Le bois du Peillou après l’incendie du 15 juillet 2019

Dimanche 17 octobre 2021 de 10h à midi

Répondant à l’invitation de l’association, 22 personnes sont au rendez-vous fixé par Yves Caraglio, notre botaniste préféré, à 10 heures à proximité des jardins de la Belle de mai à Beaulieu. Le soleil est aussi de la partie.

Pédagogue à souhait, Yves nous explique qu’après un épisode de cette ampleur, on a souvent le réflexe de procéder à un abattage des arbres brûlés et à leur évacuation. Ici rien n’a été fait. Cela va nous permettre d’observer la manière dont la nature a réagi. Nous longeons la faille qui avait fait l’objet d’une observation avec Dominique Gayte, géologue de formation, lors d’une sortie le 13 octobre 2019. Nous sommes en présence d’une végétation de garrigue avec une forte densité de chênes verts. Le feu s’est déplacé avec le vent. Des îlots n’ont pas brûlé. Le pin d’Alep a adoré. Ses fruits ont libéré des graines sous l’effet de la chaleur qui se sont dispersées. Nous avons affaire à un colonisateur post incendie.

Le feu a dégagé les paysages. C’est un peu le retour aux années 1930 où il y avait du pastoralisme qui a été progressivement abandonné après la Deuxième Guerre mondiale. En fonction de

Il nous montre une rutacée -la Ruta graveolens- de la famille du citronnier, à feuille composée. C’est une plante abortive. Tout près un pistachier lentisque très odorant et à feuille composée qui lui aussi repousse à partir des parties basses du tronc.
C’est l’étape de remise au sol. On repart avec la base du tronc. La plante puise dans ses réserves. En fonction du niveau du feu, la combustion a été plus ou moins forte et la réaction des plantes se fait plus ou moins bas sur le tronc ou les branches basses.
Un participant recueille une grive musicienne blessée mais encore bien vive.

Devant une filaire buissonnante, Yves observe que les repousses ne sont pas en surface. Il gratte le sol et met à nu des racines enfoncées à 5 cm l Le système est très efficace. C’est la même stratégie qu’après une sécheresse. Il trouve que c’est une belle croissance en deux ans et qu’il n’y a pas eu de mortalité violente.

Le chêne kermès (garric) est très présent aussi. Il possède des tiges sous terre avec des bourgeons. Le feu passe, enlève des concurrents et va permettre à cet arbuste de dominer grâce à sa stratégie souterraine qui est une réponse aussi à la sécheresse. Il n’a pas perdu de temps pour fabriquer des glands en l’espace de deux ans.

Il en est de même de la garance avec ses tiges garnies de poils recourbés vers le bas. Le sanglier passe, la plante va essaimer. Ça bouture tout seul. Le pigment qui donne une belle couleur rouge est dans la tige.
La salsepareille, honnie des jardiniers, a également des tiges sous terre et en profondeur des racines tubérisées. C’est une plante hyper efficace en croissance. Avec elle on observe un phénomène de contre saisonnalité : elle développe ses fleurs et fruits à l’automne profitant de la pluviométrie.

Le genêt scorpion a bien brûlé mais pas assez pour disparaître. Le bas du tronc est très profond et peut ainsi réagir en mettant en place une profusion de rejets. La plante explose. Elle puise dans ses réserves. C’est pourtant un matériau excellent pour le feu. Il permet la mise à feu. Avec ses piquants qui le protège des grands herbivores, il a une surface d’échauffement plus faible.
On observe la présence du pistachier térébinthe qui voisine ici avec son cousin le pistachier lentisque, ce qui est rare. A la différence de ce dernier son feuillage est caduque.
Le chêne vert massivement présent en garrigue repart de la souche grâce à son système racinaire. Mais ici pour cet individu il ne s’est pas mobilisé car le feu a été trop intense alors il meurt sur pied. Il n’y aura pas de régénération.
La végétation de la garrigue revêt un aspect buissonnant qui permet difficilement le passage.
Là un gros genévrier qui ne réagit pas du tout à côté d’un petit qui réagit. Son cousin le cade pousse en zone plus sèche. Il est aussi plus rond en développement. Ce n’est pas facile pour un profane de distinguer l’un de l’autre. Le genévrier a des fruits plus bleutés.
Du côté des vignes le feu a du mal à passer. Les feuilles remplies d’eau constituent un rempart naturel. Il faut plus d’énergie pour la mise à feu. Le nettoyage du sol constitue aussi un coupe-feu d’où la présence de parcelles de vigne en garrigue.
Une surprise avec la présence d’algues qui ne sont pas que dans l’eau… Dans certaines zones de la garrigue elles constituent avec les mousses et les fougères un tapis moelleux en hiver.
Les lentisques et les oliviers font leur germination et rapidement au niveau des toutes premières feuilles se développent des petits renflements qui constituent des réserves en formant un tubercule ligneux à la base du futur tronc et permettent à la plante de se régénérer après une sécheresse ou un incendie. Ici le cas d’un chêne blanc qui repousse à partir de la base de la tige d’origine enfouie dans le sol.

