Organisée par Association ARBRE dans le cadre de l’Atlas de la Biodiversité Métropolitaine (ABM).
Jeudi 30 avril 2026 à 18 h 30, dans les anciennes carrières de Beaulieu.
Le 30 avril 2026, nous nous sommes retrouvés à l’entrée des Carrières de Beaulieu pour un voyage dans le monde extraordinaire des escargots. Cette sortie animée par Mathieu Denat des Ecologistes de l’Euzière accompagné de Louise (Service civique) était organisée par ARBRE et financée par la Métropole de Montpellier dans le cadre de l’Atlas de la Biodiversité Métropolitaine (ABM).
18 personnes (14 adultes et 4 enfants) étaient venues profiter de cette initiation sur des animaux que tout le monde croit connaître mais dont personne ne sait vraiment la nature.
Mathieu a commencé par les questions d’usage : un escargot c’est quoi ? Les réponses fusent : « Mollusques » dit un enfant, Gastéropodes dit un adulte. Le public est connaisseur s’exclame Mathieu !
Corps mou (mollusques) et estomac dans les talons (l’estomac sur le pied littéralement : Gastero – Pode) sont les premiers éléments caractérisant les escargots.
Beaucoup d’espèces ? En France : 50 ? 100 ? 1000 ? Non 400 espèces d’escargots terrestres. Dans l’Hérault ? 100-150.
La description et le questionnement se poursuit avec la coquille. Tous les escargots ont-ils une coquille ? Oui. Les limaces ont-elles une coquille ? Parfois, oui mais à l’intérieur du corps…
De quoi est constituée, la coquille : la coquille est sécrétée par le manteau, un organe du corps de l’escargot, elle est constituée d’une couche protéique molle, et d’une couche interne dure (calcaire). La coquille est une sorte de sandwich de calcaire dont les tranches de pain seraient des protéines. Où les escargots trouvent-ils le calcaire ? Dans la nourriture ? Pas directement, mais en broutant les herbes, ils mangent un peu de calcaire du sol. Le manteau est une couche molle, l’incorporation du calcaire rigidifie la coquille et la protéine du manteau l’imperméabilise. Le bord la coquille près de l’ouverture est souvent mou et transparent, c’est la coquille qui se construit, elle n’est pas encore calcifiée. La coquille sert de protection au corps mou de l’escargot (contre les prédateurs, la sécheresse, etc).
S’il n’y a pas de calcaire, pas d’escargots… Ainsi en terrain de granit, terrains acides, en forêt sans calcaire on va trouver plus de limaces que d’escargots.
Autre élément caractéristique des escargots ? Les « antennes » répond le public. Oui, mais non on va plutôt parler de tentacules… Car un tentacule peut avoir plusieurs fonctions, les antennes sont des éléments sensoriels olfactifs chez les insectes (et chez les arthropodes-araignées, crustacés…- plus largement). Chez les escargots, il y a généralement 4 tentacules deux grands et deux petits.
Les grands portent à leur extrémité des yeux, les tentacules (grands et petits) ont des fonctions sensorielles d’olfaction. L’extension des tentacules leur permet d’explorer l’extérieur avant de déployer leur corps à l’extérieur de la coquille et de se déplacer sur leur unique pied.
Puis commence la recherche des escargots, chacun va prospecter des lieux frais, fossés, sous les arbres, sous les pierres… Enfants et adultes se dispersent et reviennent avec une belle récolte d’escargots de toutes tailles et formes. Le plus souvent ce sont des coquilles vides et blanches.
Pourquoi les coquilles des escargots morts sont-elles blanches ? Réponse dans le public : plus de protéine, plus de couleur ! Effectivement les colorations quand elles existent proviennent des protéines. Les escargots morts blanchissent, car les protéines sont sensibles aux UV, et c’est le blanc du calcaire qui reste.
Mathieu commence à commenter les différentes espèces récoltées. Les éléments à regarder pour identifier les espèces sont nombreux mais il faut commencer par regarder l’ouverture et plus particulièrement la forme de cette ouverture. Mathieu demande aux enfants de trier par taille les escargots récoltés.
Les escargots les plus gros ont quelle taille, les plus petits ? Les plus gros font 5-8cm, les plus petits, le mm !
Le Petit gris, (Helix aspersa) quelle est sa taille ? Comment distinguer le jeune escargot de l’escargot adulte ? Le bord de l’ouverture est dur et forme un ourlet chez l’adulte. Le petit gris peut atteindre 3-4cm de diamètre quand il est adulte. Il est très commun.
Le Bulime tronqué, (Rumina decollata) coquille allongée en forme de cône mais tronquée. Son corps est noir. Il mange… des escargots ! C’est une espèce carnivore, qui avec sa coquille allongée pour entrer dans la coquille de sa proie, qu’elle dévore avec sa bouche, elle râpe directement sa proie…avec la radula qui orne sa bouche. La radula est projetée en avant de la bouche (comme la mâchoire des requins) ; constituée de toutes petites dents, elle agit comme une râpe en grattant la nourriture.
L’Elégante striée ou Cyclostome strié (Pomatias elegans) est une espèce qui n’a que deux tentacules et de plus l’œil est inséré à la base du tentacule et non à son extrémité. Il présente un mufle le faisant ressembler à un mini éléphant ! Dans cette espèce il y a des individus mâles et des individus femelles. Sa coquille comporte une véritable porte blindée, l’opercule qui grandit avec l’individu.
