Sortie géologie à Beaulieu

Dimanche 13 octobre 2019, Dominique Gayte avait donné rendez-vous aux connaisseurs et aux néophytes en début d’après-midi pour une balade géologique afin d’illustrer les connaissances acquises lors de sa conférence du 14 septembre dernier sur la naissance de la Méditerranée. La déambulation commence sur la partie haute du village pour s’acheminer progressivement vers la plaine.

Une trentaine d’adultes, trois enfants et deux chiens étaient au rendez-vous à la chapelle N.D. de la Pitié pour une initiation sur le terrain. L’animateur équipé d’un grand tableau blanc rappelle quelques notions de base comme l’origine grecque du mot « géologie » : discours sur les pierres. Le géologue nous propose de « faire parler les pierres ». Il nous dévoile une vieille carte géologique de la France et un extrait de la carte géologique de Sommières au 1/50 000ème. La géologie régionale est impactée par la géologie mondiale. Sur cette carte chaque couleur symbolise l’âge et la nature de la roche :

  • En gris, nous sommes 130 millions d’années en arrière avec les dinosaures sur les continents et les ammonites dans les mers.
  • En orange, il y a 40 millions d’années
  • En rose, entre 25 et 30 millions années.
  • et en jaune entre 15 et 20 millions d’années.
    Dominique Gayte rappelle les trois premières ères géologiques :
  • Primaire avec à la fin de la période le carbonifère. On assiste à l’extinction de certaines espèces.
  • Secondaire avec l’apparition des dinosaures et des ammonites dans la mer puis survient une grande rupture au niveau de la faune et de la flore et la disparition des dinosaures.
  • Tertiaire, période plus récente qui remonte à quelques dizaines de millions d’années. Des marnes se sont formées ainsi que des calcaires lacustres. On était continental. Une mer s’était retirée, une autre arrivait : la Méditerranée.

Nous faisons une première pause à la table d’orientation qui domine la plaine de Beaulieu et les Cévennes. Devant ce beau panorama on cherche les Cévennes constituées de granit dur-lave qui s’est refroidie en profondeur et qui est composée de cristaux-. Lorsque la lave s’est refroidie rapidement à la surface de la terre, elle forme la lave des volcans et donne le basalte que l’on peut observer à Montferrier, Agde, Saint-Thibéry où l’on peut traverser le volcan… Actuellement aux Comores un volcan est en formation à 2300 m sous l’eau. Cette activité a été révélée par des petits tremblements de terre. Les Comores sont issues de ce mouvement en profondeur.

La faille des Cévennes a séparé la masse de granit des marnes qui ont formé la plaine. Les failles résultent soit d’une compression quand ça pousse, soit d’une distension quand ça tire. La faille la plus importante près de chez nous est celle de Nîmes qui rejoint Lunel et Montpellier. Selon le niveau de compression on assiste à de petits tremblements de terre. Ainsi on a pu observer quelques 4 000 mètres de sédiments de l’autre côté de la faille de Nîmes formés par des alluvions.

A Beaulieu nous sommes entre les deux failles.

Au nord nous trouvons la pierre dite de Beaulieu qui est un calcaire avec une position en relief. La plaine est constituée de marnes saumonées composées de calcaire et d’argile. On trouve aussi des galets issus de l’érosion d’une chaîne de montagne située au sud. On suppose l’existence de ruisseaux torrentiels qui charriaient des galets : au sud ils sont gros et plus on remonte vers le nord plus les galets sont petits. Ainsi il y a quelques 30 millions d’années il y avait une grande chaîne de montagnes calcaires et des ruisseaux. La montagne existe toujours mais n’est plus au même endroit. Nous l’évoquerons plus tard avec le déplacement de la Corse et de la Sardaigne. 

Aujourd’hui on cultive dans les marnes, les bois poussent sur les cailloux (chênes verts). Pour mieux se rendre compte de la réalité géologique de notre région on va partir d’en haut pour descendre dans la plaine.

Un peu à l’écart de la table d’orientation, Dominique Gayte nous fait découvrir les fameux cailloux ronds qui n’ont rien à voir avec la pierre de Beaulieu. On avait alors une plage de galets. C’est à ce moment qu’est née la Méditerranée. L’eau était peu profonde. La mer du miocène est montée jusqu’à Lyon. Les vagues/ le courant ont broyé les coquilles des animaux marins. Il y a une double explication à ce phénomène : soit le niveau de l’eau a monté, soit le fond de la mer a baissé. Là où nous sommes, la pierre a une épaisseur de 40 cm. La mer est arrivée sur les galets et a déposé dessus des apports calcaires sans cailloux.