Nous continuons notre promenade et Yves nous montre qu’à l’abri d’un genévrier d’autres plantes -filaire, euphorbe- bénéficient de cet ombrage pour se remettre en marche. Les plantes brûlent souvent en hauteur et les petits bourgeons qui sont situés près du sol les mettent à l’abri d’un incendie fort. Ainsi on peut en conclure qu’il y a une réponse unique de tous les végétaux que l’on soit chez nous ou en Australie ou en Afrique du sud. La présence d’une masse ligneuse constitue un mécanisme très efficace face à la sécheresse ou à l’incendie. Les pins ont une autre réponse, mourir et libérer toutes leurs graines pour coloniser la place libre après l’incendie ou après une très forte sécheresse.

La manière dont la régénération s’opère (la germination des espèces) est aussi le fruit du hasard avec une distribution des graines liée à la fréquentation des disséminateurs dont les oiseaux. Ainsi les fruits des filaires et des arbousiers sont des ressources pour les oiseaux migrateurs en automne et ils participent activement à la dispersion des graines et donc à la dispersion des espèces en déféquant lors de leurs vols.
Le hasard c’est aussi un gland sur 10 000 qui va réussir à germer et se développer sur une zone rocailleuse ou le pin qui va mettre des centaines d’années pour se réimplanter dans une falaise abrupte.
Avec l’incendie, des équilibres sont modifiés. C’est difficile d’anticiper ce qui va arriver, comment telle ou telle espèce va augmenter sa population ou bien se raréfier.
Pour bien comprendre la végétation en garrigue, il faut l’observer aux quatre saisons : toutes les espèces ne sont pas visibles à chacune d’entre elle.
Après l’incendie il est bon de dresser un inventaire pour mesurer le degré d’atteinte de la végétation et notamment des arbres. Le feu a pu passer d’un côté de l’arbre qu’il a léché sans atteindre l’ensemble du pin par exemple. Celui-ci va pouvoir continuer à produire des graines. A quelques mètres on observe une situation différente, un pin est complètement calciné. A côté un poirier qui est reparti dans les parties hautes. Il a utilisé des bourgeons en réserve présents sur ses branches.
Cela change la donne du paysage à venir. Il suffit qu’il en reste un pour qu’il y ait une dynamique de la végétalisation. Le feu se propage d’abord par la présence de combustible au sol d’où l’obligation légale de débroussaillage (OLD). On cherche aussi à créer des discontinuités verticales pour éviter la propagation du feu dans la cime des arbres et ainsi réduire son intensité. La mise à distance des arbres par abattage sélectif et parcimonieux permet de créer des discontinuités horizontales, c’est pour cela aussi que l’on implante des parcelles de cultures pour freiner la propagation horizontale du feu, c’est le rôle des couloirs de déboisement moins esthétiques et moins écologiques.

Faire de la prévention coûte cher mais constitue une dépense d’énergie bien utile. Après incendie, couper le bois brûlé et l’évacuer constitue une mesure nécessaire selon la densité du peuplement d’arbres à l’origine et selon l’intensité du feu. Si on coupe : il faut absolument évacuer sinon les rémanents laissés au sol deviennent une source de danger pour la mise à feu. Dans le bois du Peillou, il n’y a pas eu d’intervention. On observe une recolonisation naturelle, la densification de la végétation favorise la recolonisation aussi par les animaux, c’est le retour des lapins. La nature s’organise. Dans les carrières, un cas extrême de perturbation car on enlève le sol et ça repousse.

On peut voir une grande diversité d’habitats. L’action de non intervention peut être profitable mais nécessite un temps long pour mettre en place la végétation et des équilibres entre les différents organismes.
Merci à Yves toujours en symbiose avec la nature et jamais avare d’explications claires et foisonnantes.


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Régine Paris avec la relecture indispensable d’Yves Caraglio.
Merci au photographe : Patrick Paris

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Publié le 18 octobre 2021, dans 3-Sorties découvertes, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Le bois du Peillou après l’incendie du 15 juillet 2019.

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