L’opercule est une structure calcifiée contrairement à l’épiphragme présent chez les autres espèces d’escargots qui est une sécrétion de mucus plus ou moins épaisse, et plus ou moins calcifiée. Ces structures permettent à l’escargot de se protéger de la dessication et avec l’opercule de se protéger de prédateurs comme le Bulime…
L’Hélicette des Balkans (Xeropicta derbentina) est un des escargots que l’on voit s’agglutiner sur des herbes, sur des poteaux sur les vignes. Dans les périodes de fortes chaleurs, pour éviter de se dessécher ils grimpent sur des supports en hauteur pour être ventilés et en se regroupant ils forment une ambiance plus humide et se « refroidissent » en changeant lentement de position d’autant plus qu’ils sont en grappe dense passant de l’extérieur de l’amas vers son centre. Cette espèce n’est pas native mais elle se développe très rapidement depuis quelques années. On aperçoit l’épiphragme sur l’individu du milieu dans la photo ci-dessous
La Caragouille rosée (Theba pisana) se reconnaît assez facilement car sa coquille est blanche et présente une coloration rosée près de l’ouverture. Elle fait également partie des espèces qui s’agglutinent en hauteur pendant les périodes les plus sèches.
La Mourgeta (Eobania vermiculata). Son nom commun rappelle les moniales et leur cornettes enroulées. Les lieux « Mourguettes, Mourgues… » font ainsi référence soit aux moniales soit par glissement aux escargots !
Le Mange-merde ou Escargot peson (Zonites algirus). Encore un escargot carnivore, et même détritivore car il se nourrit aussi sur des cadavres. Son corps est noir, sa coquille est aplatie et son ombilic très ouvert, bien visible sur la photo ci-dessous.
La Perlée commune (Papillifera papillaris) avec un enroulement senestre (vers la gauche) de la spirale de la coquille. Les petites taches blanches ou papilles (d’où son nom latin) sont caractéristiques de l’espèce. On la trouve sous les pierres dans des petits sillons.
Le Cornet étroit ou la Cochlicelle pointue (Cochlicela acuta), est une espèce de terrains secs. Sa coquille conique se termine en pointe émoussée et peut être ornée d’une ou deux bandes noires en spirale ou pas comme l’illustre la photo ci-dessous.
Puis nous nous déplaçons vers le Théâtre des carrières pour chercher d’autres espèces. Mathieu nous demande s’il y a du sable présent dans le coin, un ancien tas de pierre de mauvaise qualité, le rebut, est présent juste à côté. Nous partons tous à la recherche de la Soucoupe… commune ! Cette espèce (Helicigona lapicida) est inféodée à la pierre mais malgré les efforts de chacun, nous ne la trouvons pas. Ce sera pour une autre fois.
Grands et petits sont enchantés de cette promenade éducative et pleine de nouveautés dans une zone que nous côtoyons pourtant régulièrement.
A la prochaine fois, merci Mathieu et Louise
Idée de livres :
Guide des Mollusques terrestres. Escargots et Limaces. Collection Fous de Nature, Edition Belin.
Samedi 11 avril 2026 Salle du foyer BEAULIEU 34160
« Habiter au village – Le point de vue des Enfants »
Présentation des intervenants :
Adélaïde BOËLLE, architecte-urbaniste
Adélaïde est architecte-urbaniste, enseignante à l’école d’architecture de Toulouse, et dirigeante de l’agence In Vivo basée à Toulouse spécialisée dans la participation citoyenne et la conception d’espaces avec les habitants — enfants comme adultes. Elle a réalisé sa thèse de doctorat sur la place des enfants dans l’espace public.
Vincent Porcher, ethno-écologue
Vincent Porcher est chercheur, à la fois anthropologue et botaniste-écologue. Il pratique l’ethnoécologie et l’ethnobotanique : l’étude des interactions entre les humains et les plantes (ou l’environnement en général) à travers les cultures du monde entier. Il a lui aussi réalisé sa thèse de doctorat sur la perception des enfants, mais du côté de la nature et des plantes.
Participations :
Elus représentants de communes
Commune de Beaulieu :
Christophe CARRERE : Maire.
Rémi Villey : Adjoint « Associations et culture ».
Elisabeth Rigail : Adjointe « Urbanisme ».
Commune de Restinclières
Geniès BALAZIN : Maire.
Commune de Saint Geniès des Mourgues
Odile SIRLIN : Elue en charge du « Cadre de vie ».
Professeures des écoles communales de Beaulieu et de Restinclières.
Ecole communale de Beaulieu :
Maguelone TOLMOS : Classe de CE2-CM1 24 élèves dont 7 CE2.
Ecole communale de Restinclières
Mélissa FERARY : Classe de CM1-CM2 24 élèves dont 8 CM2.
Intervenants : Adelaïde Boëlle et Vincent PORCHERYves CARAGLIO et les Maires de Beaulieu et de Restinclières
Section 1 — Adélaïde BOËLLE, architecte-urbaniste
Section 1 — Adélaïde BOËLLE, architecte-urbaniste
L’atelier mené dans les classes
En amont de la conférence, Adélaïde et sa collègue Camille Ducros (également architecte) ont consacré une journée et demie dans chacune des deux classes, en partenariat avec les enseignantes Mélissa Ferary (Restinclières) et Maguelone Tolmos (Beaulieu). La méthode s’est déroulée en trois temps :
Parcours de découverte — Les enfants ont guidé les intervenantes dans les abords de leur école, munis d’un livret pour réaliser des croquis et repérer sur une carte les lieux problématiques ou positifs. Résultat notable : les perceptions des enfants sont très hétérogènes — une même ruelle peut être effrayante pour certains et familière pour d’autres.
Mise en commun et diagnostic collectif — Retour en classe pour confronter les observations individuelles. Des fiches de travail ont permis aux groupes de formuler des constats (« j’ai constaté que… ») puis des propositions d’amélioration avec un premier croquis.