Il s’est passé ensuite une phase importante d’érosion marine avec des courants très forts qui ont creusé un chenal. A la sortie de Boisseron, sur la route départementale 610 qui mène à Sommières, on voit très bien les enchevêtrements.  

Aussi l’Hortus qui dialogue depuis si longtemps avec le Pic Saint-Loup est une immense dune sous-marine née il y a quelques 150 millions d’années et  formée de sables coquillés très fins. On trouve aussi du corail autour de l’Hortus. Il s’est donc passé un évènement très important, comme un typhon, au niveau de la barrière de corail qui s’étendait de Narbonne à Béziers.

Sur la photo ci-dessous on voit bien les galets puis au-dessus le calcaire de Beaulieu plus épais que celui vu précédemment. Nous avons affaire à des blocs percés de trous. C’est ce que l’on appelle un « tombant » quand on pratique la plongée. Les trous ont été faits par des oursins ou des animaux lithophages. La phase d’érosion a buté sur ce calcaire : il y a eu ainsi une inversion du relief.

Nous sommes dans l’oligocène. Les cailloux ronds érodés charriés par l’eau ne viennent pas de loin. De véritables conglomérats se sont constitués sous la poussée d’un courant fort. 

Depuis la fin du XVIIIᵉ siècle le principe de la superposition est établi à savoir que les roches supérieures sont les plus jeunes même si cela peut parfois être contredit.

Nous arrivons dans la plaine aux abords du bois du Peillou, face à une belle faille. Nous avons affaire à du calcaire miroitant. Le récent incendie du 15 juillet dernier a eu pour effet de dégager les abords de la faille qui est spectaculaire. On peut s’interroger sur le mode de déplacement : vertical ou horizontal ? Les stries nous permettent d’avoir la solution. Il s’agit d’un déplacement vertical. On peut même savoir dans quel sens ça s’est passé. Cette roche est de la même époque que l’Hortus, constitué de petits grains avec de la matière organique, il y a quelques 130 millions d’années.

Cette roche a été formée sous l’eau. 

Dominique Gayte souhaite nous donner son point de vue sur la formation du Pic Saint-Loup et de l’Hortus, séparés par des marnes. Le jurassique s’est déposé puis il y a eu une poussée nord-sud au moment de la formation des Pyrénées. Au début les roches se plissent. L’Hortus n’a pas bougé. Ça pousse encore et ça craque puis ça se couche. Le Pic Saint-Loup est relevé à la verticale car il ne voulait pas bouger non plus. Cette mer s’est réduite dans un mouvement comparable à celui de la grande barrière de corail. A la fin du secondaire on était continental. On assiste alors à l’ouverture de l’Atlantique. L’Afrique se sépare de l’Amérique du sud et se rapproche du nord. Les plaques correspondant à l’Espagne et à l’Italie d’aujourd’hui ont été poussées vers le nord. Une chaine de montagne globalement orientée ouest-est s’est formée, dans le prolongement des Pyrénées.  Elle intègre la Sardaigne et la Corse. Ces dernières ont ensuite pivoté vers le sud.

Le vide a été comblé par l’eau de l’Atlantique qui s’est répandue entre la plaque ibérique et l’Afrique. La création de la Méditerranée est liée au mouvement de ces plaques

Il y a de grosses quantités de sel au fond de la Méditerranée. Si on l’asséchait on aurait 80 mètres de sel. On a pu situer la période d’ouverture massive de l’Atlantique au niveau du détroit de Gilbratar à quelques 4,6 millions d’années. La Méditerranée a été remplie en 10 ans. La dernière glaciation remonte à 10 000 ans. L’homme l’a connue.

Revenant vers la route de Saint-Drézery, Dominique Gayte nous montre des cailloux blancs qui portent des traces de limnées, de planorbes et d’escargots d’eau douce. Des participants vont à leur recherche.

Vers 17h30, d’un commun accord on décide d’arrêter la balade et d’en programmer une seconde pour terminer cette découverte à deux pas de chez nous.

Nous remercions chaleureusement Dominique Gayte pour ses longues explications teintées d’humour et sa disponibilité pour répondre aux nombreuses questions qui lui ont été posées et nous lui promettons de regarder autrement les paysages qui nous entourent.  Merci aussi à la Méditerranée d’être restée à nos côtés tout ce temps.


Régine Paris avec l’aimable relecture de Dominique Gayte

Publié le 17 octobre 2019, dans 3-Sorties nature, et tagué . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Merci à Dominique et à l’association pour cette balade passionante .. impressionnant comment les pierres parlent quand on les ecoute…

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