6000 m, le Chimborazo alors considéré comme le plus haut sommet de la planète, il observe le paysage qui s’offre à lui. Il réalise que les différents étages de végétation qui se succèdent à différentes altitudes sont liés aux variations du climat. Par exemple, les forêts de nuages sont remplacées à plus haute altitude par les forêts andines, qui laissent place à une végétation alpine localement appelée « paramo ». Il voit la nature comme un tout, ou le vivant et le non-vivant interagissent.  C’est une introduction à l’écologie, une vision globale ou « holiste ».

3 – Frederic Clements et les communautés végétales (1916)

En 1916, soit plus de 100 ans après le voyage de Humboldt, Frédéric Clements observe au Nebraska  des étage des végétation dans une région encore peu modelée par l’homme. Il décrit pour la première fois le concept de communauté végétale, soit des groupes d’espèces qui coexistent et interagissent pour créer de nouvelles conditions qui mènent à l’installation d’une autre communauté végétale. Le concept de succession végétale de Clements se base sur le fait que les plantes d’espèces différentes peuvent avoir des interactions positives entre elles : il s’agit de facilitation entre plantes, l’inversée de la compétition. Le concept de facilitation a été formalisé beaucoup plus tard, à la fin du vingtième siècle, notamment par Ragan Callaway qui montre que la facilitation est un moteur de la dynamique des écosystèmes. Parmi les exemples de plantes facilitatrices on trouve notamment les plantes en forme de coussin dans les régions alpines de haute altitude, puisqu’elles améliorent le micro-environnement pour l’installation d’autres plantes (températures plus élevées, plus de nutriments, plus d’humidité)

4Arthur Tansley et la définition d’écosystèmes (1935)

En se basant sur les travaux de Clements, il inclue les animaux dans le système : toutes les composantes de l’écosystème sont maintenant présentes (végétaux, animaux, autres organismes vivants, environnement physique). Tansley développe une idée novatrice à l’époque :  les écosystèmes sont non seulement le résultat de la succession végétale mais ils sont aussi régis par des évènements perturbants extérieurs (feux, crues, tempêtes, etc.).

Ces dix dernières années, beaucoup d’études ont montré qu’un écosystème stable peut se transformer à la suite de perturbations créées par l’homme :  il s’agit d’effets des changements globaux sur les écosystèmes. Parfois ces perturbations ont des effets irréversibles, on parle alors de transition catastrophique comme la dégradation des écosystèmes semi-arides surpâturées en Espagne. On ne revient pas à l’état ancien. Toutefois, les perturbations ont parfois des effets positifs sur la biodiversité. Par exemple, les feux en plaines africaines produisent des écosystèmes alternatifs fonctionnels et riches en biodiversité : c’est le cas de la savane. Des écosystèmes ont été façonnés par les dinosaures il y a plus de 65 millions d’années. Lorsque les dinosaures ont disparu, les gros fruits qu’ils mangeaient ont persisté.

Arthur Tansley considérait que l’homme fait partie de la nature.

Conclusion

On peut noter des interactions entre le philosophe et le scientifique. La philosophie se nourrit aussi de ce qui n’est pas d’elle.

Aujourd’hui on observe un dérèglement climatique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Faut-il continuer à faire la distinction Nature/Culture ? Comment parler du climat ? On peut répondre par le concept de complexité.

Après quelques questions du public les échanges se poursuivent dans le cadre convivial du repas partagé avec ce chacun.e a apporté. La formule rencontre un certain succès qui permettra de la renouveler l’an prochain autour d’un nouveau thème.

La présidente de l’association A.R.B.R.E remercie les deux fillettes du cours préparatoire de l’école primaire de Beaulieu et les deux intervenants qui ont su capter l’attention d’un public curieux de mieux appréhender le concept de Nature.

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Régine Paris avec la relecture attentive des deux intervenants.

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Regards croisés 2023

11e édition – Samedi 15 avril

Vous avez dit Nature ?

Pour sa 11e édition de Regards Croisés l’A.R.B.R.E (Association Restinclières Beaulieu pour le Respect de l’Environnement) a choisi de programmer sa soirée « Regards Croisés » au printemps :

L’association a invité deux personnalités qui proposeront chacun leur regard de spécialiste sur les notions de nature, d’écosystème, d’environnement… :

  • Fabien Anthelme (Directeur de recherche à l’IRD).
  • Pierre Plumerey (Philosophe).

L’A.R.B.R.E propose régulièrement des activités dans les écoles en lien avec ce thème avec la participation de spécialistes comme les Ecologistes de l’Euzière. Une présentation des travaux réalisés par les élèves ouvrira la soirée.

La soirée débutera à 18 heures dans la salle municipale du Pic Saint-Loup à Beaulieu et se prolongera avec un repas partagé constitué de ce que chacun aura apporté. Entrée libre.

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