Fabrication de maquettes — À partir de vues aériennes préparées, chaque groupe a matérialisé ses idées. Aucune consigne thématique n’était imposée — toutes les idées étaient recevables. Les deux classes se sont finalement retrouvées le 13 mars dernier dans le parc de la Chapelle à Beaulieu pour se présenter mutuellement leurs projets. Des parents et des élus étaient présents à cet échange.
Ce que les maquettes révèlent
Contrairement à l’idée reçue que les enfants ne réclament que des toboggans, les projets ont fait émerger des enjeux d’urbanisme contemporains tout à fait fondés :
La sécurité routière et le partage de l’espace (la moitié de la classe de Restinclières a travaillé sur la route de Beaulieu, jugée trop dangereuse à pied) ;
L’accès à l’eau potable dans l’espace public ;
La végétalisation et la présence de la nature en ville ;
Les transports en commun et la relation avec Montpellier (symbolisés par une « station de métro ») ;
La mixité intergénérationnelle : les enfants pensent aussi aux adolescents, aux personnes âgées, aux petits.
Pour Adélaïde, les enfants sont ses « habitants préférés » à consulter dans les projets participatifs, car ils « refondent toujours les enjeux essentiels ».
Cadre théorique : la place des enfants dans l’espace public
S’appuyant sur des travaux de sociologues et psychologues depuis les années 1970, Adélaïde identifie trois milieux principaux dans le développement de l’enfant :
La famille (milieu protecteur, mais parfois lieu de violence) ;
L’école (milieu d’épanouissement et d’apprentissage) ;
La ville / l’espace public (troisième milieu, souvent oublié).
Ce troisième milieu est en recul depuis cinquante ans : les enfants sont de moins en moins présents dans l’espace public, ou bien leur présence est strictement codifiée et parquée. Adélaïde illustre ce constat par plusieurs exemples photographiques : aires de jeux grillagées sans ombre, espaces de jeu créés dans les années 1970 sur le front de mer de la Grande-Motte où une sculpture de 1974 porte aujourd’hui le panneau « Jeux interdits et dangereux » !
«L’appropriation de l’espace est l’aspect le plus riche, le plus complet des utilisations possibles de l’environnement. Il s’agit d’un processus formateur de la personnalité par lequel l’enfant s’arme comme sujet. Un lieu n’est pas seulement en avoir un usage reconnu, c’est établir une relation avec lui, l’intégrer dans son vécu, pouvoir y marquer son empreinte et devenir acteur de sa transformation. »
— Marie-Josée Chombart de Lauwe, psychosociologue
Le phénomène « No Kids » et l’infantisme
Adélaïde soulève un phénomène récent et préoccupant : la création d’espaces « sans enfants », notamment le projet de wagons SNCF « calme » excluant les enfants. Elle y voit une discrimination à part entière et recommande la lecture du livre L’Infantisme de Laelia Benoît (philosophe-psychologue), qui, sur le modèle du racisme et du sexisme, nomme et dénonce cette exclusion d’une partie de la société fondée sur l’âge.
Francesco Tonucci et la ville à l’échelle de l’enfant
Adélaïde évoque l’œuvre du psychologue italien Francesco Tonucci (La vie des enfants, 1990) qui, dans sa ville de Fano, a initié une révolution urbaine : concevoir la ville à l’échelle des enfants. Sa thèse : en prenant l’enfant comme paramètre de conception (notamment en permettant aux enfants d’aller à l’école à pied en sécurité), on améliore automatiquement la ville pour toutes les catégories vulnérables — femmes, familles, personnes âgées, personnes à mobilité réduite. Tonucci est aussi l’inventeur des conseils municipaux d’enfants.
Des signaux d’espoir
Depuis cinq à six ans, un mouvement de fond se développe en France autour de la place des enfants dans l’espace :
Aires de jeux non-clôturées, conçues pour le parcours, la prise de risque et le jeu libre ;
Terrains d’aventure (nés dans les années 70) où les enfants construisent, bricolent, sont acteurs de leur espace — les adultes y sont interdits (!) ;
Cours Oasis : végétalisation des cours d’école bétonnées, pour favoriser la biodiversité et le rapport à la nature ;
Rues scolaires : piétonnisation temporaire aux abords des écoles (10 minutes le matin, 10 minutes le soir), testée dans de nombreuses communes.
Adélaïde conclut sur une contradiction contemporaine : d’un côté on exclut de plus en plus les enfants des espaces publics, de l’autre on développe des dispositifs pour mieux les y inclure. La question reste entière : comment trouver un équilibre pour faire plus de place aux enfants dans nos villes et villages ?
Section 2 — Écoliers des écoles de Beaulieu et Restinclières
Contexte
Les deux classes ont participé à un atelier de conception participative avec Adélaïde et sa collègue Camille. Ils ont réalisé des maquettes à partir de vues aériennes de leur environnement scolaire, puis présenté leurs projets oralement devant le public de la conférence — exercice bien plus intimidant, selon Adélaïde, qu’un colloque universitaire.
Restinclières : Maquette réalisée par les enfants de l’école communaleBeaulieu : Maquette réalisée par les enfants de l’école communale
Projets de l’école de Beaulieu
Le parking : recouvert de pavés, végétalisé (buissons, arbres), avec des barrières séparant les zones et des passages sécurisés vers le parc — pour que les enfants puissent s’y retrouver sans danger.
Le city : ajout de barrières latérales pour éviter que le ballon sorte, et de cages plus grandes pour faciliter le jeu.
L’épicerie / mini Intermarché : accès à de l’eau gratuite, étagères avec des jeux pour enfants à l’intérieur, végétalisation du toit — « parce que ce n’est pas que pour les adultes ».
Le stade : cages de foot ajoutées (pour jouer autrement qu’au rugby), gradins pour s’asseoir, bancs ombragés, murets de repos pour les joueurs en été, mur d’escalade pour les plus grands.
