Samedi 7 mars 2026 à 18 h 30, dans les anciennes carrières de Beaulieu.
Il pleut, il pleut, c’est vraiment la fête à la Grenouille et …aux Tritons !
Ce samedi soir 18h30, nous nous sommes retrouvés à une douzaine de personnes sous une pluie très fine à l’entrée des carrières prêts à observer les Amphibiens sous la conduite d’Aurélia Dubois, naturaliste spécialisée en faune et particulièrement en herpétologie.
Aurélia nous fait un rappel rapide des deux grands groupes d’Amphibiens, les Anoures (sans queue, grenouille, rainette et crapaud) et les Urodèles (avec queue, triton, salamandre) puis elle nous présente les espèces susceptibles d’être rencontrées dans notre zone. Les « crapauds » ont la peau granuleuse, les « grenouilles » ont la peau lisse
Un crapaud calamite
Jeune rainette méridionale
Petite marche jusqu’au parking du Théâtre pour faire un point sur les caractéristiques des chants émis en période de reproduction par les mâles des Anoures. Les Urodèles eux n’émettent pas de chants, mais les mâles diffusent des phéromones dans l’eau pour attirer les femelles.
Enfin en se rapprochant des bassins des carrières du génie, le concert assourdissant des chants nuptiaux nous laisse présager de belles observations. Des crapauds Calamites sont déjà présents le long du parcours, se délectant de l’humidité ambiante.
Puis dans les bassins bien remplis d’eau, on aperçoit des Rainettes et les sacs vocaux des mâles en plein chant. La troupe de crapauds calamites n’est pas en reste quant à l’intensité des chants. Une grenouille rieuse essaie de se faire entendre mais face aux rainettes et calamites pas de succès. Ils étaient bien plusieurs dizaines à chanter, plus les femelles silencieuses. Quelques tentatives de rapprochement et d’accouplement se font sur les pierres affleurantes.
Puis dans un autre bassin c’est le bal populaire des tritons marbrés, les mâles massifs et ornés de leur crête noire et jaune sillonnent les eaux peu profondes à la recherche des femelles reconnaissables à leur ligne orange sur le dos.
Quelques parades sont observées et même une femelle en train de pondre un œuf sous une feuille qu’elle enroulera avec ses pattes, une observation très rare.
Les tritons palmés bien que présents, se font discrets, un seul mâle est observé.
Très belle soirée avec un niveau d’observation extraordinaire et qui succède à des années sans eau dans ces bassins et qui nous l’espérons permettra à ces populations d’amphibiens de retrouver un niveau d’individus conséquent.
A l’année prochaine (ou avant !) pour une aussi belle soirée.
__________________________ Yves Caraglio avec la relecture d’Aurélia Dubois
Samedi 1er mars 2025 à 18 h 15, dans les anciennes carrières de Beaulieu.
Grâce à la forte pluviométrie de ces dernières semaines, nous pouvons nous retrouver, à la différence des années passées, dans les anciennes carrières de Beaulieu. 18 personnes se sont inscrites pour cette sortie nocturne et fraîche. Un seul enfant jouera le rôle de Candide. Aurélia, technicienne en environnement, dont une des spécialités est l’herpétologie (études des reptiles et amphibiens), a installé une table face au parking du théâtre des carrières sur laquelle elle a déposé des amphibiens en plastique et deux ouvrages spécialisés afin de tester les connaissances du public sur les Amphibiens.
La classification
Sur la table, parmi les animaux présents, mettez les Reptiles d’un côté et les Amphibiens de l’autre. Le tri se fait sans grande conviction, mais une seule erreur est détectée : la tortue n’est pas un amphibien malgré la capacité pour certaines d’entre-elles de vivre dans l’eau. Le tri doit se faire à partir de la peau : nue chez les Amphibiens, recouverte d’écailles chez les Reptiles. Ensuite dans le lot des Amphibiens, quel critère pour séparer les grenouilles, les crapauds, les tritons et les salamandres : l’absence de queue chez les Anoures (Crapaud, grenouille …) et la présence d’une queue pour les autres chez les Urodèles (Triton, Salamandre).
Les espèces
Aurélia aborde ensuite les amphibiens présents dans notre région parmi les quelques 8 000 espèces recensées dans le monde :
La Rainette méridionale à distinguer de la Rainette verte, la première se caractérisant par une ligne noire qui s’arrête à mi-parcours ;
Le Pélodyte ponctué qui porte des tâches vert fluo et possède un petit chant caractéristique de boules de pétanque qui s’entrechoquent ;
Le Triton palmé identifiable par ses palmures aux pieds ;
Le Triton marbré avec ses belles marbrures vertes et noires et sa crête dorsale ;
Le Crapaud commun absent dans notre région et présent dans le Nord à la différence du Crapaud épineux. Ces deux espèces se différencient génétiquement. Le crapaud épineux possède de grosses glandes parotoïdes qui produisent des sécrétions un peu blanches si l’animal est stressé ;
Le Crapaud calamite est caractérisé par une ligne dorsale verte et tache verte ;
Le Pélobate cultripède présent dans d’autres communes. Il a un chant qui rappelle celui d’une poule. Il est équipé de petits « couteaux » sous les pattes qui lui permettent de creuser le sol.