La salle d’arcade : remplacement d’une crèche redondante (déjà présente en plus grand ailleurs dans le village) par une salle d’arcade à deux étages pour les enfants plus grands.
Projets de l’école de Restinclières
La sécurité routière : sujet mobilisant la moitié de la classe — trottoirs élargis, piétonnisation partielle de la route de Beaulieu, fresque au sol pour signaler la présence d’enfants et inciter les conducteurs à ralentir, caméras de surveillance.
Le CDI : création d’une bibliothèque-centre de documentation à l’intérieur de l’école, accompagnée de panneaux solaires sur le toit et d’un parc avec toboggan dans une zone jugée « effrayante ».
La ruelle des danses : végétalisation du sol (plein de trous), statues colorées pour embellir l’espace.
La piscine municipale et salle de sport : ajout d’équipements collectifs à proximité du stade.
La station de métro : demande symbolique de transports en commun vers Montpellier, interprétée par Adélaïde comme une vraie question d’accessibilité territoriale.
Note : la classe de Restinclières avait respecté l’échelle (sous la houlette exigeante d’Adélaïde), tandis que celle de Beaulieu s’était affranchie de cette contrainte avec Camille — ce qui avait provoqué une jalousie amusante entre les deux classes lors de la restitution commune.
Section 3 — Vincent Porcher, ethno-écologue
Présentation de l’intervenant
Vincent Porcher est chercheur, à la fois anthropologue et botaniste-écologue. Il pratique l’ethnoécologie et l’ethnobotanique : l’étude des interactions entre les humains et les plantes (ou l’environnement en général) à travers les cultures du monde entier. Il a lui aussi réalisé sa thèse de doctorat sur la perception des enfants, mais du côté de la nature et des plantes.
Les ethnosciences : une épistémologie du regard
Vincent ouvre sa présentation par une citation provocatrice d’André-Georges Haudricourt :
« La botanique, c’est l’ethnobotanique des botanistes. »
Ce retournement apparent dit quelque chose d’essentiel : ce qu’on appelle « la science » des plantes n’est pas universelle — c’est une manière de décrire le monde qui appartient à un groupe culturel particulier (les botanistes académiques). Il n’est ni supérieur, ni inférieur aux autres systèmes de connaissance : c’est une ethnoscience parmi d’autres.
Cette posture épistémologique — regarder son propre savoir avec le même regard qu’on porterait sur un autre — est au cœur de la démarche de Vincent. Son travail consiste à prendre au sérieux la façon dont d’autres communautés (pêcheurs marseillais, groupes Touaregs, communautés rurales, enfants…) décrivent, nomment, utilisent et valorisent leur environnement naturel.
Les interactions bioculturelles
Le concept d’interactions bioculturelles recouvre trois dimensions :
Les usages : comment les humains utilisent et exploitent la biodiversité (alimentation, médecine, construction, rites…) ;
L’organisation du monde : comment ils catégorisent, nomment et comprennent leur environnement (taxonomies locales, langues, croyances) ;
Les valeurs et les relations affectives : quelle place émotionnelle, symbolique et spirituelle occupe la nature dans leur vie.
Cette troisième dimension — souvent négligée — est pour Vincent fondamentale. Il souligne d’ailleurs en aparté que lors de la soirée, un élu évoquait un arbre à couper « dans le cadre de la loi », sans que cet arbre ait eu « son mot à dire » — illustration concrète de la manière dont notre culture dominante conçoit la nature comme un objet et non comme un sujet.
La double crise : biodiversité et diversité culturelle
Vincent établit un parallèle fort entre deux crises simultanées :
La crise de biodiversité : 250 000 à 300 000 espèces de plantes recensées, dont beaucoup en danger ;
La crise de la diversité culturelle et linguistique : plus de 4 000 langues parlées sur Terre, dont 2 600 sont aujourd’hui menacées de disparition — parmi elles, l’occitan, langue du territoire où se tient la conférence.
Ces deux crises sont liées : quand une langue disparaît, c’est tout un système de connaissance de l’environnement qui s’efface avec elle. Les savoirs ethnobotaniques — noms locaux des plantes, usages médicinaux, pratiques agricoles traditionnelles — sont souvent portés par des langues minoritaires et des cultures orales. Leur perte est irréversible.
Les enfants comme passeurs de savoirs
Vincent a travaillé spécifiquement sur la perception des enfants vis-à-vis des plantes et de la nature. Contrairement à l’idée reçue que les détenteurs des savoirs traditionnels sont exclusivement les anciens, il a constaté que les enfants sont souvent des observateurs fins et des acteurs à part entière de la transmission des connaissances naturelles. Leur regard est à la fois neuf et ancré dans le territoire : ils perçoivent des éléments que les adultes ne voient plus, ils nomment les plantes avec des termes issus du dialecte local, ils entretiennent une relation non-médiatisée avec leur environnement immédiat.
La question de l’interlocuteur légitime. Quand Vincent arrive dans une culture qu’il ne connaît pas, la question se pose : à qui s’adresse-t-on pour recueillir les savoirs ? La réponse classique et attendue, c’est les anciens — les personnes âgées, dépositaires de la mémoire longue. Mais Vincent a constaté que cette réponse est incomplète. Les enfants constituent un deuxième interlocuteur essentiel, souvent négligé par les chercheurs, parce qu’ils occupent une position singulière dans la chaîne de transmission : ils sont encore en train d’apprendre, ce qui signifie qu’ils ont accès aux savoirs de leurs aînés — grands-parents, parents, voisins — tout en les reformulant dans leur propre langage. Ils sont à la charnière entre la génération qui sait et celle qui ne saura peut-être plus.
Des connaissances étonnamment précises. Dans ses travaux de terrain, Vincent a recueilli chez des enfants de 7 à 12 ans des connaissances naturalistes d’une précision souvent surprenante — noms vernaculaires de plantes en occitan ou en provençal, propriétés médicinales de plantes communes (le plantain pour les piqûres, le sureau pour les rhumes), pratiques saisonnières (cueillette des mûres, récolte des champignons), reconnaissance des espèces par l’odeur, la texture ou le goût. Ces savoirs leur ont été transmis de manière informelle — lors de balades, de moments en famille, de jeux dans les espaces naturels — sans apprentissage formalisé.
L’enfant comme révélateur de la vitalité d’un savoir. Le niveau de connaissance naturaliste des enfants d’une communauté fonctionne comme un indicateur de la vitalité du savoir environnemental local. Là où les enfants savent encore nommer les plantes, identifier les champignons, raconter les usages de la garrigue, c’est souvent le signe que ce savoir circule encore activement dans les familles et le tissu social. Inversement, là où les enfants ne savent plus rien, le savoir est souvent déjà en voie d’extinction, même si des anciens le détiennent encore à titre individuel.
Lien avec les maquettes. Vincent retrouve cette sensibilité dans les projets des enfants de Beaulieu et Restinclières : végétalisation des parkings, arbres dans les ruelles, fontaines publiques, panneaux solaires, parcs avec végétation — autant de propositions qui trahissent une conscience aiguë de la nature comme élément constitutif du bien-vivre. Ces enfants ne sont pas des experts botanistes, mais ils portent intuitivement la valeur affective et fonctionnelle de la nature dans l’espace habité.
L’amnésie du savoir : de l’enfant à l’adulte
Le paradoxe de la croissance. Vincent soulève un paradoxe déroutant : si les enfants sont d’aussi bons observateurs et dépositaires de savoirs naturalistes, pourquoi ces savoirs disparaissent-ils si souvent à l’âge adulte ? Ses travaux, comme ceux d’autres ethnobotanistes (notamment l’étude de Sandrine Gallois sur les peuples Baka du Cameroun), montrent qu’il existe une rupture nette dans la transmission des savoirs écologiques entre l’enfance et l’âge adulte. L’enfant sait, puis l’adulte oublie — ou plutôt, l’adulte cesse de prêter attention.
Le mécanisme de l’oubli. Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs convergents :
La scolarisation et l’urbanisation déplacent progressivement l’attention vers d’autres systèmes de savoirs (académiques, technologiques, professionnels), qui ne font pas de place à la connaissance naturaliste locale ;
L’enfant pratique la nature de manière ludique et libre (jeux dehors, exploration, cueillette spontanée) ; l’adulte, lui, a peu d’occasions de maintenir ce lien informel avec son environnement ;
La dévalorisation culturelle de ces savoirs (perçus comme « archaïques » ou « paysans ») contribue à ce que les jeunes adultes n’investissent pas dans leur transmission consciente ;
Le déménagement, la mobilité géographique et la déconnexion d’un territoire d’origine brisent le fil de la transmission entre générations.
Une amnésie collective. Ce n’est pas qu’un phénomène individuel. C’est une amnésie collective qui touche des générations entières dans les sociétés industrialisées. Des études montrent que les enfants d’aujourd’hui savent nommer beaucoup plus d’espèces de Pokémon que d’espèces d’oiseaux communs ou de plantes sauvages. Cette « extinction of experience » (Robert Pyle) — l’extinction de l’expérience directe de la nature — crée un cercle vicieux : moins on connaît la nature, moins on y est attaché ; moins on y est attaché, moins on la protège.
Le moment critique. Vincent identifie l’adolescence et le début de l’âge adulte comme la période critique de cette rupture. C’est le moment où le jeune quitte progressivement les espaces d’exploration libre de l’enfance (la garrigue, le jardin des grands-parents, le chemin des écoliers) pour entrer dans les espaces normés de l’adulte — la voiture, le bureau, les écrans. Le savoir naturaliste, faute d’être mobilisé, s’efface.
Ce que cela signifie pour les villages. Dans des territoires comme Beaulieu et Restinclières, cette amnésie prend une dimension particulière. Ces villages sont encore entourés de garrigues, de ripisylves, de zones humides, de paysages façonnés par des siècles de pratiques agropastorales. Les anciens connaissent encore les plantes médicinales, les arbres remarquables, les circuits de transhumance, les noms occitans des lieux. Mais si cette connaissance ne trouve pas de passeurs — des enfants curieux, des adultes qui transmettent, des adultes qui réapprennent — elle s’éteindra en une génération.
L’enjeu de la reconquête. C’est là que les approches de Vincent et d’Adélaïde se rejoignent profondément. Rendre la nature accessible dans l’espace public (cours Oasis, végétalisation, parcs), c’est aussi maintenir vivant le contact quotidien des enfants avec le vivant — et donc retarder, voire éviter, cette amnésie. Former les enseignants à l’ethnobotanique locale, sortir dans la garrigue avec les classes, nommer les plantes en français et en occitan : autant de gestes qui ancrent un savoir qui, sans entretien, disparaît.
Convergences entre Adélaïde et Vincent
Vincent souligne la complémentarité de leurs deux approches : là où Adélaïde travaille sur la place physique de l’enfant dans l’espace urbain, lui s’intéresse à la place de la nature dans l’imaginaire et les connaissances de l’enfant. Les deux perspectives convergent vers la même conviction : donner plus de place aux enfants dans l’espace public, c’est aussi leur permettre de renouer avec la nature, d’en devenir des observateurs, des amateurs, des gardiens.
_________________________________________________________________ Patrick Paris avec la relecture attentive d’Yves Caraglio.