Pour les reconnaître on dispose :
d’une expertise visuelle,
d’une expertise par les pontes,
d’une expertise par les chants.
Habituellement la rainette donne de la voix. Le complexe des Grenouilles vertes dispose de sacs vocaux de couleurs différentes. Ce sont des animaux qui ont une peau fragile notamment la salamandre. Les tritons sont des prédateurs, notamment d’œufs de grenouille. On trouve souvent le crapaud calamite en eau peu profonde, qui peut s’assécher plus facilement et alors les têtards meurent. Le Pélobate cultripède a un têtard qui peut être aussi gros qu’une main.
Aurélia rappelle les deux phases de la vie d’un amphibien :
aquatique pour la ponte des œufs deux fois par an pour certaines espèces dans notre région : printemps et automne ;
terrestre pour la plupart des adultes. Les crapauds sont plus terrestres que les grenouilles.
Les pontes
Un dernier test concernait les pontes des Amphibiens. Les œufs en chapelets, ce sont des crapauds, les œufs isolés sur une feuille enroulée ce sont des tritons… Et quelques autres espèces ont été présentées. Aurélia propose un jeu qui consiste à placer quelques amphibiens devant des pontes qui peuvent se présenter sous la forme de gros amas fileux, un long cordon ou une ponte en cordons. L’exercice est difficile, mais des volontaires tentent leur chance. Le résultat est mitigé.
la rainette a de petites pontes sous la forme de petits amas,
les tritons ont un œuf unique sous une feuille aquatique,
le pélodyte, un amas le long d’une tige. Une gangue enveloppe les œufs.
Les menaces On aborde ensuite les dangers qui menacent la survie des amphibiens :
les multiples prédateurs comme les poissons et larves de libellules sous forme de têtards ainsi que la couleuvre vipérine ou les hérons. Certaines espèces invasives prennent leur place comme les Tortues de Florides.
la sécheresse, de plus en plus fréquente avec les changements climatiques, accentue la diminution de l’eau dans les mares et perturbe la reproduction des amphibiens.
l’urbanisation et les routes causent de véritables hécatombes. Pour lutter contre ce fléau, on aménage des passages, on ferme des routes la nuit et on invite les automobilistes à ralentir. Ce sont les crapauducs.
la pollution avec notamment les pesticides qui causent une mortalité directe dans les mares. Les amphibiens ont une peau très fragile. On encourage les particuliers à ne pas utiliser de pesticides dans les jardins et à créer une mare.
la destruction directe par coup de pelle. Pour rappel, en France, les amphibiens et les reptiles sont protégés. Il est interdit de tuer un amphibien ou de perturber son développement. La plus grosse activité se situe de mars à juin et en automne chez nous.
La nuit est tombée, quittant le camp de base, nous nous dirigeons vers la carrière du Génie, dans le silence, pour surprendre peut-être ces petits habitants du soir. Sur place, Aurélia descend dans la mare temporaire et en évitant de remuer l’eau, elle pêche un triton marbré femelle aux flans gonflés d’œufs. On reconnaît la femelle à sa ligne dorsale orange. Elle a une jolie couleur verte. Les présentations faîtes, Aurélia la libère. On entend le chant de la rainette méridionale.
C’est aussi la recherche d’œufs. Le crapaud épineux pond assez tôt dans la saison et plusieurs pontes sont possibles. Aurélia pêche un triton marbré mâle magnifique. C’est une espèce en diminution. Elle est très fragile. On le reconnaît à sa crête plus en pointe. On l’appelle aussi « petit dragon des mares ». Les tritons vivent entre cinq et dix ans. Leur âge est difficile à déterminer. On peut trouver plusieurs espèces au même endroit. Comme on l’a précisé précédemment, ce sont des prédateurs d’œufs de grenouille. Ils hibernent l’hiver et se cachent sous une pierre ou un morceau de bois en été, d’où la nécessité de garder une petite mare et un pierrier dans son jardin pour garantir la biodiversité.
La pêche continue avec un triton palmé tout petit. Sa crête est fine et la palmure est peu marquée. Sa coloration est claire et il est de petite taille. On distingue le petit filet qui caractérise le mâle. Aurélia pense qu’il vient tout juste de sortir d’hibernation, car un peu maigre.
Pour clore la soirée, Aurélia nous montre la ponte du pélodyte. Pas de têtards ce soir, mais il est vrai que d’habitude, nous organisons cette sortie-découverte vers le 20 mars. C’est le grand calme. Les artistes font relâche ce soir. Alors faute de concert, Aurélia nous fait écouter un enregistrement du chant du Pélodyte ponctué qui fait penser au bruit de deux boules de pétanque qui s’entrechoquent. C’est une espèce moins présente ici que la rainette ou le crapaud commun.