Samedi 7 mars 2026 à 18 h 30, dans les anciennes carrières de Beaulieu.
Il pleut, il pleut, c’est vraiment la fête à la Grenouille et …aux Tritons !
Ce samedi soir 18h30, nous nous sommes retrouvés à une douzaine de personnes sous une pluie très fine à l’entrée des carrières prêts à observer les Amphibiens sous la conduite d’Aurélia Dubois, naturaliste spécialisée en faune et particulièrement en herpétologie.
Aurélia nous fait un rappel rapide des deux grands groupes d’Amphibiens, les Anoures (sans queue, grenouille, rainette et crapaud) et les Urodèles (avec queue, triton, salamandre) puis elle nous présente les espèces susceptibles d’être rencontrées dans notre zone. Les « crapauds » ont la peau granuleuse, les « grenouilles » ont la peau lisse
Un crapaud calamite
Jeune rainette méridionale
Petite marche jusqu’au parking du Théâtre pour faire un point sur les caractéristiques des chants émis en période de reproduction par les mâles des Anoures. Les Urodèles eux n’émettent pas de chants, mais les mâles diffusent des phéromones dans l’eau pour attirer les femelles.
Enfin en se rapprochant des bassins des carrières du génie, le concert assourdissant des chants nuptiaux nous laisse présager de belles observations. Des crapauds Calamites sont déjà présents le long du parcours, se délectant de l’humidité ambiante.
Puis dans les bassins bien remplis d’eau, on aperçoit des Rainettes et les sacs vocaux des mâles en plein chant. La troupe de crapauds calamites n’est pas en reste quant à l’intensité des chants. Une grenouille rieuse essaie de se faire entendre mais face aux rainettes et calamites pas de succès. Ils étaient bien plusieurs dizaines à chanter, plus les femelles silencieuses. Quelques tentatives de rapprochement et d’accouplement se font sur les pierres affleurantes.
Puis dans un autre bassin c’est le bal populaire des tritons marbrés, les mâles massifs et ornés de leur crête noire et jaune sillonnent les eaux peu profondes à la recherche des femelles reconnaissables à leur ligne orange sur le dos.
Quelques parades sont observées et même une femelle en train de pondre un œuf sous une feuille qu’elle enroulera avec ses pattes, une observation très rare.
Les tritons palmés bien que présents, se font discrets, un seul mâle est observé.
Très belle soirée avec un niveau d’observation extraordinaire et qui succède à des années sans eau dans ces bassins et qui nous l’espérons permettra à ces populations d’amphibiens de retrouver un niveau d’individus conséquent.
A l’année prochaine (ou avant !) pour une aussi belle soirée.
__________________________ Yves Caraglio avec la relecture d’Aurélia Dubois
Francis Hallé, botaniste de renommée internationale, s’est éteint le 31 décembre dernier. Passionné et visionnaire, il a consacré sa vie à l’étude des arbres et des forêts primaires. Pour comprendre les mécanismes de construction des grands arbres et plus généralement des plantes, il a mis en place des concepts et une méthodologie toujours utilisée et en développement : l’architecture végétale. Inventeur du célèbre radeau des cimes, il a ouvert la voie à l’exploration de la canopée et à la compréhension de son incroyable biodiversité. Sa curiosité, sa rigueur et sa sensibilité ont profondément marqué la recherche scientifique.
Régine Paris, Patrick Paris, Jacqueline Taillandier, Yves Caraglio, Jean-Paul Taillandier, Louise Achard, et François Bertin.
Nous avons eu l’immense plaisir de l’accueillir à Beaulieu le 11 décembre 2021 pour fêter les dix ans de l’association A.R.B.R.E. La salle du Pic Saint-Loup comptait plus d’une centaine de participants qui ont applaudi sa conférence sur « Les arbres de nos forêts tempérées » illustrée de nombreux dessins de la main de ce grand naturaliste. Sa pédagogie, son humilité et sa capacité à transmettre son émerveillement pour le vivant resteront dans nos mémoires. Son dernier projet, la renaissance d’une forêt primaire en Europe, continue aujourd’hui à faire vivre son rêve. Merci, Francis Hallé, pour votre lumière et votre inépuisable amour des forêts.
A l’occasion des Journées Internationales de la Chauve-Souris, l’association A.R.B.R.E a proposé deux ateliers sur les chauves-souris et les rapaces nocturnes. Le rendez-vous était fixé à 20h15 au parking du gymnase Edmonde Carrère. 15 adultes et 7 enfants ont répondu à l’invitation. Yves Caraglio, président de l’association ARBRE, accueille les participants et distribue des écouteurs. On s’achemine tranquillement vers le parking du théâtre des carrières où nous retrouvons les animateurs de cette soirée nocturne : Jules Teulières, chiroptérologue, et Aurélia Dubois, herpétologue et ornithologue. Yves explique la manière dont on va procéder, à savoir deux groupes qui successivement participeront aux deux ateliers.
1- Atelier chauve-souris
Jules prend en charge le groupe composé d’une dizaine de personnes autour d’une table sur laquelle il a disposé un écran diffusant des vidéos, une enceinte acoustique pour diffuser les ultrasons, quelques livres ainsi que des photographies couleur grand format de quelques espèces de chauves-souris. A proximité, une caméra thermique permet d’observer le passage des petites bêtes à la nuit tombante. Il précise qu’il aime bien procéder par questions réponses.
La première question porte sur la taille des chauves-souris. Jules précise que la plus grande chauve-souris européenne « la grande noctule« peut mesurer jusqu’à 17 cm et 46 cm d’envergure. Selon les espèces, elles migrent dans des pays lointains. Elles peuvent ainsi se rendre de Russie en Espagne en volant le jour et la nuit ou tout simplement se déplacer de 200 m en hiver. Elles utilisent une vingtaine de gîtes par an dont 10 en été pour suivre l’eau et peuvent parcourir 60 km en une nuit à la vitesse maxi de 80 km/heure. La deuxième question porte sur leur régime alimentaire. Elles se nourrissent essentiellement d’insectes comme les moustiques (jusqu’à 3 000 en une nuit) et des papillons sur le littoral. La plus grande peut même chasser des petits oiseaux. D’autres dans le monde se nourrissent de fruits, de petits lézards et même du sang prélevé sur le bétail dans la forêt amazonienne. La chauve-souris vampire peut ainsi être vecteur de la rage. Pour chasser les coléoptères, elles font du glanage à ras le sol et se laissent guider par les ultrasons. La disparition des insectes et les éoliennes représentent des menaces sérieuses. Elles peuvent voler à un mètre du sol quand il n’y a pas de structures paysagères et aller jusqu’à une altitude de 4 000 mètres. On ne dispose pas de mesures exactes. Elles ont pour prédateurs les chouettes et les hiboux ainsi que le chat qui ne les mange pas, mais s’amuse avec. On n’oubliera pas les camions poids lourds qui traversent la France la nuit et peuvent taper jusqu’à un millier de chauves-souris le long du trajet. Une autre menace, la perte d’habitat naturel avec l’effondrement des grottes à la suite des modifications climatiques, le mauvais entretien de vieux bâtiments ou leur privatisation, la coupe des arbres…
On peut leur offrir un habitat en installant un gîte artificiel en bois brut (châtaignier) dans un arbre à une hauteur suffisante pour les protéger des chats. Une colonie pourra alors s’installer dans les trois ans et il pourra aussi constituer un gîte de passage. L’orientation est difficile à déterminer chez nous, il ne faut pas une exposition plein soleil, l’ouest marche pas mal et il faut éviter le nord. Sur la question de l’intégration possible d’un gîte dans le bâti, Jules précise que des études sont en cours et qu’un guide va sortir prochainement pour aider les entreprises du bâtiment à prendre en compte la faune. On a déjà constaté l’emmurement de chauves-souris dans l’isolation d’un bâtiment. A Bourges une expérience est menée par des menuisiers pour tenir compte de ce risque. Jules indique l’utilisation de fissures dans des falaises et certaines espèces sont cavernicoles. On trouve aussi des habitats en haute montagne dans des éboulis ou des grottes. Les chauves-souris se plaisent à une température de 12°. Mais ces habitats ont tendance à se réchauffer. Elles ont besoin d’humidité et migrent à l’intérieur des grottes de l’entrée vers le fond pour être à la bonne température. On a repéré ainsi une grosse colonie de 8 000 individus à Pézenas. Jules recommande de récupérer les crottes de chauve-souris, le guano, qui constitue un excellent engrais : une cuillère à café diluée préalablement dans de l’eau chaude et versée dans un arrosoir suffit pour obtenir de belles tomates. Concernant la reproduction, les mâles rejoignent les femelles dans une sorte de parade chantée. Le couple se réfugie dans un gîte pour se reproduire et ensuite elles entrent en hibernation. Un mois avant la mise bas, le petit représente jusqu’au tiers du poids de la chauve-souris. Les petits sont rassemblés en tas dans une nurserie et les femelles allaitent à tour de rôle. A souligner que l’espèce susceptible de mettre bas des jumeaux dispose de quatre mamelles. On constate une forte mortalité des petits. On a dénombré 37 espèces de chauves-souris en France, toutes protégées Elles voient très bien le jour et 4 espèces supportent la lumière des lampadaires. La pipistrelle commune et la pipistrelle de Kuhl ne craignent pas la lumière, cela crée un avantage pour ces espèces qui peuvent chasser et donc se nourrir au détriment des espèces plus sensibles à l’éclairement. Les nuits de pleine lune on en voit moins. Elles peuvent nicher derrière les volets ou sous des parasols. Il ne faut pas les déranger le jour. Côté hydratation, elles boivent dans une flaque d’eau et refusent l’eau salée. Elles commencent par s’hydrater avant d’aller chasser. Une question sur les conflits : ils sont résolus à l’amiable. Elles ne se tapent pas et utilisent des cris « sociaux » de dissuasion. Pour conclure, Jules nous fait écouter des sons notamment celui du « molosse ». Pour satisfaire notre curiosité, il nous conseille le guide édité chez Biotope : Les Chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg & Suisse – 3ème édition, entièrement actualisée et augmentée – Laurent Arthur, Michèle Lemaire
2 – Atelier rapaces nocturnes
Nous changeons d’interlocuteur pour retrouver Aurélia qui va nous parler des oiseaux de nuit. Pour introduire le sujet elle nous propose de citer les caractéristiques des rapaces nocturnes. Les propositions fusent : de grands yeux, un cou mobile (à 270°), un vol ultra silencieux, un bec, des serres, des plumes, des oreilles et une certaine beauté.
Aurélia précise que 254 espèces de rapaces nocturnes ont été dénombrées dans le monde dont 10 sont présentes en France. Ce sont les chouettes et les hiboux qui vont constituer notre menu ce soir. On commence par les différencier à partir de deux jolies photos. Si le bec est similaire aux deux espèces, le hibou se distingue par le port d’aigrettes qui ne sont pas des oreilles mais des radars à émotion d’après des découvertes récentes, ils permettraient de communiquer entre individus. Ils appartiennent tous les deux à la famille des Strigidés. Ce sont des espèces mystérieuses auxquelles s’attachent des légendes. Au Moyen-Age en France, ces animaux étaient en lien avec la sorcellerie. Pendant longtemps on les a placardés sur les portes des maisons. Au Japon c’est l’inverse, elles sont considérées comme des porte-bonheurs.
Le vol silencieux est lié aux plumes. Aurélia nous montre plusieurs plumes récoltées sur le terrain. Les plumes de la chouette effraie comme tous les rapaces nocturnes ont un duvet et une sorte de peigne qui étouffent le son. Hiboux et chouettes sont des prédateurs de petits rongeurs. Le hibou grand-duc par exemple s’attaque à des oisillons. Il se porte bien et sa population se maintient. S’il logeait habituellement dans les falaises, il s’approche désormais des habitations et s’adapte très bien à d’autres environnements.
Ces rapaces évoluent dans une aire géographique importante. On les trouve aussi bien en zone méditerranéenne que dans des zones de montagne. Le plus gros, le hibou grand-duc, a une hauteur de 80 cm et une envergure de 1,80m et peut vivre 30 ans alors que le petit duc avec son envergure de 20 cm a une espérance de vie de 5/6 ans. On les dit « fidèles ». Le petit duc Scops est un oiseau migrateur. A noter que parmi les rapaces nocturnes c’est le grand-duc de Sibérie qui a la plus grande envergure qui atteint 2 mètres. Pour mieux connaître leur migration on utilise le suivi acoustique et même le radar. Des décalages migratoires sont parfois dus à l’homme. Certains peuvent parcourir de grandes distances en se déplaçant pendant trois jours et trois nuits consécutives avec juste des haltes pour s’alimenter. Le grand-duc habite des cavités rocheuses alors que la chouette hulotte préfère des zones arboricoles. Quant à la chouette effraie, elle élit domicile dans les clochers. Ces rapaces ont eux-mêmes des prédateurs comme le chat pour les jeunes notamment qui tombent du nid. Une autre particularité de ces espèces, ce sont les « pelotes de réjection » toutes les cinq heures en moyenne selon ce qu’elles mangent et qui font l’objet d’un travail de dissection. Ces pelotes rejetées par la bouche contiennent tout ce qui n’est pas digeste (os, poils…). On peut par exemple y trouver un crâne de petit mulot ou d’un campagnol. C’est une caractéristique des rapaces nocturnes. Ces pelotes que nous montre Aurélia ont une forme oblongue bien particulière à chacune des espèces et qui les distingue des crottes de renard. Elles permettent d’étudier le régime alimentaire et de connaître les proies qui existent sur un territoire donné. Une autre caractéristique c’est leur vision nocturne très poussée alliée à des stratégies auditives. Elles utilisent aussi leurs 4 serres sans effort car elles se contractent directement en pliant la patte. Côté reproduction les femelles peuvent avoir jusqu’à trois poussins. Les différents stades de développement sont les suivants : œuf, poussin, oisillon, jeune et adulte. Les couples se forment en automne/hiver pour une nidification au printemps. On observe un dimorphisme sexuel avec un plumage différent en fonction de l’âge, du sexe mâle/femelle et des saisons. Idem pour la taille.
Les différentes espèces que l’on peut observer chez nous :
L’effraie des clochers ou la dame blanche. On la clouait autrefois sur les portes car elle faisait peur.- la petite chevêche d’Athéna
La chouette hulotte
Le grand-duc d’Europe
La chouette de Tengmalm
La chevêchette d’Europe
Le hibou moyen duc- le hibou des marais
Le petit duc Scops est extrêmement mimétique : on l’entend bien mais on le voit rarement.
C’est à 7 h que nous nous sommes retrouvés devant le Parc de la Roselière de Restinclières pour entamer notre promenade ornithologique animée par Lucie Frison. Avant le départ, Lucie donne quelques éléments de base sur les caractères d’identification (plumage, couleur générale, bec, attitude en vol…) à la douzaine de personnes munies de leur paire de jumelles.
Les discussions sont interrompues par le chant mélodieux presque humain du Loriot, la silhouette jaune et noire du mâle est observable dans les grands frênes à proximité. Puis, nous continuons sur le chemin du Bois. Ce sont ensuite les trilles de l’Hypolaïs polyglotte qui attire notre attention tout autant que sa silhouette « punky ». Perché au sommet d’un amandier. Il nous fait la démonstration de tout son répertoire, tandis qu’un Rossignol tente de lui faire concurrence.
Une Cisticole des joncs passe au-dessus de nos têtes avec son vol ondulé ponctué de son petit cri caractéristique. Perché sur un buisson, un Rollier nous montre son superbe plumage bleu-vert métallique et son gros bec caractéristique de son régime alimentaire (scorpions, araignées, sauterelles… mais aussi lézards, petits mammifères…). Le chant terminé par des grincements du Serin cini fait l’objet de commentaires tandis que, posée sur un piquet dans les vignes, une jeune Alouette lulu se laisse observer par toute la troupe.
Puis, nous bifurquons vers le ruisseau de la Chaussée en traversant une zone ouverte de garrigue ensuite en logeant une vigne et un cannier pour rejoindre le bois de Litarges. Durant ce trajet, nous pouvons entendre et observer la Tourterelle, le Pigeon ramier et l’Etourneau sansonnet. En remontant le chemin du Bois de Litarges, nous entendons la Fauvette à tête noire, des Mésanges bleues.
De retour au point de départ, nous sommes survolés par un Milan noir et une Bergeronnette grise vient se poser juste à côté de nous permettant une observation soutenue de cet oiseau qui agite constamment sa queue d’où son non vernaculaire de hoche-queue. Les différentes espèces de bergeronnette (grise, des ruisseaux et printanière) sont aussi appelées Lavandières.
La sortie se termine et tous remercient Lucie pour ses commentaires et sa gentillesse.
D’après les notes de Régine Paris et la relecture appréciée d’Yves Caraglio